Blade Runner 2049

Blade Runner de Ridley Scott, sorti en 1982, est certainement mon film culte. Il partage le podium avec Out of Africa, the Hours. Aussi, j’ai longtemps hésité avant de me décider d’aller voir Blade Runner 2049, la suite explicite du film original.
Cette année, j’ai également lu le roman-nouvelle de Philipp K. Dick, Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? que j’ai chroniqué ici. J’avais fait part de ma difficulté à entrer dans le livre, car trop imprégnée et imprimée des images de Ridley Scott et de son interprétation magistrale d’une œuvre qui dépasse ses concepteurs.
Donc, si déjà le livre m’avait peu touchée par rapport à ce film qui est pour moi un chef-d’œuvre, que dire ou penser d’un nouveau film, surtout dans le contexte actuel de la création cinématographique ?
J’y suis allée parce que j’ai lu plusieurs critiques qui louaient la qualité esthétique du film de Denis Villeneuve, et que depuis quelque temps finalement je me dis que le cinéma est en train de devenir un art où la forme est plus importante que le fond.
Et puis il y a la musique de Hans Zimmer, le nouveau Mozart d’Hollywood.

Synopsis

30 ans après les événements du premier film, un nouveau blade runner, l’officier K du LAPD (Ryan Gosling) découvre un secret enterré depuis des lustres qui pourrait plonger ce qui reste de la société dans le chaos. La découverte de K l’entraîne à la recherche de Rick Deckard (Harrison Ford), un ancien blade runner du LPD disparu depuis trente ans.

Le film est long… il y a vraiment des longueurs, des plans langoureux sur les personnages, ce qui crée une atmosphère de quasi-contemplation, mais ce qui parfois manque sérieusement de rythme. Quand l’officier K se retrouve à Las Vegas détruite par la bombe atomique pour retrouver Deckard, il y a enfin de l’action et franchement cela fait du bien aux mirettes et au palpitant !

En fait le film est focalisé sur les personnages plus que sur le scenario, finalement léger. Je pense que les 3/4 des images au moins sont des plans sur les personnages humains ou non… tout cela pour dire que ce qui m’a manqué, et que l’on avait dans le premier film, est la description visuelle du monde planétaire post-apocalyptique dans lequel vivent les humains rescapés et qui n’ont pas eu la chance d’avoir une place pour les colonies stellaires. Ce que je regrette également c’est que les seules images de ce monde sont finalement exactement les mêmes que celles du film de Ridley Scott ! Il y a pourtant 30 ans de plus entre le premier film et cette suite… le monde a changé, on nous parle même d’un black-out qui aurait détruit toutes les données numériques. Mais c’est très flou, car dans le livre de Dick, on sait que la terre a été ravagée par une guerre nucléaire. Cette catastrophe est évoquée à la fin avec la rencontre à Las Vegas qui serait contaminée et qui est le seul moment du film où on nous propose d’autres paysages et une autre ambiance, je dois dire très convaincante et très angoissante. Mais cela manque de vie, de figurants dans des rues poisseuses, de quotidien hors de l’appartement de K. Le budget a certainement dû être englouti dans les effets spéciaux… donc plus d’argent pour des figurants !

Le film est également beaucoup moins métaphysique que le livre ou le premier opus ! C’est sûr qu’en tant que philosophe, c’est un peu ce qui me plaît dans cette histoire. J’attendais tout de même un peu plus de questions sur cette société où les humains partagent leur monde détruit avec des replicants et aussi, nouveauté très XXIe siècle, des hologrammes d’intelligence artificielle. La seule question est quand le lieutenant Joshi de la LAPD, jouée par Robin Wright, ordonne à K de trouver et de tuer l’enfant né de Rachel, la replicant qui s’enfuit avec Deckard dans le premier film, parce que cela constitue une menace pour l’humanité. J’aurais aimé que ce thème soit un peu plus développé. De même qu’à la fin la possible révolte des replicants qui seraient conduits par cet enfant, me laisse un goût d’Hollywood dans la bouche : c’est tout de même très très manichéen tout cela ! Où est l’angoisse de Roy, joué par l’excellentissime Rutger Hauer, face à son concepteur ? Bref, comme toujours dans notre époque un peu idiote, on simplifie alors que notre monde complexe demande justement plus de recul et d’intelligence. C’est, à mon sens, ce que devraient nous proposer les arts contemporains… on en est loin.

En ce qui concerne les acteurs, j’ai trouvé que Ryan Gosling jouait parfaitement au replicant nouvelle génération : plus lisse, plus docile, moins agressif que ses prédécesseurs, les Nexus 8. Mais avec les mêmes espoirs que tout être vivant finalement, et les mêmes questions : d’où je viens. La fin du film est pour cela intéressante quand il se rend compte qu’il n’est pas celui qu’il pensait être…
Quant à Harrison Ford… que dire… il faudrait vraiment qu’il arrête de recycler ses vieux rôles qui lui ont apporté du succès ! Cela ne sert à rien de ressasser le passé…la gloire est une chose, vouloir retrouver la gloire avec des vieux rôles n’apporte pas grand-chose au cinéma.
Jared Leto qui joue Wallace, le milliardaire fou qui a pris la place de Tyrell dans la fabrication des replicants, n’est pas très sadique alors que c’est ce que semble vouloir être le personnage.
Par contre, mention spéciale aux actrices : Robin Wright est glaciale avec ses cheveux blonds plaqués et tirés en arrière ; Sylvia Hoeks joue Luv, une replicante au service de Wallace qui est en fait son exécuteur des basses œuvres. Elle est parfaite en tueuse froide et sanguinaire. J’ai surtout beaucoup aimé Ana de Armas, qui joue Joi, l’intelligence artificielle et hologramme de compagnie de K, qui est à peu près le seul personnage à se demander ce que c’est que de vivre quand on n’est pas humain ! D’ailleurs ma scène préférée du film est celle où elle fusionne avec une humaine, une prostituée, qu’elle a payée pour faire plaisir à K et ainsi avoir avec lui un peu de « contact ». Les deux femmes ne font plus qu’une, dans un ballet sensuel où on a l’impression de voir une déesse indienne, à deux têtes et quatre bras et quatre mains.

Après cette longue critique, que dire ? En fait, le film est vraiment très très beau : c’est un chef-d’œuvre esthétique, c’est certain. Les images sont parfaites, les effets spéciaux ne détonnent pas, on est sur une terre apocalyptique en 2049. La musique de Hans Zimmer est, je trouve, trop proche de l’original de Vangelis. Mais elle apporte la profondeur et le rythme qui manque parfois à ces images magnifiques. Elle m’a fait pensé à celle qu’il avait composée pour Interstellar.
Blade Runner 2049 ne peut pas se défaire de l’original de Ridley Scott, et d’ailleurs il est un hommage constant au premier opus, avec des détails qui sautent aux yeux : Atari, les parapluies transparents, le manteau de pluie en plastique transparent, les cheveux orange, les origamis… ceux et celles qui sont fans sauront de quoi je parle.
Le film est aussi finalement plus proche du livre de Philip K. Dick par certains aspects édulcorés dans le premier film : la perte totale de la biodiversité sur terre, la valeur extraordinaire qu’ont pris les éléments naturels comme le bois ou les animaux.

Pour finir, je termine avec la dernière scène du film (ATTENTION SPOILERS) : la fin du film de Ridley Scott est juste une scène entrée au panthéon du cinéma et de l’imaginaire collectif. La mort de Roy, le fameux « Tears in the Rain », l’improvisation de Rutger Hauer, les mots prononcés ont fait et font toujours l’une des forces de cet opus. Dans Blade Runner 2049, je pense que le réalisateur Denis Villeneuve, sachant qu’il ne pourrait pas dépasser ce moment-là, a sans doute voulu prendre l’exact contre-pied et nous proposer la mort de K dans une ambiance opposée. À la noirceur de la nuit et à la pluie, il montre un jour blanc de neige ; à la hauteur d’un toit d’immeuble, il propose des escaliers ; à un monologue envoûtant, il oppose un silence glacial ; à une mort mythique, il oppose un décès aussi doux et floconneux que de la neige.
La dernière scène peut paraître fade, mais je pense qu’il faut la voir avec en tête la dernière scène du premier film. Et se dire que finalement, c’est très très difficile de faire une suite à une scène mythique.

Si vous voulez avoir voir Blade Runner 2049, allez y comme vous allez au musée. Pour y voir une œuvre esthétique parfaite et un hommage plus qu’une suite à une autre œuvre esthétique parfaite. Je suis sortie de la séance avec cette sensation, sans doute éphémère par les temps qui courent : nous avons vraiment de la chance d’être des humains.

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2 commentaires sur “Blade Runner 2049

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  1. J’ai fini le livre, j’ai vraiment beaucoup aimé (je me garde le film de Ridley Scott pour cette semaine). C’est vrai que les questionnements mériteraient d’être creusées, et c’est dommage si ça ne l’est pas vraiment dans ce 2ème opus. C’est plus que jamais d’actualité avec notamment Sophia, premier robot à acquérir une citoyenneté. Je pense que je verrai quand même le 2ème film ! Le musée, c’est pas si mal. ^^

    Aimé par 1 personne

    1. c’est vrai que le propos de Dick a beaucoup de résonance aujourd’hui avec l’émergence de l’intelligence artificielle. C’est une oeuvre complexe, entre le livre et les deux films, et qui mérite qu’on s’y arrête.

      Aimé par 1 personne

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