Quand le Sage rigole

Dans le bouddhisme on apprend à ne rien fixer, à toujours laisser échapper les sentiments, les émotions, les pensées de la gangue visqueuse de notre esprit. Cet excercice salutaire est assez facile à produire quand ces émotions, ces pensées sont tristes, négatives, déprimantes. C’est d’ailleurs comme ça que la plupart d’entre nous commencent, pour se débarasser de ce qui les plombent. Par contre, le bouddhisme est très clair : ces exercices spirituels et de méditation doivent être mis en pratique également (et surtout) quand au contraire tout va bien. Il faut savoir se détacher des sentiments de bonheur ! Et là, je dois avouer, que c’est beaucoup moins évident 🙂

C’est un peu mon expérience depuis quelques temps. Pour faire court : tout va bien, très très bien même, dans tous les domaines de ma vie……la béatitude, l’ataraxie, la joie partagée, tout y est, ce qui fait plutôt du bien au corps et à l’esprit après plusieurs années chaotiques ! Il y a encore peu de temps, si une telle période de bonheur me tombait dessus, je me disais justement que c’était de la chance, que cela n’allait pas durer, et surtout, bonne petite pessimiste que je suis, j’attendais avec une réelle impatiente le moment où tout mon beau château allait s’effondrer par quelques épineux coups du sort. Et évidemment, comme de bien entendu, cela ne manquait jamais : un jour où l’autre le destin frappait et mon joli bonheur disparaissait. C’est notre côté maso ça (en tout cas chez moi il était très très développée 😉 ) : comme il est plus confortable de se trouver dans le gouffre, de bien souffrir, presque jouissif… Mais tout ceci est du passé, car rien de vaut la joie. Mais… mais quand on sait voir l’impermanence du monde, des actes et de nos propres états d’esprit, je sais que tout ceci peut changer. Alors je ne vais absolument rien faire pour ça, mais je connais mon esprit, je sais qu’il bouge, qu’il va et qu’il vient au milieu d’une confusion souvent pénible à supporter à présent, et qu’un matin, peut-être demain, peut-être jamais, je me réveillerais avec ce poisseux sentiment de mal aise. 

Donc ne pas fixer le monde heureux, comme on veut se débarrasser du monde malheureux. Mais c’est un peu plus difficile : le plaisir est addictif, le bonheur est une drogue dure, et s’en défaire, par volonté, par savoir, est moins facile que de sécher ses larmes. Je me délecte de ma joie, de mon bonheur, jubilant de toutes les bonnes choses qui m’arrivent, souriant intérieurement de ma paix enfin trouvée. Mais ce jeu est fort dangereux, je le sais, car c’est la même fixation égotique que le déprimé qui gémit…

Le philosophe cherche le Bonheur, mais il n’a rien de positif. Etre heureux c’est ne pas souffrir, and I learned my lesson well, je fais tout ce qui en mon pouvoir pour rejetter au loin toute forme de souffrance, liberticide et la plupart du temps masochiste. Mais tomber dans le piège inverse est, au yeux du sage, tout aussi pervers. La Voie de l’Eveil est semée des embûches les plus improbables !

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