L’aile des Vierges de Laurence Peyrin

Ce livre m’a été recommandé par l’inénarrable Gérard Collard, prescripteur de romans à ses heures ; et quand je l’ai trouvé sur le catalogue de NetGalley, je me suis dit que je devais tenter ma chance. J’ai lu il y a quelques semaines le grand succès de Laurence Peyrin, La Drôle de Vie de Zelda Zonk, et déjà j’étais restée un peu sur ma faim. Tout d’abord parce que le titre est trompeur, et qu’en aucun cas ce roman-là nous vous raconte la Drôle de vie de Zelda Zonk, mais bien plutôt les affres amoureuses d’Hannah.
Dans ce nouveau roman de Laurence Peyrin, dont Gérard Collard défendait le contenu à défaut d’une couverture qu’il trouvait trop mièvre, finalement je me suis encore ennuyée, même si, paradoxalement, je l’ai dévoré en quelques jours.
Pourquoi ?

Synopsis

Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le cœur lourd. Car aujourd’hui, Maggie O’Neill, un fort caractère, petite-fille d’une des premières suffragettes, fille d’une féministe active, va entrer comme bonne au service des très riches Lyon-Thorpe. Et la seule consolation de Maggie est que personne ne soit là pour assister à sa déchéance, elle qui rêvait de partir en Amérique et d’y devenir médecin. Qui en rêve toujours, d’ailleurs. L’intégration parmi la dizaine de domestiques vivant comme au siècle précédent est difficile pour Maggie. Elle trouve ridicules les préoccupations et exigences de Madame, surnommée par ses employés « Pippa-ma-chère », car c’est ainsi que ses amies l’appellent à grand renfort de voix haut perchées. Le maître de maison, lointain, l’indiffère. Seul trouve grâce à ses yeux le vieux lord, âgé de près de cent ans, qui perd la tête et la confond avec une mystérieuse Clemmie à qui il déclare son amour.

Mais Maggie va bientôt découvrir que le maître de maison, John Lyon-Thorpe, est loin d’être l’héritier phallocrate qu’elle imaginait. Ils entament une liaison passionnée. Comme elle, John est prisonnier de son destin, et veut s’en libérer. Il a grandi en Afrique, où son père avait une immense propriété, et compte y retourner. Il éprouve les mêmes envies d’ailleurs que Maggie, le besoin de se sentir vivant. Et du jour où elle s’avoue son amour pour John, Maggie comprend qu’elle va devoir choisir entre la promesse du bonheur et son aspiration à la liberté.

Pourquoi ?
Déjà parce que le titre du roman est aguicheur, comme dans la Drôle de vie…, et qu’il ne correspond pas vraiment au contenu du livre. L’aile des Vierges est le couloir où les domestiques féminins du château des Lyon-Thorpe sont cantonnés la nuit et où il ne se passe jamais rien. Sauf pour Maggie, bien sûr…
D’autre part, parce que finalement la couverture du roman est tout à fait adaptée à cette romance très sucrée, très romantique et où on aimerait (en tout cas pour ma part) qu’il se passe un peu plus de choses croustillantes entre les deux amants. Tout cela est très plat, très convenu, très fade en somme… comme cette couverture.

Enfin, et c’est mon principal grief à ce roman et à cette auteure en générale, c’est que les personnages n’ont absolument aucune profondeur psychologique, et que lorsque l’on veut faire un roman d’amour, il est essentiel de comprendre pourquoi les uns tombent dans les bras des autres. L’histoire fait diablement penser à la fois à Dowtown Abbey, avec les secrets des sous-sols d’un château edwardien, où les domestiques s’acharnent à briquer une maison qui n’est pas la leur et à servir des aristocrates fin de race. Mais l’histoire, et c’est voulu par l’auteure car il y une telle référence à un moment dans le roman, est aussi un succédané de Jane Eyre. La bonne qui s’amourache du maître de maison, cela a déjà été fait, et avec beaucoup plus de brio.
Ce qui m’a profondément gêné tout au long de ma lecture c’est l’improbabilité totale des amours entre Maggie et John, non pas parce que ce ne serait pas possible (puisque Jane Eyre a déjà été écrit), mais parce que tout cela arrive comme un coup de baguette magique, « je l’ai vu, il m’a vu, on a baisé dans une chambre… et hop, on est amoureux ». Je caricature à peine. Ce qui me navre surtout c’est le vide sidéral du personnage masculin principal, John Lyon-Thorpe. On sait juste qu’il est beau… comme Rhett Butler… waouh la super référence trop originale… qu’il a de belles mains et une fine moustache. Et pis c’est tout ! Vous n’en saurez pas plus, sur cet aristocrate marié à une déesse et qui préfère aller sauver des éléphants en Afrique plutôt que de manger des sandwichs au concombre dans le Kent. Qu’il tombe follement amoureux de Maggie, une femme de chambre, certes un peu rebelle (quoique), cela ne semble pas du tout improbable. Jamais on ne comprend ce qui l’attire chez elle, ce qui est le fondement de leur amour. A si, c’est le sexe… sauf que le roman ne nous livre là-dessus que des banalités creuses, d’une pudeur qui n’existe même pas dans Jane Eyre !
Quant au personnage de Maggie, ce n’est pas mieux. Elle est présentée comme la descendante d’une lignée de femmes féministes, d’une grand-mère suffragette, qui se bat pour elle aussi avoir un destin. On nous raconte d’entrée qu’elle aurait voulu être médecin. Mais finalement elle se marie avec son amour de jeunesse qui devient handicapé juste avant le mariage : au lieu de fuir, elle se sacrifie par devoir. Certes. Mais à quoi bon. Le reste de l’histoire ne fait que confirmer cette première impression : Maggie n’est pas une héroïne, Maggie est une femme qui aime l’amour. Elle ne sera jamais médecin, mais uniquement « femme de… ». C’est assez pathétique si c’est là le message féministe que veut nous faire passer l’auteure. Une femme libre aurait réalisé son rêve et trouvé l’amour aussi.

La pléthore de personnages secondaires ne fait pas oublier ces défauts majeurs. Mais il faut avouer que Laurence Peyrin a plus de talent pour dépeindre de tels personnages, qui n’exigent pas autant de psychologie.
L’aile des Vierges est pour moi une déception, mais qui confirme une impression que j’avais déjà ressentie lors de la lecture de la Drôle de vie de Zelda Zonk. Ces romans sont des romances Harlequin améliorées. Je n’ai pas trouvé que le style de l’auteure soit si extraordinaire. Je pense que d’autres auteures ont beaucoup plus de talent, comme Carole Martinez ou Delphine de Vigan. C’est un roman de plage qui ne m’a même pas procuré le petit frisson, vous savez, celui que l’on a parfois quand on lit de bons romans d’amour, Jane Austen et consœurs. Ces frissons qui vous parcourent quand vous lisez une scène particulièrement romantique, où le héros fait quelque chose d’incroyablement passionné pour sa belle et que l’on se dit : c’est cela l’amour.

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