Réalité et quotidien

Notre monde est un monde duel, malheureusement. Nous vivons des contradictions, nous sommes porteurs de nos propres conflits, c’est ce qui provoque nos névroses.

L’une d’elle me touche de près, c’est cette opposition  subjective et temporelle que je ressens entre les expériences que je peux faire du réel et du quotidien.

Le réel, la réalité, est ce qui est. C’est la vérité. C’est ce qui existe, le monde qui est posé là devant moi ; moi-même également avec tous les doutes et toutes les questions quant à l’existence réelle d’un moi. Mais ceci est une autre question.

L’arbre dehors, que je peux voir depuis la fenêtre de mon bureau est réel parce qu’il est là, bien vivant. Le crépuscule qui tombe ce soir au loin sur la vallée de la Loire est vrai, parce que je le vois, j’en fais l’expérience dans ma chair et dans mon esprit.

Cette réalité, notre esprit justement la déforme, l’articule entre nos désirs, nos souffrances, nos passions, nos peurs. Nous sommes incapables de l’appréhender telle qu’elle est. Seul le sage est capable de voir le monde tel qu’il est. Ce crépuscule là, je ne l’expérimente pas totalement en lui-même, j’insuffle dans cette expérience mon passé, mes souvenirs d’autres crépuscules. Je pense à demain, dimanche, puis à lundi, etc… Je ne suis pas vraiment là ici et maintenant.

Cette réalité, ce monde qui nous entoure et qui est nous, n’est pas vraiment ce que l’on vit au quotidien.

Le quotidien c’est la routine, ce qu’il faut vivre, ce qui n’est pas extraordinaire, ce qui est autre que l’unique du présent toujours revécu. Ce quotidien est-il tout autre que la réalité ? Ou bien n’est-il qu’une faible part de cette réalité ?

wpid-p1010166-2014-02-1-19-44.jpgLe quotidien est ce qui nous enterre, ce qui nous fige dans l’éternité de retour des choses. C’est cela à mon sens l’Eternel retour nietzschéen. Ce sont tous ces automatismes qui nous éloignent justement de la réalité, que l’on fait, que l’on pense sans vraiment être là, par obligation sociale souvent, parce qu’il faut les faire. C’est ce quotidien que Pessoa ou Cioran détestent parce qu’il est la marque de notre finitude, de notre médiocrité. Nous voudrions tous les jours des moments pleins et vifs, extraordinaires. Pourtant, tous ces instants que nous vivons pourraient l’être, si nous étions en eux vraiment. Si notre conscience était toujours pleine des secondes qui passent. Si notre esprit était sans arrêt en alerte de ce qui est. Mais l’extraordinaire n’est pas possible tout le temps, parce que sinon il devient à son tour du quotidien. Le gris du temps qui passe tous les jours est la couleur uniforme de tout ce que l’humaine condition touche. Comment faisaient nos ancêtres quand le temps de leurs vies était passé à répéter sans arrêt les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes coutumes, à vivre dans les mêmes lieux de génération en génération ? Sans doute avaient-ils ce que nous avons perdus : ce lien avec le monde, cette intuition du surnaturel, qui dévoile la Réalité. Voilà pourquoi notre époque est si prompte à chercher des divertissements, pourvu qu’ils soient les plus imbéciles, les plus rapides, les plus choquant, pour évacuer la misère du quotidien que notre imaginaire ne sait plus transcender.

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