Haute voltige

Et voilà…… une nuit d’insomnie. Il est 2h45. Il y avait longtemps tiens ! C’est toujours pendant les vacances… Mais cette fois-ci ça va faire comme la neige, ça va tenir.

Il y a au fond de moi un néant irréductible, que rien ne peux atténuer. Le bouddhisme et la psychanalyse n’arrangent pas les choses, qui me donnent cette lucidité aveuglante sur le monde et surtout sur les autres. Quand on signe pour apprendre à se connaître, on ne lit pas forcément tout le contrat… et on a tort ! car les sages et les philosophes se gardent bien d’écrire dans leurs livres (ou alors c’est en tout petit caractères, en bas) que ce chemin vers la connaissance peut-être à hauts risques. Quand on apprend à se connaître, cela veut dire que l’on apprend à connaître aussi les autres, et là… paf dans la figure. Son propre égoïsme, ses vanités, son désir, sa soif, tout est identique chez ses congénères et toutes les illusions que l’on pouvait entretenir sur de possibles relations humaines prennent, d’un seul coup, une couleur étrange. La réalité de sa propre condition humaine devient, dans une compréhension totale, la réalité de nos relations humaines… et là, c’est comme un grand vide, un grand froid, une très grande solitude. Comment dès lors penser, oser même croire, qu’il est possible et sain de faire dépendre son bonheur d’un autre être humain. Nous ne sommes que des monades égoïstes et nous cherchons par tous les moyens notre propre et unique plaisir… les Autres étant juste un de ces moyens. Et je suis ça aussi pour vous qui me lisez, pour tous ceux que je rencontre. Quand on chasse sur les terres de l’ego, il faut s’attendre à perdre pied, et je dois avouer qu’il faut le cœur bien accroché pour continuer sa route. Se défaire de l’ego c’est comprendre que pour exister il demande une nourriture que l’on paye au prix fort : l’amitié, l’amour, sa propre reconnaissance comme entité nécessite que le reste de l’humanité l’accepte comme tel, le flatte. On croit que l’on existe quand on se sent aimé… tout est là. L’ego ne peut respirer que si un autre égoïsme lui permet de s’exprimer. Or, je l’ai compris il y a peu, et j’ai retrouvé avec bonheur cette idée dans plusieurs ouvrages dont celui d’Anthony de Mello , qu’il faut se défaire de la croyance que l’on peut être important pour quelqu’un. Parce qu’au final, il est assez aisé de se détacher d’un monde vide… en fait l’expérience m’apprend que c’est le monde qui se détache de vous quand on finit par le voir tel qu’il est. Mais il est beaucoup plus ardu de laisser tomber l’illusion que l’on peut, et que l’on doit, être aimé. Ça… c’est l’ego. Et ça… pour le faire passer… c’est pas facile 😉

Il y a au fond de moi des relents de néant qui sont bien plus douloureux que toutes les vérités. Ce néant là, je viens de le comprendre, c’est aussi l’ego, qui se rebiffe, qui ne veut pas mourir. Il y a un exercice de méditation que j’aime particulièrement, car il est radical : quand on a atteint une pleine concentration et une vision juste, on visualise son propre cadavre entrain de pourrir. Ça calme, c’est très efficace ! Cette méditation, tout morbide qu’elle puisse paraître, n’est rien comparée au néant de celle qui pleure sur une humanité perdue. Se détacher de l’ego qui pourri c’est comme renoncer à son humanité… même si c’est pour trouver une humanité plus humaine (!) plus riche, plus dense, c’est aussi la certitude de se couper fondamentalement de tout ce qui fait le monde-humain. C’est si facile de voir ce monde courir après ses illusions, que l’on aimerait bien y retourner… dans la caverne. Mais non ! Une fois qu’on a vu la Lumière, que l’on s’est réjoui il faut aller jusqu’au bout… même si cela veut dire accepter de ne plus être tout à fait la même. 

On dit souvent, c’est un lieu commun, que l’amour doit être un don gratuit. C’est exactement cela… mais pour le mettre en œuvre il faut avoir atteint des sommets qui ne sont encore que dans ma ligne de mire. Aimer sans réellement ne rien attendre, est la seule et unique façon de vivre en paix et heureuse dans ce monde-ci. Toute la subtilité est dans le « réellement ne rien attendre », car il est très très facile de crier ce slogan sur les toits de ses relations avec les autres, mais il est beaucoup plus difficile, au fond de sa propre grotte intérieure, d’être certaine de le réaliser. Il faut, encore une fois, pour ce faire, s’être détaché de l’ego, ne plus lui octroyer sa nourriture préférée, ne plus croire que l’attention des Autres est nécessaire à notre bien-être. Vivre pour soi… vous n’êtes plus que des cerises sur le gâteau journalier de mon bonheur. Et là, tout de suite, j’envie (ce qui n’est pas très heureux!) les deux ou trois personnes que je connais et qui, bien plus avancées que moi sur le chemin, rient de mes insomnies conceptuelles. Car ce qui me rend ma joie et ma bonne humeur, malgré l’heure matinale (3h20) c’est que l’expérience passée, tout ce que j’ai déjà vécu, me confirme par tous les pores de mon corps, que ce petit désagrément que je suis entrain de vivre aura bientôt pris fin. La route est très longue, et les étapes à franchir parfois un peu plus rudes que d’autres, mais il est certain que tous ces tourments (qui au passage feraient bien rire cette nuit un sans abri …) seront résolus au plus vite.

Il n’empêche que mes vacances, qui me trouvent largement épuisée en particulier à cause d’une opération des dents de sagesse (je sais…… tout le monde me l’a fait…… je ne suis pas si Sage que ça !), vont se passer dans mon petit ermitage. La douleur physique est, à mon sens, bien plus destructrice que toute douleur psychique. Et c’est d’ailleurs aussi un très bon exercice de méditation que de laisser la douleur aller sans tenter de la contenir ou d’y résister. Mais cet exercice demande un degré de concentration tel qu’il n’est pas facile à mettre en œuvre au quotidien.  

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