Ethique ou morale

Quelle(s) différence(s) peut-il bien y avoir entre la morale et l’éthique ? Lu dans le dernier livre d’André Comte-Sponville, Ni le sexe ni la mort : la morale répond à la question « Que dois-je faire ?  » et l’éthique à celle-ci « comment faire pour vivre ? » J’ai trouvé que ces deux expressions étaient claires et évidentes. Je n’arrête pas de réfléchir sur ces termes…

J’ai toujours préféré avoir une éthique qu’une morale, sans doute parce que comme nous tous, je n’aime pas le sous-entendu qui se cache derrière le second terme : morale = morale chrétienne, religieuse, c’est-à-dire tout un pataquès de règles, de codes, de lois qui asservissent ma vie. En rejetant la religion par pur anticléricalisme, mais en ne dédaignant pas la spiritualité qui élève l’esprit, j’ai rejeté les morales afférentes, bien plus humaines que divines ou sages. L’éthique, comme celle des antiques ou de Spinoza, me paraissait plus humaniste. Mais grâce à Comte-Sponville j’ai pu mettre une définition plus évidente sur mon intuition.

Comment faire pour vivre ? J’ajouterais : comment faire pour vivre heureux ? Toute les tensions d’une vie humaine se trouvent, à mon sens, exactement là. Tous, nous cherchons ce chemin, ce paradis perdu qui nous détournerais du tragique de l’humaine condition, de la fatalité de notre angoisse à vivre. La morale ne donne que des ordres, là où l’éthique suggère, tempère et dévoile. Mais là où la difficulté apparaît est que la morale, je peux très bien la transgresser ou y rester totalement indifférent… voilà bien pourquoi notre ministre-philosophie de l’éducation veut, comme ses prédécesseurs, remettre la « morale laïque » aux programmes des écoles. Comme elle ordonne, mais d’une supériorité extérieure que les écrits de Kant ont su nous rendre indigeste, on peut l’évacuer d’autant plus légitimement que l’on ne s’y sent pas attaché, pas chez soi.

Il en est d’une toute autre manière avec l’éthique. Si jamais on a ouvert sa porte, c’est qu’on l’a faite sienne. Ou du moins c’est que l’on s’en ai choisit une… la sienne, celle d’un auteur, voire celle d’une spiritualité, d’une philosophie. L’éthique est un chemin, et un choix. Une volonté personnelle. D’où la difficulté qu’un jour, elle s’impose à vous d’une manière forte et presque agressive. Comme pour vous dire : « tu as choisis cette voie pour vivre, et bien à présent à toi de la mettre en œuvre. » Et c’est la que les problèmes commencent… si je veux être à la hauteur de mon éthique, et pas seulement me laisser écraser par toute la hauteur de la morale, je dois vivre selon mes principes. Comment dès lors, continuer l’hypocrisie de nos vies à moitié conscientes, de nos vies quasiment inconscientes de la réalité du monde et de nous-même ?

L’éthique peut très bien être en contradiction avec la morale ambiante… ses valeurs ne sont pas celles de la conservation sociale, de la communauté, mais bien, pas vraiment égoïstement, celles d’une vie réellement humaine, d’être avant d’avoir. A la question « comment faire pour vivre ? » je réponds avec constance et acharnement que je ne peux que vivre libre. A moi à présent d’appliquer cette si jolie et politiquement correcte maxime… qui ne devient pas si correcte quand mes valeurs de liberté heurtent de plein fouet cette « morale laïque » dont on nous rabâche les oreilles. Si je veux vivre heureuse, je dois appliquer mon éthique, celle que je me suis forgée à coups de livres, d’expériences ici et ailleurs, de voyages et de rencontres. Je dois savoir suivre ma philosophie… encore faut-il en avoir le courage ! Combien les sirènes du socialement acceptable résonnent continuellement dans mon cerveau gavé d’informations inutiles et me poussent dans les retranchements d’une vie « normale », que j’appelle acceptable parce qu’elle a le grand avantage de m’apporter un camouflage bienveillant.

Comment faire pour vivre ? Vivre selon ses plaisirs ? Vivre selon ses envies ? Vivre selon ses devoirs ? Vivre selon les autres ? Alors je pourrais retrouver l’autre question : que dois-je faire ? Peut-être que si je veux agir selon que ma maxime devienne une loi universelle et de traiter l’humanité, dans mes actions, aussi bien dans ma personne que dans celle de tout autre, non pas comme une fin mais bien comme un moyen (impératif catégorique kantien), peut-être alors dois-je suivre avant tout une éthique… parce que ce qui me fait vivre est sans aucun doute une thérapie universelle.

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