Comment réussir sa reconversion professionnelle quand on est professeur.e

D’où je parle ?

Je suis entrée dans le sein des saints de l’Éducation nationale en 1997 ; dès le départ je savais que ce métier n’était pas une vocation pour moi (je vais sans doute en choquer bon nombre : non ! Professeur n’est pas un sacerdoce, c’est un boulot comme un autre) ; et j’étais sûre que je ne ferai pas ce métier toute ma vie. J’ai passé le concours parce que j’avais l’intention de continuer mes études, de préparer une thèse d’histoire médiévale et qu’à l’Université, pour vivre il faut faire prof, en espérant, avec l’agrégation, de ne pas finir dans un lycée de banlieue et avoir vers 40 ans, un poste de chargée de cours à la Faculté. Mais finalement, les sirènes de la Sorbonne ont été moins puissantes que prévu et l’érudition obligatoire pour espérer représenter l’élite du corps enseignant m’a lassé très rapidement. J’ai quitté les bancs du département d’Histoire pour descendre un étage dans la vieille Sorbonne, et aller tenter ma chance en Philosophie. Pendant ce temps, je continuais ma carrière dans des collèges de banlieue parisienne. Le collège a l’avantage de moins vous charger en travail de préparation et de correction (ceux qui disent qu’un prof de collège turbine autant qu’un prof de lycée ou qu’un professeur des écoles est un menteur !) ; par contre, vous y perdrez votre énergie, votre enthousiasme et votre santé psychique, car gérer des classes d’adolescents, en particulier en banlieue, est un peu près la même chose que de combattre un gladiateur roman dans l’arène du Colisée !

Après plusieurs années d’exercice, j’ai eu l’habitude d’affirmer que « quand on sait gérer une classe de 4e d’un collège de la banlieue parisienne, on sait à peu près tout faire ! » Ce qui compte dans cet environnement, c’est « tenir ses classes ». Vous pouvez être le meilleur pédagogue qui soit, si vous vous faites chahuter, vous êtes foutu, non seulement devant les élèves, mais aussi face à la hiérarchie. C’est ce qui m’a profondément désabusé quand j’ai compris, au fil des cheffes d’établissement, plus ou moins bienveillantes, que ce que l’on peut dire au sein de l’école, idées, critiques, projets, n’est mesuré qu’à l’aune de votre capacité à « tenir vos classes ». La discipline quoi ! J’ai encore perdu le peu de foi que j’avais pu avoir dans le « système » quand j’ai également compris que je n’étais pas là pour enseigner, mais pour éduquer, c’est-à-dire pallier les manquements énormes des parents et de la société ; mais aussi que la posture de professeur était de plus en plus étriquée, délimitée par l’idée d’un face à face qui ne peut être que violent entre un groupe d’élèves et un enseignant bien solitaire, qui doit se montrer autoritaire à défaut de susciter de l’autorité. Cette posture est totalement idiote dans le contexte scolaire dans lequel j’évoluais : avec des jeunes qui trouvent dans la violence physique l’exutoire à leur impossibilité de communiquer, de se faire comprendre, souvent et simplement parce qu’ils manquent de vocabulaire, être seulement celle qui sait et se poser en hauteur avec parfois, chez certains de mes collègues, un vrai degré de mépris pour ces jeunes, est voué à l’échec et à la désillusion. Mais quand on m’a fait comprendre que je devais retrouver le chemin de cours bien plus magistraux que dialogués, j’ai commencé à rêver d’herbe verte et d’ailleurs.

C’est comme ça que je me suis arrivée au Lycée expérimental de Saint Nazaire. Je ne vais pas ici raconter ce qui s’y passe, de toute façon il faudrait un livre… J’y ai trouvé enfin une vraie relation humaine entre des élèves et des enseignants, qui ne manque pas de respect, contrairement à ce que beaucoup pensent. Mais le Lycée expérimental vit dans une bulle, et le reste de l’institution a continué de parler d’une voix et de faire faire à ses fonctionnaires exactement le contraire. L’Éducation nationale est schizophrène, et ses injonctions contradictoires ont fini de m’épuiser. Ce métier n’avait plus du tout de sens pour moi.

 

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Mon parcours de reconversion professionnelle se déroule par la suite sur plusieurs années. Il a commencé à prendre une tournure un peu plus réelle, quand j’ai obtenu en 2016 un Master 2 de chargée de développement territorial lors d’un congé de formation. Mais je n’ai pas réussi à « transformer l’essai » pour les raisons que j’évoque dans la suite de ce billet. J’ai donc décidé de lever le pied : j’ai quitté le Lycée expérimental en 2017, je suis retournée dans le système traditionnel et j’ai demandé un temps partiel. J’ai pu souffler, même si je n’ai pas réussi à me sentir à l’aise, seule face à 35 gamins ! En fait, je n’étais plus professeure, et ce depuis longtemps : je veux dire que je n’ai jamais vraiment voulu posséder cette posture du prof, celui qui sait, mieux que les élèves, qui eux doivent être passifs et laisser leurs petits cerveaux être pénétrés par le savoir descendant. Mon temps partiel m’a permis, l’année dernière, de me lancer dans la création d’entreprise dont j’ai déjà parlé ici. J’avais pensé en fait allier les deux : rester, pour le confort du salaire, à l’Éducation nationale à temps partiel, et faire croître mon métier de consultante. Cette solution peut sembler la meilleure, encore faut-il obtenir l’autorisation par l’institution de développer une activité privée ! Eh oui ! Une loi, qui visait en priorité les hauts fonctionnaires, les énarques et aux élèves de X, adeptes du « pantouflage », cet exercice très rentable qui consiste pour un agent de l’État qui doit des années de service à la nation d’aller plutôt se vendre au plus offrant, et de revenir quand l’économie va mal dans le bon vieux giron étatique, serre de plus en plus la vis à TOUS les fonctionnaires pour les empêcher parfois de faire autre chose de leur vie professionnelle. Ne voulant pas vraiment passer sous ses fourches caudines, dont la rumeur qui enfle disait, parmi les aventureux entrepreneurs, qu’elles étaient de plus en plus strictes, et n’ayant plus du tout la puissance d’être professeure, j’ai décidé de sauter dans le vide l’été dernier, et j’ai demandé une disponibilité pour convenance personnelle.

Aujourd’hui, ma situation reste fragile, mais je suis libre. Je me suis battue pour trouver un emploi privé, et je suis à présent ingénieure pédagogique. Je donne aussi quelques heures de cours chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France. Bon, j’avoue, c’est encore très (trop !) proche du métier d’enseignante, mais cela ne fait que quelques mois ! Je débute 🙂
Je participe à l’aventure numérique et locale de DevDu.bzh. Et j’essaye tant bien que mal de faire démarrer ma carrière de consultante. J’ai réussi à faire ce que je voulais, c’est-à-dire la multiactivité, être « slasheuse » :

  • faire que mes semaines ne soient pas dédiées à un seul métier, participer à plein de projets innovants et qui ont du sens,
  • être maîtresse de mon emploi du temps,
  • ne pas être enfermée dans un bahut qui ressemble à une prison,
  • rencontrer des personnes nouvelles,
  • travailler dans le monde des adultes ,
  • avoir de vrais week-end et de vraies vacances (!),
  • ne pas être épuisée physiquement ni psychiquement dès la fin du premier trimestre,
  • ne plus supporter la charge mentale de dingue d’un professeur, qui consiste à penser à tout et tout le temps et surtout aux détails qu’il faut absolument gérer avant d’entrer en cours puisque vous y êtes seul.
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C’est à partir de cette histoire personnelle que j’écris cet article pour partager mon expérience, et les conseils que je peux donner à tous ceux et celles qui voudraient changer de voie et quitter l’Éducation nationale.

Ce que vous promet l’administration et qui n’est pas toujours tenu !

Il n’existe pas de véritable service de ressources humaines à l’Éducation nationale, et encore moins de service à la mobilité. Les RH du ministère sont avant tout une grosse machine chargée, depuis des décennies, de faire fonctionner un système extrêmement rigide et tourné vers la gestion des personnels. Il faut pouvoir placer, nommer tel fonctionnaire sur tel poste, en tenant compte de règles de mutations qui ont évolué au cours des années 2000, pour devenir de plus en plus un piège pour les personnels. Les ressources humaines ce sont avant tout un gigantesque jeu de chaises musicales, où la puissance du « c’est comme cela que l’on fait » est prioritaire au bien-être des enseignants. Depuis quelques années, les rectorats se sont dotés de conseillers mobilité, qui sont censés accompagner les personnes désireuses de faire évoluer leurs carrières. Mais, ces fonctions sont très disparates suivant les académies, les moyens tant humains que matériels sont dérisoires face aux demandes croissantes des enseignants, et surtout les possibilités de carrières hors de l’éducation sont très réduites !

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Il a été instauré des entretiens de carrière, à des moments clés de la vie professionnelle : en début, en milieu et en fin de parcours. Ces entretiens sont menés par le chef d’établissement, qui n’a, absolument aucun moyen de vous permettre d’évoluer, mais qui a tout pouvoir pour vous nuire, par exemple dans ses rapports administratifs. Le premier conseil que je vous donne est de ne pas croire que votre chef d’établissement pourra vous aider dans une reconversion. Il vaut mieux s’adresser directement au rectorat, qui a bien plus de pouvoir sur votre carrière. En premier lieu l’inspecteur pédagogique, qu’il faut solliciter en dehors des visites conseils et autres évaluations. Si vous ne faites qu’attendre la visite et ne jamais manifester votre désir de changer de voie, l’information ne pourra circuler au sein du rectorat. Il faut aussi pouvoir dialoguer avec les administratifs qui sont en charge votre discipline, car ce sont eux qui gèrent au plus près les affectations, les demandes de temps partiels, les congés de formation, les congés maladie. Ce sont eux, bien plus que la secrétaire de direction ou le chef d’établissement, qui ont la main sur votre dossier administratif. Il est bon aussi de faire un pas vers les responsables des ressources humaines, par un message ou même un rendez-vous, pour lui faire savoir vos intentions. Il faut parfois savoir court-circuiter la sacro sainte « voie hiérarchique » et s’adresser directement à ceux qui tirent les ficelles.

La faiblesse du professorat, qui pourrait être aussi considérée comme sa force et son intérêt, est sa grande autonomie : les professeurs sont seuls, face aux élèves, face aux parents, face aux inspecteurs qui viennent dans leurs classes, face même parfois à leurs chefs d’établissement. Cette autonomie qui peut être assimilée à la liberté pédagogique, a été encadrée par le syndicalisme, qui aujourd’hui est à bout de souffle et qui c’est mon opinion et je sais qu’elle est largement partagée même si personne ne le dit, représente davantage un courant réactionnaire au sein de l’éducation nationale. Continuer à pousser comme seul slogan « plus de moyens » et s’arc-bouter sur des privilèges de plus en plus inégalitaires, en particulier autour des commissions de mutations, est le signe que ces « corps intermédiaires » sont d’un autre temps. La preuve en est le très faible taux de syndicalisation actuel des professeurs ! Mais cette déliquescence à une conséquence négative pour nos carrières : nous nous retrouvons souvent seuls face à la machine administrative et nous ne savons pas comment nous y prendre pour faire valoir nos droits ou nos volontés de changement. Mon conseil principal est bien celui-ci : se faire connaître ! Faire savoir ce que l’on souhaite, ce que l’on ne veut plus, le dire, l’écrire, faire remonter son « je n’en peux plus », et son « j’ai des projets, je veux changer ». J’ai rencontré beaucoup de collègues qui me disaient qu’eux aussi aspiraient à partir de l’éducation nationale, et quand je leur demandais ce qu’ils avaient mis en œuvre pour cela, souvent ils n’avaient même pas informé leur IPR de leur souhait ! Exprimer que l’on veut changer de vie professionnelle ce n’est pas forcément le faire, mais au moins c’est prévenir l’administration que l’on est dans cette logique. On peut aller plus loin (et ceci m’a même été conseillé par un responsable du rectorat !) et se mettre en congé maladie. Alors bien sûr, cela pose plusieurs problèmes. Déjà celui de trouver un médecin qui saura vous écouter ! Quand vous allez voir votre praticien et qu’il vous dit, en vous observant d’un regard à la limite du mépris, qu’il y a bien d’autres personnes qui travaillent, elles pour de « vrai », et qui ne peuvent pas se mettre en arrêt maladie, et qu’en résumé, vous êtes un peu une « feignasse », alors que vous n’en pouvez juste plus de tout ce cirque, c’est difficile d’argumenter pour obtenir ce fichu arrêt. N’espérez pas non plus être écouté par les services médicaux du rectorat, quasi inexistant pour les professeurs. Si vous voulez que votre cas soit examiné, il faut monter un dossier… constitué des arrêts maladie que vous avez déjà certainement accumulés ! Et puis, être en arrêt quand on veut avant tout changer d’orientation professionnelle, c’est un peu contradictoire, car souvent ce n’est pas parce que l’on est en difficulté devant les classes que l’on veut évoluer, c’est juste que l’on veut se renouveler pour voir autre chose, faire autre chose !

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Vous pouvez aussi prendre un rendez-vous avec le ou la conseillère mobilité de votre rectorat. Les effectifs ont été augmentés depuis peu, sous l’affluence record des demandes venant des professeurs. C’est un moment pour faire le point, voir ce que vous pouvez faire d’autre, commencer la démarche. Mais attention, comme tout le reste du personnel administratif, le conseil mobilité ne peut rien pour vous de concret. Ce n’est pas lui qui vous proposera un poste en détachement, qui vous dira quoi faire ou comment le faire. Il peut y avoir des ateliers pour faire un mini bilan de compétences, affiner son CV, entrer un peu dans la logique d’employabilité du marché du travail. Il y a également de grandes réunions orchestrées par les rectorats pour faire le point sur toutes les opportunités ouvertes aux professeurs. Je vous conseille fortement d’aller à tous ces évènements, pour vous montrer, pour montrer que vous vous bougez, pour prendre des informations, croiser d’autres personnes dans la même démarche et rencontrer les responsables des ressources humaines.

Attention toutefois, le discours est alors bien rodé et les opportunités peu nombreuses et surtout très peu accessibles. On vous parlera de la plateforme BIEP, devenue depuis peu la Place de l’Emploi public, qui rassemble tous les postes à pourvoir, en détachement ou comme contractuel, dans les autres ministères ; on évoquera les sites d’annonces d’emplois des collectivités territoriales, comme cap-territorial ou emploi-territorial (eh oui, les collectivités n’ont même pas réussi à rassembler leurs fiches de postes sur un seul site !) où vous vous retrouverez devant une jungle de sigles et de fiches de postes plus absconses les unes que les autres. On vous parlera des concours (IRA, fonction publique, concours d’inspecteur ou de chef d’établissement) que vous pouvez passer, si vous avez encore le courage de le faire après avoir préparé le CAPES, l’agrégation, etc., et surtout si vous voulez poursuivre dans la même boîte EN. Lors de ces réunions, vous pourrez rencontrer des professionnels des GRETA qui vous feront saliver avec un ou deux postes de chargés de formation continue où, pour réussir à remplir le dossier de candidature, il faut au moins un bac +10 ! Jamais par contre on n’évoquera Pôle emploi, la création d’entreprise, de portage salarial, de temps partiel, d’associations d’aide à la reconversion. Et surtout, ce que l’on vous cachera avec force ou que l’on ne dira qu’à mot couvert, c’est le taux de réussite de ces reconversions en passant par les mailles très très très serrées de ce filet : c’est 1 ou 2% par an de professeurs qui arrivent à changer d’orientation professionnelle en France ! B.O.N. C.O.U.R.A.G.E !

Quels conseils ?

Alors, oui, il faut tout de même faire marcher le système des ressources humaines du rectorat, mais ne pas du tout croire que cela suffira et s’en contenter.
Tout d’abord il faut savoir qu’un professeur qui veut se reconvertir, que cela soit dans un poste administratif public ou privé, une création d’entreprise, une formation pour un autre métier, part avec de très sérieux handicaps qu’il ne faut pas sous-estimer et qui sont malheureusement très réels. Ils ont l’air, comme cela, de mauvais clichés, mais ils sont ancrés dans la tête des recruteurs, des formateurs, et que ces représentations du professeur soient fausses ou qu’elles aient un fond de vérité n’a aucune importance, c’est ce qu’une majorité de nos concitoyens pensent de nous. Quand ils nous voient arriver, ils partent avec ces idées négatives à notre sujet et il faut beaucoup de persévérance et de compétences pour les détromper.

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En fait, pour parler crûment, quand sur votre CV il y a noté que vous avez été ou que vous êtes professeur, c’est le pire boulet que vous pouvez avoir sur le marché du travail ! Si en plus de cela, vous n’avez fait que cela, vous êtes dans les limbes des recruteurs. Et ne pensez pas que cela ne vaut que pour les postes dans le privé : c’est la même chose et même pire dans les emplois de la fonction publique d’État ou territoriale. Être prof, c’est la loose. Dans la tête des gens, un prof c’est :

  1. quelqu’un qui ne sait pas travailler et n’a aucune compétence,
  2. quelqu’un qui râle tout le temps,
  3. quelqu’un qui n’est pas un professionnel, mais un enfant attardé.

Ce que j’écris là est ce que j’ai personnellement entendu et vécu, ce que l’on m’a dit gentiment ou avec plus d’acrimonie dans mes différentes expériences. Je vous passe sur l’idée qu’un prof ne pourra rien faire parce qu’il voudra être toujours en vacances… C’est nul, c’est pitoyable, mais c’est comme ça. Vous n’y pourrez rien et les discussions que l’on a parfois avec des amis ou de la famille, qui critiquent à tour de bras la profession, ne sont rien face à un responsable des RH qui vous fait passer un entretien d’embauche ! Mieux vaut le prendre avec humour, ne jamais s’énerver et tenter par tous les moyens de prouver le contraire. Pour cela, sur votre CV, il faut pouvoir faire comme les étudiants et les stagiaires : valoriser au maximum toutes vos expériences , professionnelles, bénévoles, extra-professionnelles. Sous la ligne « professeur de », évitez de mettre seulement que vous savez corriger des copies ou préparer un cours. Il faut faire un sacré travail sur soi pour lister ses compétences, qui sont plus variées que celles de notre métier, et qui ne sont pas les activités ou les tâches que l’on fait au quotidien. Il faut masquer, éliminer au maximum la ligne professorat !

Le second handicap, très lourd et que j’ai mis du temps à comprendre, concerne avant tout les postes de fonctionnaire public ou territorial. En tant que professeurs, nous sommes des fonctionnaires d’État de catégorie A. Quand on sollicite un détachement (dont le principal avantage est de conserver son grade), nous ne pouvons le demander QUE sur un emploi de même niveau, à savoir catégorie A. Il est interdit, par la loi, d’être recruté sur un poste de catégorie B ou C. Alors au début on se dit, « bon, ça va le faire ! ». Mais en fait, pas du tout. Pourquoi ? Dans la fonction publique territoriale, il y a beaucoup beaucoup moins de postes de catégorie A. L’immense majorité des emplois sont en catégorie B et C. Et les A sont toujours des missions de direction, de chef de quelque chose, de responsable d’autre chose. Allez candidater sur ces fonctions, qui exigent plusieurs années d’expérience, des compétences que vous n’avez certainement pas, quand vous n’avez été que prof ! Les services RH ne lisent même pas votre CV. Alors vous pouvez faire comme moi : faire une formation qui s’accorde plus ou moins à des catégories de postes de la fonction publique territoriale et rêver d’un détachement qui se fera en douceur, car j’aurais pu acquérir les fameuses compétences. Mais en fait non : vous n’avez pas l’expérience exigée, et vous ne l’aurez jamais, parce qu’un poste de catégorie A s’obtient après des années de carrière et qu’on ne peut pas débarquer après une formation et se croire prêt à prendre la tête d’un service ou être chef de projet. Retour à la case départ.

Il y a deux solutions pour contourner ce problème, mais cela demande un sacrifice de votre part, et il sera bien sûr financier. La première est de passer un concours de la fonction publique territoriale, ce qui veut dire s’y préparer et le réussir (pas évident quand il y a beaucoup de candidats) et ensuite tout simplement repartir à zéro : si vous avez un tel concours, vous perdez les avantages de votre grade de fonctionnaire d’État. Il faut savoir également que ces concours sont un peu particuliers : vous pouvez réussir le concours d’attaché territorial par exemple, mais cela ne veut pas dire que vous avez un poste ! C’est à vous de trouver le poste et d’être recruté dans une collectivité territoriale, évidemment pas forcément là où vous habitez ! Vous avez deux ans pour trouver un poste, sans quoi vous perdez le bénéfice de votre concours ! Charmant.

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L’autre solution est d’être embauchée comme contractuel. Pour cela il faut être en disponibilité de l’éducation nationale, et bien sûr correspondre à un poste. Il faut savoir que les disponibilités ne se demandent pas en cours d’année : il faut les demander pour la rentrée scolaire. Il est très très rare qu’elles soient accordées durant d’année, et surtout pas pour raison personnelle. Par ailleurs, les collectivités recrutent surtout en janvier, que les embauches sont liées aux calendriers électoraux (on recrute très peu à l’approche des élections) et qu’il est réputé que le travail dans une collectivité territoriale (commune, département, intercommunalité, région, syndicat mixte) soit le plus pénible, car soumis à la pression des chefs de service souvent imbus de leurs pouvoirs face à des élus plus ou moins impliqués dans les affaires locales. Vous travaillez pour des élus de la République, dont le temps n’est pas celui des projets à long terme, et pour qui l’efficacité se mesure à ce qui se voit. Il y a belle lurette que j’ai renoncé à entrer dans la fonction publique territoriale.

Le vrai secret

En fait, après mes années de galère, de doutes, de réussites aussi, pour quitter le métier d’enseignante, je n’ai retenu qu’un seul et unique conseil, qui est en prosaïquement le vrai et seul secret. Bien plus que toutes les formations, les concours, les réunions d’information, les CV, les détachements, ce qui fait la différence et ce qui permet ou non de réussir sa reconversion c’est : LE RÉSEAU. Le réseau, ce sont toutes les personnes que vous rencontrez, dans votre environnement professionnel, en tant que bénévole, dans vos loisirs. Certaines de ces personnes sont des amis, des connaissances. Vous avez une vie amicale avec certaines, et pas avec d’autres. Là n’est pas la question. Ce qui compte c’est le réseau, car notre société fonctionne ainsi. Ce sont toutes les interconnexions que vous faites dans vos relations humaines. Autrefois, on ne s’embarrassait pas de cultiver son réseau. Seuls ceux qui étaient déjà dans ces univers professionnels concurrentiels et élitistes, issus des grandes écoles par exemple, avaient ce réflexe. Aujourd’hui, avoir un réseau et le plus éclectique possible est la condition sine qua non pour réussir une reconversion. Le problème des enseignants, c’est que justement leur réseau est très étroit et fermé sur lui-même. Franchement, on ne sort pas beaucoup de sa salle de classe, quand on fait des projets en dehors de son établissement c’est encore en lien avec l’éducatif. Bref, les professeurs n’ont pas vraiment un réseau qui favorise une reconversion. Pourtant, c’est la clé de la réussite, car les recruteurs ne regarderont pas votre CV. Vous pouvez faire tous les efforts possibles, avoir toutes les compétences, pour dépasser ces préjugés dont je parlais plus haut, il faut vous faire connaître et reconnaître. Et pour cela, il n’y a que le réseau qui fonctionne. Si vous voulez avoir des entretiens, des rendez-vous pour vous informer sur un métier, il faut en passer par vos relations. Celles qui pourront attester que vous êtes professionnel, motivé, déterminé, etc.

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J’ai mis plus de trois ans à développer mon réseau, et cela a été un plaisir autant qu’un réel engagement. Un plaisir, car j’aime rencontrer de nouvelles personnes et surtout me retrouver dans des univers qui ne sont pas les miens. Un engagement, car cela demande de l’énergie et une vraie stratégie. On fait croître un réseau dans les domaines sur lesquels on veut travailler, et cela prend du temps, beaucoup de temps. Il faut faire ses preuves et faire les choses sans attendre justement ce que je suis en train de vous expliquer. Il faut être sincère dans son envie de rencontrer des gens et de travailler avec elles, et pas seulement, comme beaucoup savent pourtant le faire, rester à la surface de la relation, en hypocrite, en se demandant ce que l’autre pourra bien nous apporter. Ne soyons pas naïf, cette pensée fait aussi partie du deal, mais comme toujours dans la vie, si on veut pouvoir faire quelque chose, il faut le faire sans qu’il y ait de résistance de notre part et sans que cela nous coûte trop, en termes d’énergie psychique. Si vous êtes bénévole dans une association, il faut pouvoir participer l’esprit léger aux réunions, aux évènements où les bonnes volontés sont indispensables, ne pas compter ses efforts et son temps.

Il faut pouvoir sortir de sa zone de confort, aller vers des gens que l’on n’aurait pas forcément rencontrés dans sa vie « normale », et s’ouvrir à des champs parfois un peu éloignés de ceux que l’on connaît. Ainsi, il est évident, en tout cas pour moi, que le monde de l’éducation, au sens large, ne pourra plus être le même dans les années à venir. Malheureusement, l’éducation nationale et une partie du corps enseignant sont, il faut bien le dire, totalement à côté de la plaque quand on pense encore que le professeur doit être au centre de l’apprentissage. L’usage des outils numériques, mais plus sûrement les transitions sociétales, écologiques, économiques sont en train de créer un nouveau rapport à la pédagogie. Aujourd’hui, on apprend tout le temps et partout, et pas seulement à l’école comme on nous le fait croire encore. On ne peut plus transmettre comme avant, avec l’idée qu’il y a un « sachant » et des « apprenants ». Réussir sa reconversion professionnelle, c’est aussi s’ouvrir à ce nouveau monde qui vient et remettre en cause, profondément, ses croyances dans beaucoup de domaines. Cela n’est pas évident non plus pour des professeurs, qui ont un peu tendance à continuer de penser qu’ils ont raison et qu’il faut faire « comme ça » en matière d’éducation.

Bref, pour conclure ce très très long article, si vous êtes un enseignant et que vous voulez changer de métier, je vous conseille avant tout :

  • De vous former, plutôt dans des champs nouveaux et porteurs d’innovations
  • De sortir de votre zone de confort intellectuel en vous remettant vraiment en question, en tant que professionnel
  • Travailler seul ou accompagné sur un bilan de vos compétences et surtout de celles qui pourront être facilement transférables sur un nouveau poste
  • Ne pas vous attendre à ce que les portes s’ouvrent facilement, bien au contraire
  • Cultiver votre réseau, en dehors de l’éducation nationale
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2 commentaires sur “Comment réussir sa reconversion professionnelle quand on est professeur.e

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  1. Bien triste quand effectivement on se retrouve à se dire que ce boulot n’est vraiment pas fait pour nous.. Malgré une première carrière plutôt bien vous vous apercevez que vous ne valez plus rien..
    comment s’en sortir..

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  2. Bonjour,

    Merci pour ce témoignage très circonstancié et précis ! Etant moi-même professeur de philosophie, c’est avec intérêt que j’ai lu votre article. Il se trouve que pour le moment, je me sens suffisamment bien dans mon métier pour ne pas souhaiter en changer. Mais il est toujours bon de s’instruire (surtout quand on voit le rouleau-compresseur des réformes actuelles) auprès de ceux et celles qui ont tenté fort courageusement une autre voie. J’espère que vous vous épanouissez dans celle-ci. Salutations d’un ancien collègue 😉

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