Epicure – La lettre à Ménécée – introduction

Je mets en ligne, au compte goutte, une explication de la Lettre à Ménécée d’Epicure, pour les élèves du lycée XP mais également pour les amateurs de philosophie.

Introduction : présentation de la philosophie hellénistique et de l’épicurisme.
 
            La philosophie d’Epicure fait partie de la tradition hellénistique. La période de l’histoire grecque, que l’on nomme hellénistique, commence à l’épopée d’Alexandre au IVe siècle avant Jésus-Christ (la conquête commence en 334 av. J-C, Alexandrie d’Egypte est fondée en -331 et Alexandre meurt à Babylone en – 323) et se termine à la fin de la République romaine, au Ie siècle av. J-C.
L’époque précédente, dite classique, avait été marquée par l’apogée des cités grecques, dont Athènes et Sparte furent à la fois les symboles et les extrêmes. C’est l’âge de la démocratie, des guerres médiques contre les Perses, du rayonnement intellectuel et politique de la Grèce sur tout le bassin méditerranéen. C’est l’époque faste de la philosophie, de Socrate, Platon et Aristote, bien que ce dernier fut le précepteur d’Alexandre.
En – 338, Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre, remporte la bataille de Chéronée contre une coalition de cités grecques : c’est la fin de la toute puissance athénienne. C’est surtout le début de la gloire monarchique. La Macédoine est un Etat où un seul gouverne, situé au nord de la Grèce continentale, et à ces titres en marge du champs politique et culturel grec classique. Mais la puissance et l’ambition de Philippe et d’Alexandre bouleversent plusieurs siècles de domination du modèle de la cité-Etat. Avec ce changement politique, s’opère également une évolution des mentalité et donc de la philosophie.
            Dans la Grèce classique, le citoyen est au centre de la vie publique. C’est le citoyen-soldat, hoplite athénien ou spartiate, qui participe à la vie politique et défend son oikos, sa communauté. De ce fait, la philosophie classique est largement tournée vers les problèmes collectifs, politiques. Le bonheur est à trouver dans les vertus communes, dans la recherche du Souverain Bien qui est à la fois individuel et collectif. C’est également la promotion de deux grands types de vies possibles : la vita activa (vie active) du citoyen, du stratège, du soldat dans la cité, et la vita contemplativa (vie contemplative) du sage, du philosophe.
Avec l’avènement de la monarchie macédonienne, en premier lieu, puis des monarchies hellénistiques, de l’Egypte ptolémaïque au royaume de Pergame, le citoyen-soldat a fait long feu. Le roi est le centre du projet politique, les guerres se professionnalisent ; le philosophe n’a plus besoin de réfléchir, avec autant d’acuité, aux questions politiques. Le champs devient libre pour la recherche d’un bonheur tout à fait individuel et même d’un bien-être solitaire. L’éthique prend le pas sur le politique.
 
            C’est dans ce contexte historique que se développent les grands courants de la philosophie hellénistiques, dont l’épicurisme est l’un des modèles que l’on peut suivre. Ces écoles de philosophie ou sectes fonctionnaient un peu dans le même esprit. Un fondateur, un maître qui enseigne, toujours à l’oral, dans un lieu précis à Athènes et qui se retrouve entouré de disciples, citoyens oisifs, décidant de se convertir aux vues proposées. Le mot conversion n’est pas trop fort car ces philosophes étaient bien plus que des systèmes théoriques, mais avant tout des arts de vie qu’il fallait pratiquer au quotidien. Il s’agit donc bien d’un choix existentiel, au premier sens du terme.
            Le philosophe français Pierre Hadot (décédé l’été dernier) a été l’un des premier à remettre en lumière cette conception oubliée de la philosophie. Une doctrine, certes, une vision du monde précise et argumentée, mais accompagnée d’une pratique, d’exercices spirituels qui s’agit d’appliquer au quotidien dans sa vie pour que la conception du monde que la sage défend puisse être vécue et vue comme exemplaire dans tous les actes de son existence.
            Les plus connues de ces sectes furent le Lycée d’Aristote, l’Académie de Platon, la Stoa (Portique) de Zenon et bien sûr le Jardin d’Epicure. Il a existé d’autres courants philosophiques, moins organisés en école mais toujours autour d’un fondateur et de plusieurs disciples comme les Cyniques d’Aristippe de Cyrène et de Diogène ou les Sceptiques de Pyrrhon.
 
            Le peu que nous savons d’Epicure et les quelques textes qui nous restent de lui nous viennent de Diogène Laërce, l’auteur latin du IIIe siècle qui a recueilli de précieuses informations dans son œuvre magistrale, Les vies et les sentences des philosophes illustres. Il consacre tout le livre 10 à Epicure. La première partie est consacrée à la biographie du philosophe et ensuite à la reproduction des textes philosophiques. Il s’agit en l’occurrence de 3 lettres : la lettre à Hérodote qui concerne la physique atomiste ; la lettre à Pytoclès sur les phénomènes célestes et enfin la célèbre lettre à Ménécée sur la conduite de la vie. L’œuvre d’Epicure se compose en outre de 40 maximes principales, pensées ou aphorismes qui précisent la doctrine sans pour autant être directement du maître ; et des sentences vaticanes, 81 maximes découvertes en 1888 dans un manuscrit de la bibliothèque du Vatican.
L’héritier d’Epicure, sous l’Empire romain, fut Lucrèce au Ie siècle, qui écrivit le poème De rerum natura, De la nature des choses.
 

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