L’Emir de Saïdeh Pakravan

Je ne connaissais pas cette auteure, Iranienne, Saïdeh Pakravan. Mais sur le site NetGalley j’ai été attirée par la couverture, sobre, de Belfond, qui montre de dos un homme portant l’habit traditionnel arabe, sur un fond de sable blond. Au-dessus du titre, l’Émir, vole un faucon du désert.
J’ai un lien particulier avec le monde musulman, car j’ai vécu au Pakistan où j’ai fait l’expérience d’une vie de femme mariée dans un pays où la charia est la Loi. Je connais donc le monde musulman de l’intérieur et même si je ne prétends pas donner de leçon, j’ai ma propre opinion sur l’islam et sur les tourments du Proche et du Moyen-Orient, fondée sur cette expérience. C’est aussi pour cela que j’ai décidé de lire le roman de Saïdeh Pakravan, l’Émir. Un lourd roman, paresseux comme un chameau dans le désert d’Arabie. Un roman ou un essai ? C’est bien là toute la question que pose cet ouvrage, porté par une plume liquide et surtout par une intelligence subtile.

Synopsis

Auteur de récits de voyages, Virginie Page se retrouve de façon inattendue au cœur d’un conflit majeur qui marquera les décennies à venir. À l’été 1990, alors qu’elle doit rencontrer Saddam Hussein, elle apprend que le dictateur irakien se prépare à envahir le Koweït. Dans le cadre des entretiens menés pour son ouvrage traitant de l’islam dans les pays arabes, Virginie rencontre l’émir d’Osmanie, Khaled Hourani, un personnage sortant de l’ordinaire.
Entre les grondements des tanks de Saddam et des avions américains, se noue entre eux une histoire destinée à durer. Ils sont tous deux conscients des enjeux de leur époque et si leurs discussions passionnées tournent autour de la façon dont chacun emplit la vie de l’autre, elles portent aussi sur l’islam radical qui a fait du choc des civilisations une réalité et rendu notre monde terrifiant…
À travers la rencontre de deux individus que rien n’oppose si ce n’est leur appartenance à des cultures différentes, à travers leur parcours dans la période qui a vu le clan Bush et ses alliés du Moyen-Orient déstabiliser l’ordre mondial, Saïdeh Pakravan nous offre un roman d’une intelligence époustouflante sur la genèse d’une des confrontations les plus dangereuses de notre époque. 

Le roman se divise en deux parties, et il n’y a pas de chapitres, les scènes étant séparées par des communiqués de presse. Car la trame de l’histoire est celle de l’Histoire, contemporaine, qui suit la progression du chaos dans le monde moderne depuis la Première Guerre du Golfe menée par George Bush jusqu’à l’invasion de l’Irak après le 11-Septembre, menée par… George Bush Junior. Mais ce décor n’est pas le centre de l’œuvre, qui est avant tout pris par l’histoire d’amour improbable entre une journaliste franco-américaine et un Émir, un Cheikh d’une principauté de fiction qui bien sûr, outre le fait qu’il soit millionnaire, est un bel homme et très intelligent.
En fait, le décor et l’histoire ne sont ici qu’un prétexte, pour l’auteure, pour déployer ses considérations sur l’Islam, la géopolitique des 20 dernières années, le chaos du monde musulman, la bêtise du fanatisme religieux. Ces éléments sont vraiment passionnants, car l’auteure connaît son sujet et porte un regard acéré sur le monde musulman. Ce regard et cette verve sont celle de son héros, Khaled, l’Émir d’Osmanie. Mais tout cela reste fondamentalement artificiel. On ne sait pas souvent, si on lit un roman ou bien un essai, comme celui qu’écrit la belle Virginie sur l’Islam quand elle rencontre l’Émir.
Les paragraphes où les points de vue des personnages se confrontent s’enchaînent plus que les dialogues. L’histoire entre Virginie et Khaled est, au fond, très succincte et peu développée, ce qui renforce l’impression d’artificialité. Les scènes sont convenues et seule peut-être la fin peut nous surprendre.
Malgré cette critique, j’ai bien aimé ce livre qui se lit doucement et en prenant son temps. Pourquoi ? Parce que le sujet m’intéresse. Il sera peut-être plus ardu pour quelqu’un qui connaît moins le sujet d’entrer vraiment dans ce livre. On peut le prendre aussi pour ce qu’il est, c’est-à-dire un livre engagé et quasi politique et aussi historique.

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