Comment sortir du lot ?

La polémique qui enfle depuis quelques jours autour de l’affaire des « burkini » me fait sourire. Tout d’abord car il est le signe, à mon sens, de l’isolement dans lequel se trouve la France. Au pays de Voltaire, il est impensable et impensé de mettre dans la même phrase les mots liberté et religion ! C’est là l’écueil fondamental qui empêchent beaucoup d’analystes étrangers de comprendre ce qui se passe par ici : après deux siècles de sécularisation, que l’on appelle chez nous laïcité, beaucoup de nos concitoyens ne peuvent pas imaginer que l’on parle de liberté quand on se proclame religieux ou religieuse. La religion est l’asservissement et l’obscurantisme, tout l’opposé de la liberté. Lire la suite

Le projet de loi sur le travail fait-il partie d’une stratégie du choc ?

Je suis en train de lire l’ouvrage (imposant) de Naomi Klein sur « La stratégie du Choc ». C’est un livre qui est pire qu’un thriller de Maxime Chattam ou de Sire Cédric ! J’ai parfois du mal à le lire, je le mets souvent de côté car ce qu’il décrit est digne des films d’horreur les plus réussit et pourtant il ne raconte que la triste histoire de notre monde contemporain, donné en pâture aux Chicago Boys et aux chantres du néolibéralisme.

La théorie de Klein est très simple : depuis une soixantaine d’année, le secteur économique néolibéral, emmené par la figure satanique (!) de Milton Friedman, grignote peu à peu les avancées sociales, en grande partie portées par l’Etat-Providence. Pour imposer ses vues, ses privatisations, ses dogmes du FMI, ce lobby puissant utilise les chocs, qu’ils soient politiques ou les catastrophes naturelles, pour profiter d’un état de traumatisme collectif. Ainsi, des populations choquées par un coup d’Etat, un changement de régime, un tsunami ou une tempête comme Katrina aux Etats Unis, sont plus à même d’accepter l’élimination systématique et programmée de leurs acquis sociaux au profit d’une petite poignée d’hommes politiques et de capitalistes. Lire la suite

Notre Dame des Landes : une perte de légitimité des élus. Est-ce la fin de la démocratie représentative ?

Comme pour tous les autres parties mises en ligne, ce texte fut écrit avant les élections régionales, avant l’annonce d’un référendum.

Comme le pointent plusieurs lettres et textes d’élus locaux, le nœud central de la question du futur aéroport du Grand ouest n’est peut-être pas tant l’environnement ou la vision que chacun peut avoir de son territoire, mais bien celle de la démocratie locale.

En effet, le conflit s’est largement centré autour des revendications des citoyens comme des élus qui veulent « se faire entendre ». Mais bien plus que la parole, l’avis que l’Etat, par certains dispositifs liés à la décentralisation, a mis en place pour les recueillir, élus et citoyens veulent à présent « avoir leur mot à dire ». La question des débats publics, des concertations, des commissions d’enquête est l’un des éléments de ce problème, car ce sont là les moyens que l’Etat considère comme suffisamment démocratiques. Mais la démocratie locale, ce que l’on nomme aussi la gouvernance territoriale, ne peut plus se contenter d’avis, elle exige à présent la participation. C’est ce qu’avait déjà pointé Jean-Pierre Gaudin dans son petit livre La démocratie participative[1]. Depuis plusieurs décennies en effet il y a une montée des espoirs participatifs du public qui fait face, sans pour autant l’expliquer, à une défiance généralisée à l’encontre du système parlementaire représentatif. Le citoyen peut aujourd’hui se qualifier d’expert, en particulier grâce à la diffusion de l’information et de la connaissance par internet. Lire la suite

Notre Dame des Landes : qui se mobilise, pour quoi et comment ?

Nous allons ici séparer la mobilisation des collectivités territoriales en tant qu’entité collective et celle des élus en tant qu’individus porteurs de leurs propres revendications et vision du monde et de l’aménagement de leur territoire.

Dans l’ensemble, les collectivités territoriales en tant qu’entités collectives publiques sont favorables au projet et leur mobilisation a surtout consisté à promouvoir le projet par différents moyens. Elles tiennent là le rôle que les lois de décentralisation successive leur ont attribué, en particulier dans le portage tant politique qu’administratif des projets d’aménagement. Associées aux partenaires économiques locaux, comme la CCI de Nantes Atlantique, trois grandes collectivités, la Région, le Département et la Communauté urbaine de Nantes Métropole, agissent fortement pour que le transfert puisse se faire. Pour ces trois entités, l’urgence concerne à la fois les questions d’urbanisme en sens large autour de Nantes et le développement économique de toute la région. Pourtant, on trouve difficilement des traces de leur mobilisation sur internet. Sur les sites de la région et du département, nous n’avons pas trouvé de traces du projet de l’aéroport alors qu’il pourrait entrer dans les exemples de politiques publiques économiques, autour des territoires ou de préservation de l’environnement. Lire la suite

Notre Dame des Landes : les élus locaux entre deux feux.

Je continue à mettre en ligne mon travail universitaire autour de la question du projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Ce texte a été écrit en novembre 2015, c’est-à-dire avant les élections régionales qui ont vu la victoire de Bruno Retailleau, sénateur vendéen largement favorable au projet mais surtout farouche opposant à la ZAD qui représente pour lui le summum du désordre public. Quand on sait que le nouveau président de la région Pays de la Loire fut un très proche de Philippe de Villiers, un opposant de la première heure au Mariage pour Tous, on comprend très bien cette réaction sécuritaire et autoritaire. A mon avis, c’est le symptôme même de ce que ces grands barons de l’Etat ne veulent pas : l’impuissance d’un Etat qui s’est bien trop compromis depuis des décennies avec le pouvoir libéral économique qui a fait monté inégalités, communautarismes et exclusions.  Lire la suite

Notre Dame des Landes : quelles visions du territoire ? – 3

3 L’importance de la question environnementale : de l’échelle locale à l’échelle globale

La question de la protection de l’environnement est une question transversale, qui traverse non seulement les différentes échelles du pouvoir mais aussi les prises de positions partisanes et politiques autour du projet. Elle est au cœur des discussions et on peut dire également qu’elle est devenue le motif principal de la discussion. Elle devient même une « arlésienne » dans les discours, les meetings et les études en tout genre que suscite le projet. Elle est le prétexte de l’opposition à l’implantation sur le site de Notre Dame des Landes, comme à la volonté du transfert de Nantes-Atlantique. Elle est aussi un « poil à gratter » pour les élus qu’ils soient nationaux ou locaux, car elle n’est plus confinée aux actions de militants mais elle est partagée par une grande majorité de citoyens.

L’intérêt de cette question écologique est qu’elle n’est ni rurale ni urbaine, elle est générale. Serait-elle d’ailleurs la seule à être d’intérêt général ? Lire la suite

Notre Dame des Landes : quelles visions du territoire ? – 2

2 Ou bien un espace pour un autre projet de développement ?

Des élus comme des citoyens ne partagent pas cette nouvelle vision de la ruralité comme espace de loisirs, comme paysage à protéger. Ils considèrent cet espace comme un potentiel pour le développement économique de la région. C’est le cas, entre autre, de l’association Des Ailes pour l’Ouest, présidée par Alain Mustière, ancien président de la CCI de Nantes Saint Nazaire et qui déroule sur son site une liste exhaustive des hommes politiques nationaux, présidents de la Républiques, ministres, députés, qui soutiennent le projet. C’est le cas également du Syndicat Mixte Aéroportuaire (SAM) qui rassemble la plupart des représentants des collectivités territoriales parties prenantes du projet sur plusieurs échelles. Le SAM est présidé par Jacques Auxiette, président de la Région Pays de la Loire. Lire la suite

Notre Dame des Landes : quelles visions du territoire ?

Je poursuis ici la mise en ligne de mon travail universitaire sur Notre Dame des Landes. Cette deuxième partie est un peu plus sociologique et porte sur la dualité qui se fait jour dans la vision que les uns et les autres portent sur l’espace même du futur aéroport.
L’une des hypothèses que nous voudrions développer ici est celle d’un hiatus qui serait apparu, depuis une vingtaine d’années, entre la vision de la campagne des néo-ruraux et celle des élus locaux, nécessairement impliqués avant tout dans le développement économique de leurs territoires. Cette régénération des campagnes, qui accompagne le phénomène de l’étalement urbain et de la périurbanisation, a bien été mise en avant par les travaux de Bernard Kayser (1990) et de Bertrand Hervieu et Jean Viard (1996).Mais cette vision rénovée n’est pas partagée par tous, et le projet fait partie aussi d’une volonté plus globale de développement économique. Toutefois, depuis quelques années, c’est aussi la question environnementale qui prend le dessus sur toute autre considération.
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Histoire du projet de Notre Dame des Landes-3

3- Depuis 2008, une montée en puissance des résistances, des contestations, des conflits qui signent l’incompréhension entre l’Etat/ le secteur privé et le territoire lui-même.
En mars 2008, une première manifestation (ce ne sera pas la dernière) se tient à Nantes pour dénoncer la DUP. Déjà en 2006, une manifestation avait eu lieu sur le site même du futur aéroport. Pendant que l’Etat, maître d’ouvrage du projet, lance des appels d’offre pour les futurs concessionnaires, les opposants locaux organisent l’opération Citoyens Vigilants. Plusieurs recours administratifs sont déposés contre la DUP que le Conseil d’Etat invalide à chaque fois. Le plus symbolique de ces recours fut celui du Conseil de la Communauté de Communes d’Erdre et Gesvres, territoire où devrait s’implanter le futur aéroport, qui bien que partie prenante jusqu’à présent du projet et ayant participé aux débats et enquêtes publiques, dépose un recours en annulation de la DUP. La contestation non seulement se radicale mais surtout elle quitte le cadre feutré des salons en même temps que les préoccupations locales d’agriculteurs et de riverains. L’ « affaire Notre Dame des Landes » va devenir une question de politique nationale, une question d’opinion nationale, en faisant régulièrement la Une des journaux nationaux. Lire la suite