Connais toi toi-même (planche écrite pour mon élévation au grade de compagnon en 2004)

Connais toi toi même (première partie : Antiquité grecque, premier christianisme, philosophies orientales)

« Retourne à la source, trouve la sérénité, c’est la voie de la nature » Lao Tseu, Tao Te King.

Cette injonction socratique est très célèbre car, selon la légende, elle se trouvait gravée sur l’architrave du temple ionique d’Apollon Pythien à Delphes. Pourtant il est peu probable que cette inscription soit véridique, car on n’a jamais retrouvé de tels exemples sur les frontons des temples grecs. Elle est connue par un extrait du Phèdre de Platon (229e) où le philosophe fait dire au Sage Socrate : « Quant à moi, je n’en ai pas du tout [de goût] pour ces recherches, et la raison, mon ami, c’est que je n’ai pas pu encore me connaître moi-même, comme le demande l’inscription de Delphes, et qu’il me semble ridicule que, m’ignorant moi-même, je cherche à connaître des choses étrangères […] au lieu d’examiner ces phénomènes, je m’examine moi-même, je veux savoir si je suis un monstre plus compliqué et plus aveugle que Typhon, ou un être plus doux et plus simple et qui tient de la nature une part de lumière et de divinité. » Typhon est le dernier Titan créé par Gaïa dans la lutte avec Zeus, « un monstre flamboyant » recouvert d’écailles qui symbolise le dernier sursaut du chaos mythologique opposé à l’ordre cosmique. Il finit au fond des Enfers, « tout près de l’Etna » qui crache parfois le feu malfaisant. Il engendra toute une série de monstres souterrains comme les Harpyes ou Cerbère qui garde la porte des Enfers ou encore le Sphinx (ou la Sphinge selon d’autres traditions) poseur d’énigmes. Il est intéressant de poser cette description au fait que le « Connais toi toi-même » devait être la devise de l’Oracle de Delphes. Ce lieu mythique était, pour les Grecs de l’Antiquité, le centre du monde, l’omphalos, matérialisé par une pierre “phallique” qui n’est pas sans rappeler le lingam hindouiste. Ce serait à Delphes que le jeune Apollon, dieu de l’ordre par excellence, aurait combattu et abattu le serpent (femelle ?) Python que Héra jalouse avait lancée à la poursuite de Léto, la mère des jumeaux Apollon et Artémis. Python vivait alors dans une grotte du Parnasse et Apollon l’en délogea pour y établir son oracle, c’est-à-dire le moyen direct d’entrer en relation avec le divin. C’était à la Pythie, la prêtresse du dieu, que revenait le soin de cette communication avec l’absolu. Pour cela, elle absorbait des feuilles de laurier, la plante d’Apollon et sans doute, selon les dernières recherches archéologiques sur le site, elle devait inhaler les vapeurs soufrées d’un ruisseau karstique canalisé pour passer sous le naos du temple. Par ces pratiques hallucinogènes, elle entrait en transe, c’est-à-dire au fond d’elle-même pour délivrer le message divin. Elle est souvent représentée assise sur un trépied de bronze – objet votif caractéristique de la civilisation grecque – dont le siège était fait, selon le mythe, de la peau du serpent Python. La Pythie n’avait aucun contact avec les demandeurs venus de toute la Grèce, et ses oracles prenaient toujours une forme énigmatique, onirique.

Par cette longue description initiale, nous voulons attirer l’attention sur le paradoxe suivant : la célèbre phrase delphique montre une voie sans réellement proposer une quelconque méthode. Comme dans le célèbre mythe de la Caverne dans la  République  de Platon, on ne sait pas comment le sage détache ses chaînes qui le retiennent, avec ses frères humains, au fond de la caverne. Pourtant l’étude succincte de cette mythologie peut nous en procurer une première : la transe hypnotique que l’on peut comparer à celles des chamans d’Amérique du Nord ou de Sibérie ou  encore aux excès d’artistes toxicomanes comme Baudelaire.

Socrate, dans l’extrait précédent, se questionne sur la nature de son être, monstrueux ou divin. Il était le fils d’une sage-femme et sa méthode, la maïeutique, est un accouchement du savoir par le questionnement philosophique et par la certitude que la connaissance est déjà en soi (la réminiscence). La science ne se communique pas et chacun peut la trouver en soi-même, par le réflexion, c’est-à-dire le retour sur soi, comme le jeune esclave du Ménon qui, ignorant de la géométrie mais seulement guidé par les questions de Socrate, résout de lui-même le problème de duplication du carré. (Se) connaître est donc avant tout poser les bonnes questions tout en sachant que ce que nous devons savoir, nous le possédons déjà au plus profond de nous-mêmes. Un mythe hindou raconte qu’après la création de l’Homme, les dieux, sous la direction de Shiva, s’assemblèrent pour se plaindre de cette créature quasi divine, car modelée à partir du divin lui-même. Shiva proposa alors de cacher la divinité de l’Homme ; mais où cela ? Il fallait trouver une cachette très sûre, car les hommes sont des êtres particulièrement curieux ! L’un proposa de cacher la divinité de l’Homme en haut des montagnes. Mais Shiva répliqua qu’un jour ils iraient là-haut et la trouverait. Un autre opta pour une cache au fond des mers. Mais Shiva répondit que là aussi les hommes iraient un jour. Alors, le dieu trouva la solution : pourquoi ne pas cacher la divinité en l’Homme lui-même, car ce serait bien le dernier lieu où ils iraient chercher un pareil trésor. En maçonnerie, ces méthodes de questionnement et de descente au plus profond de soi sont présentes dans le V. I. T. R. I. O. L. : la « pierre cachée » est celle qui préexiste dans l’Homme et qu’il doit rechercher ; la terre est le soi dont on est en quête et c’est par l’introspection, le questionnement et l’observation de son comportement que l’on peut « rectifier » et trouver la pierre cachée.

Même s’il n’est pas affirmé de façon aussi directe, le connais toi toi-même est présent également dans les philosophies bouddhiste et hindouiste. Dans le bouddhisme, la méthode pour atteindre cette connaissance est la méditation. C’est tout d’abord une posture du corps dont l’élément essentiel est la parfaite verticalité de la colonne vertébrale. La concentration sur soi est ensuite engagée par l’observation de son propre souffle par la technique de shinè (shi : perfection ; nè : demeurer). On acquiert alors une souplesse de l’esprit, les pensées sont comme une mer de nuages qui passe tranquillement. On est capable de remonter le cours de ces pensées ou des émotions ressenties pour ainsi constater qu’elles n’ont aucune origine stable, solide, aucune permanence. L’objectif est de ne plus figer l’ego, de ne pas s’attacher aux pensées ou aux émotions pour comprendre l’impermanence de toutes les choses, objet ou sujet, qui composent l’Univers. La connaissance de soi est alors la connaissance de ses propres émotions ou tendances qui figent l’esprit, comme la colère, l’orgueil, l’avidité, l’ignorance ou le désir-attachement, ce que l’on nomme les poisons de l’esprit. Pour atteindre ce calme issue d’une lucidité aveuglante, appelée vacuité, le bouddhisme et l’hindouisme (ou brahmanisme) proposent des modes de vie « ascétiques », c’est-à-dire que pour la connaissance il faut accepter de renoncer à ces poisons du monde. SE connaître est avant tout un oubli du « je » qui n’est que l’illusion du désir, de la volonté. Le renonçant, le quêteur, se libère du moi et atteint l’absolu, le soi, l’atman. La connaissance est alors un non-dualisme qui doit être engendré en soi : c’est l’unité du couple brahman-atman, de l’existence et de la connaissance qui permet l’expérience libératrice de la béatitude. Le brahman est le principe immanent à toutes choses, la substance, la force d’existence, tandis que l’atman est l’absolu, le transcendant. La béatitude est une tranquillité, un repos quasi primitif, l’ataraxie grecque et se connaître s’est faire coïncider la force de vie qui gît en nous de par notre « création » avec l’absolu présent aussi en nous, le soi, mais placé toujours à distance, séparé.

Dans la Bible, hébraïque et chrétienne, le connais toi toi-même est présent et ce dès la Genèse puisque dieu fit l’homme à sa ressemblance (Gen, 1, 26). Cela signifie que si l’homme apprend à se connaître il connaîtra donc le principe absolu dont il est modelé. Encore une fois, le divin est en nous et pour le trouver il ne faut pas aller chercher très loin, ni en haut des montagnes, ni sous les mers profondes. Comme dans le bouddhisme, certaines émotions sont des poisons, des obstacles à la connaissance de soi : « Par l’orgueil, on n’atteint que contestation, la sagesse se trouve chez ceux qui admettent les conseils » (Prov., 13, 10). Ce verset nous apprend que la réflexion, qui passe par la méditation et la contemplation, ne doit pas être qu’un exercice solitaire. Le chercheur a besoin d’un maître qui le guide, comme le lama dans le bouddhisme tibétain. Mais c’est aussi un des sens de la fraternité maçonnique. En effet, est-il possible de se connaître sans les autres, qui peuvent être un miroir (déformant ?) de notre âme ? A quoi peuvent servir ces pratiques et cette connaissance sans la fraternité ? C’est là tout le sens du chapitre 13 de la Première Epître aux Corinthiens, intitulé « L’amour fraternel ». Sans l’amour fraternel, les capacités du Sage comme « le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute connaissance […] la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes » (1 Cor., 13, 2) sont inutiles et dit Saint Paul, « je ne suis rien ». De même, tous les efforts de renoncement au monde et aux désirs n’apportent rien sans l’amour fraternel (1 Cor., 13, 3). Tous ces biens acquis par la connaissance sont limités sans l’amour fraternel. Car le frère ou la sœur, est, comme lors de la cérémonie d’initiation, celui ou celle qui tient le miroir dans lequel le quêteur se contemple et y voit son pire ennemi : « A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face. A présent, ma connaissance est limitée, alors je connaîtrai comme je suis connu. » (1 Cor., 13, 12)

Sans le frère ou la sœur, le miroir me revoie une illusion de moi, mais avec le frère ou la sœur, l’autre moi, la connaissance peut se faire de façon directe et juste, « face à face » : c’est exactement ce qui se déroule durant l’initiation, le maçon levant le miroir devant le néophyte puis ensuite lui présentant son visage, face à face. Sans le frère ou la sœur, ma connaissance est pauvre car limitée au moi-illusion. Avec l’amour fraternel, la connaissance est totale, complète et harmonieuse ; elle peut se déployer de l’intérieur (moi) vers l’extérieur (les frères), circuler librement et prendre en puissance. Le miroir, qui est au cœur de la cérémonie d’initiation est ensuite remplacé par le visage du parrain et tous les deux entrent alors dans la chaîne d’union. Le miroir est la Nature de la Sagesse, selon Sag., 7, 26  : « Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tâche de l’activité de dieu, et une image de sa bonté ». Le miroir peut refléter notre pire ennemi, mais aussi la beauté divine que l’on va forcément (re) trouver en nous, tout comme le visage du frère qui est aussi fait à cette ressemblance. Alors, « Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande par le Seigneur, qui est Esprit » (2 Cor., 3, 18). Attention toutefois à ne pas plonger dans les extrêmes car si l’autre est moi-même, alors qui suis-je ? « Celui qui a un ami véritable n’a pas besoin d’un miroir. » Proverbe Indien

Les symboles du miroir et des visages sont présents également chez Platon, dans le dialogue de Socrate avec Alcibiade (dans l’ouvrage du même nom), où ce dernier croit savoir, pour en fait se rendre compte, grâce à la maïeutique, qu’il ne savait rien. Socrate lui demande comment comprendre l’inscription « regarde toi toi-même », qui n’est pas tout à fait le connais toi toi-même. Il faudrait pour cela que l’œil puisse se regarder lui-même, c’est-à-dire comme face au miroir. Mais l’œil n’est-il pas en lui-même un miroir ? car « lorsque nous regardons l’œil de quelqu’un qui nous fait face, notre visage se réfléchit dans la pupille comme dans un miroir […] car elle est une image de celui qui regarde » (132d-133c). De nouveaux, nous sommes ici au cœur du questionnement philosophique et maçonnique. Socrate va plus loin encore : si l’âme veut se connaître elle-même, elle doit regarder une autre âme et surtout le point précis, comme la pupille, où l’âme du quêteur se réfléchit dans le savoir de l’âme observée, dans ce qu’il y a de plus divin dans cette autre âme. Pour trouver le divin en soi, il faut porter le regard sur ce qui est semblable au savoir et au divin dans le visage du frère. « C’est donc au divin que ressemble ce lieu de l’âme [théon] et quand on porte le regard sur lui et que l’on connaît l’ensemble du divin, le dieu et la réflexion on serait alors au plus prêt de se connaître soi-même » : la divinité de l’âme consiste donc en ceci qu’elle est capable, du fait de sa réflexion (un retour sur soi et un observation) de prendre pour modèle le divin. Dans le temple maçonnique, cette pratique est mise en œuvre par exemple par la disposition symétrique et face à face des deux colonnes du nord et du midi, sur lesquels les maçons, quand ils sont assis, n’ont dans leur champ de vision que les frères et sœurs de l’autre colonne. De même, le fait que chacun porte des vêtements sombres permet de faire ressortir, dans l’enceinte sacrée et obscure du temple, les visages, comme des tâches plus lumineuses auxquelles les regards s’attachent facilement. D’ailleurs qu’est-ce que le temple sinon ce lieu même, le saint des saint qui devient sacré par le rituel et à l’intérieur duquel chaque frère et sœur est sûr de trouver l’amour fraternel et la connaissance. De même, la passage sous le bandeau est un aveuglement temporaire pour que le néophyte échappe aux regards des maçons et puisse, dans l’obscurité, porter son regard uniquement sur lui-même.

On retrouve toujours ces thèmes dans la tradition gnostique chrétienne et dans les écrits apocryphes, laissés de côtés par les Pères de l’Eglise, promoteurs d’une religion ouverte à tous, pour leur caractère parfois trop ésotérique (c’est d’ailleurs la définition même de la gnose, ce savoir qui doit rester caché). Dans le fameux Evangile selon Thomas, les versets 24, 25 et 26 peuvent être considérés comme une synthèse de ce qui vient d’être exposé : « Ses disciples dirent : “ Montre nous le lieu où tu es, parce qu’il est nécessaire pour nous de le chercher.” Il leur répondit : “Celui qui a des oreilles qu’il entende. Il y a de la lumière dans l’Homme de lumière, et il illumine le monde entier ; s’il n’illumine pas, c’est l’obscurité. » « Jésus dit : “Aime ton frère comme ton âme ; veille sur lui comme sur la pupille de ton œil. » « Jésus dit : “La paille qui est dans l’œil de ton frère, tu la vois, mais la poutre qui est dans le tien, tu ne la vois pas. Quand tu auras enlevé la poutre de ton œil, alors tu verra assez bien pour enlever la paille de celle de ton frère. » De nouveau, il est fait référence au “lieu”, théon de l’âme, là où se trouve le divin et le disciple doit le chercher. L’expression “qu’il a des oreilles…” est typique de la gnose chrétienne pour préciser qu’il s’agit là d’un enseignement particulièrement secret, réservé aux initiés. Dans le premier verset, le lieu divin est la lumière, c’est-à-dire la connaissance ; tandis que l’ignorance est l’obscurité. Le second verset apparaît très clair après l’analyse précédente : l’âme est comme la pupille de mon œil, comme le dit d’ailleurs le proverbe populaire qui affirme que les yeux sont le reflet, le miroir de l’âme. C’est dans les yeux et sur le visage que se reflète la connaissance de soi, par une certaine luminosité. Mais l’autre, le frère, est aussi comme mon âme et donc comme mon œil, comme on dit également de quelque chose ou de quelqu’un de très aimé : « j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux ». Dans le troisième verset, qui est devenu un proverbe. La poutre et la paille sont l’ignorance, les défaut, les poisons de l’âme car elle sont comme un corps étranger dans l’œil-âme : ce poison n’est donc pas dans la nature de l’âme. Il est difficile de voir sa propre ignorance, et c’est par la réflexion, l’observation de soi, l’œil tourné vers son propre ciel intérieur que l’on peut s’en débarrasser. Le frère dans l’ignorance ne doit pas être le miroir de notre défaillance ni l’objet de notre jeu.

Au Moyen Age, philosophie et théologie cherchent à définir leurs places respectives dans le paysage complexe de la culture des trois religions révélées. L’ambiguité de cette période est qu’est elle à la fois entièrement vouées à la religion, au geste religieux et au dogme tandis que l’ancienne sagesse grecque refait surface, surtout à partir de la 4e croisade en 1204. La philosophie est certes amoindrie et appauvrie car le mouvement des traductions du grec à l’arabe ou à l’hébreux et au latin ne se fait qu’à partir d’un corpus très limité, mais elle reste vivante par le questionnement et les remises en cause qu’elle fait subir à la théologie. C’est alors la lutte entre la falsafa et le kalam, tels que les savants musulmans désignèrent ce moment de l’histoire des idées. La connaissance en soi n’est plus alors un objectif en soi car le regard est irrémédiablement tourné directement vers l’absolu dont on commence à vouloir prouver l’existence. Seul, peut-être, le mystique rhénan, Maître Eckhart, reprend à son compte, dans ses sermons aux béguines, dont certaines thèses furent condamnées lors d’un procès retentissant intenté par l’Eglise en 1326, la recherche de soi comme une quête de dieu. Mais le mystique ne propose pas de méthode spécifique, à part la totale confiance en la foi et la grâce divine, qui n’est que octroyée par la bonté divine. Comme les philosophies orientales, Maître Eckhart pose comme prédicat l’union possible de l’âme à l’absolu et l’unification qui est ainsi engendrée, comme l’avait déjà magnifiquement décrit Plotin à la fin de l’Antiquité, dans ses Ennéades. Dans son Sermon 6, Eckhart écrit : « On ne doit pas saisir ni considérer dieu comme en dehors de soi, mais comme son bien propre et comme ce qui est en soi-même […] Dieu et moi, nous sommes un. Par la connaissance j’accueille dieu en moi, par l’amour je pénètre en dieu […] : il opère et je deviens. » Pour accueillir l’absolu comme étant soi, il faut, comme dans l’hindouisme, se détacher des passions, se libérer du monde. Le temple (lieu) de l’âme doit se libérer de tous les obstacles qui sont l’attachement au moi et l’ignorance (Sermon 1).

« Le ciel est durable et la terre dure longtemps. Le ciel et la terre sont des endroits qui permettent d’être durable, et en outre, de durer longtemps. Ils ne le sont pas pour grandir eux-mêmes, ainsi ils peuvent engendrer durablement.

C’est pourquoi l’homme sacré est à l’arrière de son corps, pourtant le corps est premier, il est hors de son corps, pourtant le corps se conserve. Il ne l’est pas pour des raisons personnelles douteuses, ainsi il peut devenir soi-même. » Lao Tseu, Tao Te King

Le moi a une forme, c’est le corps, et le corps est premier, il est le premier moyen ou intermédiaire par lequel on peut chercher à se connaître. On peut connaître le moindre aspect anatomique, sentir le moindre de ses muscles par exemple en pratiquant le Yoga bouddhiste ou les arts martiaux taoïstes. Ces pratiques sont toujours couplées avec des exercices de méditations et elles sont souvent elles-mêmes des méditations par la maîtrise du souffle, du mouvement et donc de la pensée. Car finalement, la plupart du temps je ne suis que ce que je fais et donc ce que je désire faire. Se connaître c’est alors connaître les désirs qui agitent le corps, sans pour autant les juger néfastes ou bénéfiques. Le corps n’est pas à rejeter à tout prix comme s’il n’était qu’un réceptacle sans valeur pour le diamant de l’âme. C’est une erreur que ne font pas les philosophies orientales, au contraire des théologies judéo-chrétiennes. Le corps est une Incarnation. Pourtant le Sage ou l’homme sacré du Tao maîtrise ce corps et ses désirs corporels, il lui impose une certaine discipline ou ascèse sans jamais le diaboliser. Le corps et les désirs sont ce qui enchaîne l’homme au samsara, la roue de la vie et des réincarnations : « Débordants, fougueux sont leurs plaisirs Mais tout ce que trouvent Ces êtres rongés par la soif, aspirant au bonheur, C’est renaître et vieillir. » dit le Bouddha qui pourtant n’était pas un pur esprit, mais un être charnel. Gautama a d’ailleurs abandonné les dures ascèses qu’il avait d’abord été cherché auprès des maîtres sadhu de l’hindouisme, qui ne se nourrissent que de quelques grains de riz. La faim n’est pas bonne conseillère et il existe pour l’homme des besoins naturels dont il ne peut se soustraire : « Il n’est pas possible de vivre avec plaisir sans vivre avec prudence, et il n’est pas possible de vivre de façon bonne et juste sans vivre avec plaisir. Qui ne dispose pas des moyens de vivre de façon prudente, ainsi que de façon bonne et juste, celui-là ne peut pas vivre avec plaisir. » Epicure, Maximes capitales, V. L’ascèse n’est pas au programme des maçons ; mais pour autant le corps doit être maîtrisé, par exemple lors des tenues en loge où l’assise verticale, les jambes droites et les mains sur les genoux est de rigueur. La mise à l’ordre et le signe pénal peuvent être considérés comme des gestes qui rappellent à l’initié sa position toujours incertaine dans le monde sacré du temple et que l’orgueil ne saurait être la voie de la lumière. Ils sont comme une mise en garde dont la force ne provient absolument pas de la crainte d’un châtiment extérieur mais au contraire d’une maîtrise personnelle de son corps et de ses désirs.

La connaissance de soi peut se faire par différents vecteurs, d’autres encore qui n’ont pas été analysés ici, comme la psychanalyse ou la phénoménologie ; mais la question que peut se poser enfin est : que faire d’une telle connaissance ? qu’apporte-t-elle à celui ou celle qui la possède ? Car elle n’est après tout qu’une première étape, nécessaire certes, dans la voie que propose la maçonnerie comme les autres traditions spirituelles.

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