Blade Runner – Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

Il est extrêmement rare que je préfère une adaptation cinématographique au livre qui l’a précédé. Même si je lis le livre après avoir vu le film (comme par exemple pour Je suis une légende), je trouve toujours bien plus de « nourriture » dans le livre que dans le film, qui est une interprétation singulière et qui surtout surimpose des images à mon propre imaginaire.
Pourtant, pour la première fois, je viens de vivre le contraire. Blade Runner. C’est un film culte et c’est pour moi, comme pour beaucoup, un film essentiel dans ma propre construction intellectuelle. Je viens de terminer la lecture du livre, écrit en 1968 par Philip K. Dick, publié en 1976 en France sous le titre « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques » et adapté en 1982 par Ridley Scott sous le titre de Blade Runner.
Comme souvent à Hollywood, le film est avant tout une adaptation du roman, c’est-à-dire qu’il se fonde sur une structure de fiction mais qu’il change beaucoup voire trop d’éléments pour que l’on puisse affirmer qu’il s’agit d’une simple mise à l’écran.
La principale différence à mon sens est créée par le héros, Rick Deckard, qui, dans le livre, est marié à Iran et qui est bien plus un anti-héros, bien qu’il soit capable de découvrir les androïdes, les Nexus-6 et les réformer. Lire la suite

Vampires

Je ne suis pas une fan de ce qu’on appelle la bit-lit… la littérature des crocs… celle qui décrit les affres, les amours, les sanglants retours des vampires. C’est très à la mode, les vampires, les zombies. Depuis Thriller de Mickael Jackson j’ai toujours regardé ces histoires de très loin. J’ai pourtant apprécié le film Dracula de Coppola sorti en 1992 avec un acteur que j’apprécie beaucoup, Gary Oldman.
draculaJ’ai lu beaucoup plus tard le livre de Bram Stocker, en Anglais, parce qu’il faut bien s’exercer sur des classiques. J’ai aussi beaucoup apprécié Entretien avec un Vampire, de Neil Jordan sorti en 1994, avec Brad Pitt et Tom Cruise. Je n’ai pas encore lu la série de livres du même titre d’Annie Rice, mais cela ne saurait tarder. Beaucoup de films de vampires dans les années 90, beaucoup de films de vampires avec des acteurs charmants. On est très loin des premières images de Nosferatu… beaucoup de films tirés de livres à succès.
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Et c’est bien ce que j’ai ressenti en lisant, coup sur coup, le célèbre Je suis une légende de Richard Matheson paru en 1954 (!) et dont bien sûr on a fait un film à succès, en 2007, avec un autre acteur charmant, Will Smith ; et la trilogie de Deborah Harkness, Le Livre perdu des Sortilèges, dont pour l’instant on n’a pas encore fait une adaptation cinématographique ou télévisuelle.
filmjesuisunelegendeLe point commun de ces deux œuvres : ce sont des romans fantastiques qui parlent de vampires. Et pas que. Dans Je suis une légende, dont le livre et en particulier la fin sont très différentes de ce que présente la version hollywoodienne, Robert Neville survit depuis plusieurs années dans un monde post-apocalyptique, tout seul, confronté à des créatures qui dont clairement décrites comme des vampires. Lire la suite

Food Coop… c’est quoi Food Coop ?

C’est d’abord un film qui est sorti au cinéma le 2 novembre 2016

SYNOPSIS :

En pleine crise économique, dans l’ombre de Wall Street, une institution qui représente une autre tradition américaine est en pleine croissance… Intense, chaotique et impolie, la Park Slope Food Coop a vu le jour à Brooklyn en 1973, quand quelques utopistes ont décidé de monter un supermarché coopératif dans leur quartier. Nageant à contre courant de tout ce qui définit « The American Way of Life », les grands principes de la Park Slope Food Coop sont simples : chaque membre lui consacre 2 heures 45 de travail par mois (c’est précis!) et en échange bénéficie de produits alimentaires de qualité exceptionnelle à des prix très bas.

Le film a été réalisé par Tom Boothe, un américain à Paris, qui a connu la Food Coop par des amis et qui a décidé d’en faire un film. Il est aussi le co-fondateur de La Louve, une coopérative alimentaire sur le même modèle à Paris, rue Poissonnière.

C’est donc aussi une réalité, à New York, qui compte aujourd’hui 16 500 membres (https://www.foodcoop.com/). La plupart d’entre eux travaillent donc quelques heures par mois dans le magasin en contrepartie de réduction de 20 à 40 % sur les prix des produits. Tous le monde peut devenir membre de la coopérative qui ne vend qu’à ses membres. Les supermarché est ouvert tous les jours de 8h à 22h sur 1000 m².

Les produits vendus sont essentiellement biologique, issu des circuits courts ou du commerce équitable.

La coopérative réinvestit tous les bénéfices dans le supermarché et comme cela marche très bien, le magasin est équipé des frigos les plus écologiques possibles, les prix sont très abordables et ils ont investit dans d’autres projets du même type.

A Paris, La Louve s’est ouverte à l’automne 2016. Pour rejoindre la coopérative et y faire ses courses il faut investir 100 euros et s’engager à y participer bénévolement 3h par mois. Les bénéficiaires des minimas sociaux peuvent devenir bénévoles et investir 10 euros.

Comme c’est un supermarché, on peut y trouver des produits frais, toujours avec les principes de bio et local, mais aussi des produits non alimentaires, hygiène, nettoyage, bricolage. Il fait 1 450 m2 au total 650 m2 au rez-de-chaussée et 800 m2 en sous-sol et il est situé au nord de Paris.

A Nantes enfin, il existe un projet similaire, la Scopéli. Le projet défend des valeurs :

« C’est notre Constitution  qui rassemble les valeurs que nous voulons concrétiser, en particulier proposer aux coopérateurs actifs une alimentation de qualité à prix réduit, en donnant la priorité aux producteurs locaux, aux circuits courts et aux produits de saison. Nos choix doivent se porter sur la qualité des produits sélectionnés (produits bio pour l’essentiel) grâce à une exigence gustative, nutritionnelle et sanitaire élevée, nous favoriserons le développement d’une agriculture durable, à la fois favorable aux paysans et respectueuse de l’environnement.

Chacun pourra s’impliquer : nous favoriserons la participation et nous rechercherons la transparence dans tous les actes d’achat, de vente, de gestion et d’administration. SCOPELI sera  gérée et gouvernée par ses membres, lesquels assureront, aux côtés de salariés, la totalité des tâches nécessaires à son bon fonctionnement.

Ce modèle de gestion nous permettra de pratiquer des prix raisonnables, sur des gammes de produits de haute qualité (artisanaux, bios, locaux…) tout en payant un prix juste aux producteurs. » (www.scopeli.fr)

Le supermarché ouvrira fin 2016 ou début 2017 mais le collectif est encore à la recherche d’un local assez grand dans le périmètre de Nantes métropole. Pour l’instant, ils sont hébergés par les Ecossolies, une coopérative nantaise qui accompagne et soutien les projets alternatifs de ce genre dans la région.

Si vous voulez les rencontrer, ils seront à l’Autre Marché (marché de Noël alternatif organisé par les Ecossolies qui se tient square Daviais) pour présenter le projet le 9 décembre prochain !

 

 

Oh ! Ma Musique

« Sans musique la vie serait une erreur »
Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles,
Maximes et pointes, § 33.

La musique, c’est l’art de sons. Partout et tout le temps il y a de la musique plutôt que rien, il y a de la musique plutôt que des sons (bruits, paroles, cris, silences de la nature). La musique est diverse et foisonnante, c’est la musique savante de Mozart ou la musique hindoustanie du nord de l’Inde appelée « taal », c’est la musique populaire qui a pris des formes tellement diverses dans le monde et dans l’histoire qu’il est impossible de les comptabiliser.

La musique c’est le présent pur, c’est le temps qui s’arrête : quand on écoute de la musique, on n’est ni dans le passé, ni dans le futur car chaque note n’est qu’un instant suspendu et qui s’évanouit pour laisser place à la note suivante. L’auditeur est alors plongé dans ces instants qui se succèdent les uns après les autres. La musique c’est le corps aussi, qui vibre avec le rythme, avec le souffle ou le timbre de certains instruments.

Mais la musique n’est-elle qu’émotions ? Quels effets a la musique sur nous ? Nous permet-elle de penser, d’avoir des idées ?

« A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre ? Donne des ailes aux pensées ? Que, plus on devient musicien, plus on devient philosophe ? » Nietzsche, Le Cas Wagner.

Ou bien est-ce qu’elle créée une impression, une image en nous ? Comme les autres arts, elle nous permet d’avoir une approche, une entrée esthétique dans le monde, c’est-à-dire une entrée qui ne soit pas que celle de l’esprit, de l’intellect. Mais la musique nous donnerait accès à ce qu’il y a de plus intime, de nous-même et du monde, le cœur et l’essence même de la vie. La musique serait une sorte de langage universel, aussi clair que l’intuition mais tout aussi mystérieuse.

« Elle [la musique] passe à côté de nous comme un paradis familier, quoique éternellement lointain, à la fois parfaitement intelligible et tout à fait inexplicable, parce qu’elle nous révèle tous les mouvements les plus intimes de notre être, mais dépouillés de la réalité qui les déforme. » Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Livre III, §52

La vue est souvent notre sens prioritaire, il nous permet de percevoir les formes et de nous demander « qu’est-ce que c’est ? ». L’ouïe est le sens qui nous permet de demander « d’où est-ce que cela vient ? » ou « que se passe-t-il ? ». Le visuel c’est l’univers des choses, le sonore c’est l’univers des événements, des expériences. La musique c’est le faire, car celui qui écoute, écoute un art en train de se faire et celui qui exécute, joue, fait de la musique.

Laëtitia- La Joie

Yvan Jablonka – Laëtitia – la fin des hommes.

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Ce livre était dans ma PAL pour deux raisons. La première, c’est son sous-titre : « la fin des hommes ». Féministe, survivante, la problématique de la domination masculine sur toute la société et en particulier sur la vie et la liberté des femmes est centrale dans ma propre existence. Mon quotidien actuel, d’enseignante, est, de plus, marqué en ce moment par des faits presque divers qui secouent la communauté dans laquelle j’évolue. Donc, quand on me promet « la fin des hommes », j’avoue, cela m’interpelle, cela m’intéresse. Sans être une Chienne de Garde, j’ai pourtant parfois, souvent, le sentiment que ma vie et celle de mes compagnes serait bien plus facile sans les hommes.
L’autre raison qui m’a poussé à lire ce livre est que, bien que peu sensible aux faits divers médiatiques, celui-là m’avait marqué car… il s’est déroulé à côté de chez moi. En janvier 2011, cela faisait 6 mois que j’étais en Loire Atlantique. A l’époque j’habitais sur la presqu’île guérandaise et je commençais à découvrir la région, les paysages, le littoral, Nantes, la campagne, comme on découvre un pays exotique ! Ce qui m’a marqué également c’est que, quelques mois plus tard, l’affaire Dupont de Ligonnès à Nantes, dans un milieu bourgeois pour le coup, à résonné comme un écho à l’affaire Laëtitia, non seulement par la proximité géographique (donc dans mon nouveau « chez moi ») et aussi par l’opposition sociale des environnements qui nous a rappelé que la cruauté, le crime étaient vraiment universels. Lire la suite

Emission littéraire

Que lire ? Gérard Collard, le libraire de la Griffe Noire à Saint Maur, et chroniqueur télé, en particulier dans le Magazine de la Santé de France 5, est un prescripteur influent. Il a créé sa chaîne Youtube et propose sa Petite Librairie pour nous faire part, avec toujours autant d’enthousiasme, de ses coups de cœur et ses coups de gueule. A regarder si on veut découvrir d’autres auteurs que ceux qui remportent les prix littéraires 😉

Une mention spéciale à la série des livres de cuisine Simplissime, de Jean-François Mallet : j’ai acheté celui sur les bouillons et les soupes et c’est génial ! comment faire un plat simple mais recherché, avec des ingrédients choisis et épater la galerie !

Leïla Slimani – Chanson Douce

Je ne suis pas une obsédée des Prix littéraires, mais cette année 2016 j’ai pris le parti de suivre un peu la Rentrée littéraire, pour pouvoir me faire ma propre opinion sur la littérature du moment. J’ai entamé une série de lectures des romans qui sont sortis en septembre et qui ont pu avoir une place dans la liste des nominés aux plus prestigieux prix de l’année.
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C’est au tour de Leïla Slimani, qui a reçu le prix Goncourt, pour son second roman, et qui était talonée par le premier roman de Gaël Faye que j’ai chroniqué ici.
Il n’y a pas photo au finish : même si je n’ai pas encore lu les deux autres romans du carré final (et je pense que je lirai Cannibales de Jauffret), je pense que ce Goncourt est mérité et que ce roman est bien meilleur que Petit Pays ! L’histoire est tout aussi glaçante, mais c’est la maîtrise du style qui fait la différence. Pourtant j’apprécie les styles littéraires plus poétiques et fleuris, je suis une fan de Balzac ☺ mais j’avoue que l’écriture de Leïla Slimani est juste et pointue. Il n’y a pas de fioritures, il n’y a pas de circonvolutions, c’est calme et tranchant comme un couteau en céramique aiguisé ! Les phrases simples tombent comme des couperets, elles affirment une réalité trop éclatante, sans ombre possible, une lucidité qui s’écrit avec des mots simples. C’est avant tout cela que j’ai apprécié dans ce livre. Lire la suite

Sting- 59th&7th – son nouvel album

Les poètes sont encore vivants. L’année 2016 a été une hécatombe dans les rangs des musiciens, chanteurs, poètes puisque même aujourd’hui nous apprenons le décès de Leonard Cohen. Mais il reste des poètes, qui prennent de l’âge certes, mais qui continuent à créer et à être reconnus, comme Dylan avec le Prix Noble de Littérature ! cover

J’ai écouté le dernier album de Sting, 59th&7th. Plus que Bowie, ma jeunesse a plutôt été bercée par Sting, depuis Police bien sûr jusqu’à ses balades aux mélodies maîtrisées et aux textes engagés. Lire la suite

Méditation trompeuse

Je partage ici un article que j’ai lu hier matin sur le Huffington Post, La méditation, un exercice spirituel et pas un simple remède au stress d’Irène Weber.

Je suis tout à fait d’accord avec ce qu’affirme l’auteur, à savoir que la méditation comme le yoga sont des techniques, des pratiques qui font partie d’une spiritualité bien plus globale, qu’ils sont des exercices spirituels, c’est-à-dire pour le dire avec des mots plus accessibles aux occidentaux, des exercices religieux ! Eh oui… La méditation et le yoga ne sont pas des trucs pour se sentir mieux, faire le vide… cette vision totalement occidentalisée est bien une nouvelle régression et répression qui veut faire de ces pratiques ancestrales un énième moyens d’enfermer les êtres humains dans les schémas post-modernes, capitalistes et productifs. Il n’y a rien de pire qu’une femme stressée (car ce sont majoritairement des femmes), mère stressée, épouse stressée qui affirme avec beaucoup d’aplomb qu’elle fait sa séance de méditation tous les matins pour pouvoir assumer sa vie de dingue ! La méditation n’est pas faite pour pouvoir vivre dans ce monde de malades… bref… l’article dit tout ça mieux que je ne pourrais !

Possédées de Frédéric Gros

Je connais Frédéric Gros philosophe et auteur de « Marcher, une philosophie » paru en 2009 où il défend l’idée antique que la pensée est souvent bien plus déliée et puissante quand on sort de sa chambre, de sa maison ou de sa salle de classe et que l’on pérégrine à travers le monde, la ville, la campagne. C’est une technique, la philosophie péripatéticienne, que je mets souvent en œuvre. C’est donc sur cette connaissance que j’ai découvert que pour cette rentrée 2016, Frédéric Gros apparaissait dans la catégorie des romanciers ! J’ai été encore plus étonnée quand j’ai vu son nom dans la liste de certaines nominations pour des prix littéraires. Enfin, le thème du livre, l’affaire des possédées de Loudun, est une histoire de notre Histoire que je connais comme tout le monde, dont je sais qu’elle a fait l’objet de nombreuses études, et cela m’intéressait de savoir ce qu’un philosophe-romancier pouvait en faire. Lire la suite