Eloge de l’ennui

Rien de plus jouissif que la paresse. Rien de plus transgressif dans notre société que l’ennui. Pourtant il peut être aussi mortel, bien plus empoisonnant qu’un simple dimanche après midi. Ne rien faire est-ce ne rien vouloir ? C’est bien là que se cache le problème car si ne rien faire s’accompagnait d’un repos de la volonté, la paresse serait un paradis doré où l’on pourrait se prélasser sans culpabilité. Le souci est bien sûr que notre volonté ne s’éteint jamais, ou du moins que nous ne sommes pas capable de la mettre sur pose, comme on peut le faire quand il s’agit de son corps et de ses gestes. Cioran a été l’un des grand laudateur de l’ennui, mais en même temps l’ennui l’ennuyait…

« L’ennui est bien une forme d’anxiété mais d’une anxiété purgée de peur. Lorsqu’on s’ennuie on ne redoute en effet rien, sinon l’ennui lui-même. » Aveux et anathèmes. « Tout désir suscite chez moi un contre-désir, de sorte que, quoi que je fasse, seul compte ce que je n’ai pas fait. » Idem Durant ces 15 jours de vacances j’ai cultivé l’ennui… bien à l’abri. Quelques jours en région parisienne m’ont arraché à la langueur de ces journées sans saveur. La culpabilité arrive très vite : oh que c’est mal de ne rien faire. Mais bien vite le plaisir du rien, de ne rien faire, juste errer, d’un livre à l’autre, de mon écran d’ordinateur à mon écran de télévision, de ma chambre à ma salle de bain, de mon balcon a quelques pas sur la plage déserte. Comme le dit Cioran, c’est l’ennui lui-même qui est redouté, car hors des cadres du monde. L’anxiété n’est pas, bien sûr, de n’avoir rien à faire, mais de s’y laisser aller et même d’y prendre goût.

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L’ennui est au-delà du simple repos et de l’oisiveté. C’est un calme absolu qui se comprend lui-même comme une chape de plomb sur l’agitation débordante de toute cette vitalité excessive (comme cette phrase !). Le plus amusant c’est qu’en général l’adepte de l’ennui ne s’ennuie pas, parce qu’il a adhéré au néant de l’instant et qu’il sait qu’il n’y aura rien de plus ni en-deça ni au-delà. Ce que j’aime surtout ce sont les errements ; voilà un mot que j’ai redécouvert il y a peu dans d’autres conditions. Errer, erreur… y a-t-il corrélation ? Pour la plupart des gens, sans doute, pour qui l’errance est une maladie anti-productiviste. Quelle calomnie de nos jours. Je m’ennuie, j’erre ici et là, ici et maintenant… je prends le temps, je vis l’instant, je me coule dans le Temps, je respire les atomes d’oxygène.

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