Autonomie

Il y a parfois des lectures qui nous poussent vers des contrées que l’on n’aurait jamais exploré ; parfois la vie nous pousse vers des zones inconnues qui deviennent, avec le temps, des patries. J’ai découvert avec délices les prémisses du concept d’Autonomie. Dans deux livres on ne peut plus différents, le collectif Tiqqun Tout à Failli, Vive le Communisme, et Michel Onfray, Cynismes, l’Autonomie devient un principe de vie.

Je commence par Onfray, que je n’aime pas ; c’est un autre BHL, poseur dandy qui se veut plus nietzschéen que Schopenhauer, trop intempestif et inactuel pour être crédible, qui veut se faire hédoniste mais qui n’a pas compris la finalité de l’ataraxie, qui a lu Cioran (mais qui n’a pas lu Cioran de nos jours… ça devient une sacrée mode… on distille de la « mélancolie » comme on mâche un chewing-gum!) mais qui est incapable d’aller au plus profond du néant… Pourtant j’apprécie sa tentative, à côté de Pierre Hadot et d’autres, d’essayer de faire revivre la vraie philosophie, de faire exister le philosophe, par exemple avec son université populaire de Caen ou son histoire décalée de la philosophie… mais il y a chez lui un-je-ne-sais-quoi qui m’irrite, un œil presque hypocrite qui m’accable, qui me fait dire que comme beaucoup d’autres il a bien tenté d’y arriver mais il n’a pas réussi… j’aurais de plus en plus tendance à croire que ceux qui sont atteint de logorrhée scripturaire, ceux qui écrivent beaucoup pour dire peu, sont ceux qui n’ont pas vraiment pratiqué la philosophie ; la vraie sagesse est muette et pas atteinte de folie éditrice et médiatique.  

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Dans son livre Cynismes, où on ne sait plus trop qui est le héros, de Diogène ou de Nietzsche, le seul passage qui m’a fait de l’effet est le dernier chapitre où l’auteur, au nom des cyniques antiques qui malheureusement n’ont pas laissé grand chose derrière eux à se mettre sous la dent, fait la peau à trois lieux communs qui doivent être évités comme la peste par le Sage : travail, mariage/famille, patrie… c’est dans ce sens là, d’une vie philosophique rien moins que collective, rebelle (!) à la société, que doit advenir l’Autonomie. Etre séparé, outre mesure, hors du cadre, ne vivre que pour soi, égoïstement : dans l’otium des délices où les désirs, en particulier sexuels, ne sont assouvis que par pure naïveté et paresse, sans y chercher le moindre plaisir débordant (ça c’est de l’épicurisme bien tempéré), sans se marier ni fonder une famille (InshAllah!!) et bien au-delà des considérations sociales, politiques, économiques du vulgus, de la communauté qui n’est qu’asservissement. Alors, pour ce programme là, je dis « oui ».

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Chez les « terroristes » du Tiqqun, qui ont laissé une invitation il y quelques jours dans le grand quotidien du soir, l’Autonomie a une réalité historique, celle des élucubrations italiennes des Années de Plomb. Mais être Autonome, bien plus qu’être Communiste, est un engagement sectaire : c’est aussi être hors, séparé, solitaire, libre, indépendant, heureux donc. 

« Separ/azione signifie : nous n’avons rien à voir avec ce monde. Nous n’avons rien à lui dire ni rien à lui faire comprendre. […] Nous ne sommes pas des citoyens. Nous n’adopterons jamais votre point de vue de la totalité, votre point de vue de la gestion. Nous refusons de jouer le jeu, c’est tout. […] La principale source de notre paralysie, ce avec quoi nous devons rompre, c’est l’utopie de la communauté humaine, la perspective de la réconciliation finale et universelle. […] Je suis autre, autre est le mouvement de praxis collective dans laquelle je m’insère. […] Je me définis en me séparant de la totalité, et je définis la totalité comme autre de moi. »

Sans doute, peut-être arrive-t-il un moment, fatal, où par delà le nihilisme, le vrai détachement, la réalité du non-vouloir fait que l’Autonomie est une évidence. Le sourire aux lèvres, les vieilles peaux mortes tombent d’elles mêmes, se sont elles qui se détachent, tout simplement, sans effort particulier, sans bataille contre soi-même ou les autres. Rien à faire, plus rien à faire du monde, puisque le bonheur ne peut être collé ou fixé à la masse.

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