L’émission Philosophie de Raphaël Enthoven sur Arte du dimanche midi traitait aujourd’hui du Blasphème. Une émission à regarder car quand la raison s’empare enfin avec calme et discernement des affres de la croyance, on y voit plus clair et surtout on se sent rassuré par la porté de la pensée philosophique.

Qu’est-ce qu’un blasphème ?

Ce que j’ai surtout apprécié ici c’est l’idée que si Dieu existe (!), si un Créateur a pris le temps de créer le monde tel que nous le connaissons, il n’a pas grand chose à faire avec  nos blasphèmes comme avec nos prières. Et aussi l’idée très contemporaine que nous vivons bien trop dans une civilisation du pâtir, de la com-passion, c’est-à-dire du « souffrir avec » qui n’est pas la bienveillance mais bien l’inertie et l’empêchement d’agir. On pleure, on souffre, on se lamente, on crie sur des histoires de pauvres enfants qui meurent… mais ceci est la Réalité et que si Dieu existe (?) il n’y a rien d’autre qu’Elle.

Les trois catégories de travailleurs

Je n’ai jamais quitté l’école, puisque depuis 18 ans je suis enseignante et donc fonctionnaire. Mais depuis cette année, j’ai pu enfin passer de l’autre côté du miroir, passer du public au privé, et me frotter à cette réalité du travail que l’on me chante, que l’on me vante, souvent pour dénigrer mon propre statut.

Il est vrai que le système public est devenu une prison dorée pour moi : ce qui devrait en faire le privilège, en particulier le fameux emploi à vie, est devenu un boulet que je traîne et dont je voudrais bien me défaire.

Mais dans le privé (puisque j’ai fait un stage de plusieurs mois dans un grand groupe français), les choses ne sont pas roses non plus. Ce qui m’a frappé en fait c’est la division du travail, dont j’avais déjà entendu parlé, mais qui pour le coup m’a sauté aux yeux.
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Michel Onfray règle ses comptes

Je ne suis pas fan du tout du Onfray médiatique, n’ayant jamais compris sa démarche : veut-il vraiment diffuser sa pensée et la philosophie au plus grand nombre, avec une vision éducatrice de la télévision ? Ou bien n’est-il qu’un énième parangon du buzz, ce que je crois depuis que je l’ai rencontré, en 2011, avec des élèves, à Caen, et que j’ai été frappé par la Cour qui suit, flatte et minaude auprès du penseur. Je ne suis pas certaine que Aristote ou Platon s’embarrassaient de piques assiettes de cette sorte, plus attirés par les galanteries aristocratiques. Bref…

Par contre, je suis fan du Onfray libertin, qui fait cours et d’autres avec lui gratuitement pour promouvoir la philosophie, le débat, et qui surtout défend une philosophie souterraine. Bien avant de le découvrir, j’était moi-même persuadée qu’il y a du « philosophiquement correct » que l’on assène à l’école, à la fac et qui écrase, en pleine conscience, une philosophie alternative et souterraine qui court depuis l’Antiquité et qui a survécu à l’Enfer du christianisme et du monothéisme en général. Pour cela, lisez sa Contre Histoire de la Philosophie. Je pense comme lui que la philosophie est une thérapie et surtout que c’est une pratique de vie : on doit se convertir si on veut se dire philosophe, c’est-à-dire vivre selon les principes et la vision du monde que l’on défend dans son discours. Lire la suite

Amélie Nothomb revise le conte

Rentrée littéraire : le premier roman que j’ai lu, comme l’an passé, est celui d’Amélie Nothomb, Riquet à la Houppe.
Amélie se dévore comme un petit macaron acidulé et crémeux qui changerait de parfum tous les ans. On aime son humour parfois grinçant et son regard finalement très doux sur ce qui l’entoure.

« Déodat décida de s’inspirer autant que possible de cette attitude envers ses condisciples. Les enfants de sa classe étaient comme tous les autres, irrécupérables. Cela n’en faisaient pas des démons, ils ne méritaient aucun châtiment. Il fallait seulement qu’il apprenne à vivre comme les oiseaux vivent, pas avec les humains, mais parallèlement à eux, à quelques mètres d’eux. Mais quand un moineau mangeait dans la main d’un homme, il demeurait entre ces deux règnes une distance infranchissable : ce qui sépare une espèce qui vole de celle qui rampe. » Lire la suite

Re-conversion

J’ai pris la folle décision, il y a longtemps déjà, de changer de métier. En tant qu’enseignante, passée par différents établissements, beaucoup de gens autour de moi se demandent ce qu’il a bien pu me passer par la tête. Ben oui : je suis fonctionnaire, j’ai un salaire qui tombe tous les mois, j’ai l’énorme privilège d’avoir des vacances, je fais paraît-il le plus beau métier du monde… bref je suis une privilégiée. Sauf que, lorsque l’on passe ses jours à ne penser qu’au week-end, quand on passe ses semaines à ne penser qu’aux vacances pour pouvoir se reposer, quand on passe ses mois à ne penser qu’à faire autre chose, à tout faire pour ne pas devenir aigrie devant des élèves qui sont toujours jeunes alors que pour nous les années apportent l’expérience mais aussi des points de vue divergents, la lassitude du « toujours pareil » … on sait qu’il ne reste qu’une chose à faire, on n’a pas le choix, il faut changer de vie. Lire la suite

Comment sortir du lot ?

La polémique qui enfle depuis quelques jours autour de l’affaire des « burkini » me fait sourire. Tout d’abord car il est le signe, à mon sens, de l’isolement dans lequel se trouve la France. Au pays de Voltaire, il est impensable et impensé de mettre dans la même phrase les mots liberté et religion ! C’est là l’écueil fondamental qui empêchent beaucoup d’analystes étrangers de comprendre ce qui se passe par ici : après deux siècles de sécularisation, que l’on appelle chez nous laïcité, beaucoup de nos concitoyens ne peuvent pas imaginer que l’on parle de liberté quand on se proclame religieux ou religieuse. La religion est l’asservissement et l’obscurantisme, tout l’opposé de la liberté. Lire la suite

Le projet de loi sur le travail fait-il partie d’une stratégie du choc ?

Je suis en train de lire l’ouvrage (imposant) de Naomi Klein sur « La stratégie du Choc ». C’est un livre qui est pire qu’un thriller de Maxime Chattam ou de Sire Cédric ! J’ai parfois du mal à le lire, je le mets souvent de côté car ce qu’il décrit est digne des films d’horreur les plus réussit et pourtant il ne raconte que la triste histoire de notre monde contemporain, donné en pâture aux Chicago Boys et aux chantres du néolibéralisme.

La théorie de Klein est très simple : depuis une soixantaine d’année, le secteur économique néolibéral, emmené par la figure satanique (!) de Milton Friedman, grignote peu à peu les avancées sociales, en grande partie portées par l’Etat-Providence. Pour imposer ses vues, ses privatisations, ses dogmes du FMI, ce lobby puissant utilise les chocs, qu’ils soient politiques ou les catastrophes naturelles, pour profiter d’un état de traumatisme collectif. Ainsi, des populations choquées par un coup d’Etat, un changement de régime, un tsunami ou une tempête comme Katrina aux Etats Unis, sont plus à même d’accepter l’élimination systématique et programmée de leurs acquis sociaux au profit d’une petite poignée d’hommes politiques et de capitalistes. Lire la suite

Notre Dame des Landes : une perte de légitimité des élus. Est-ce la fin de la démocratie représentative ?

Comme pour tous les autres parties mises en ligne, ce texte fut écrit avant les élections régionales, avant l’annonce d’un référendum.

Comme le pointent plusieurs lettres et textes d’élus locaux, le nœud central de la question du futur aéroport du Grand ouest n’est peut-être pas tant l’environnement ou la vision que chacun peut avoir de son territoire, mais bien celle de la démocratie locale.

En effet, le conflit s’est largement centré autour des revendications des citoyens comme des élus qui veulent « se faire entendre ». Mais bien plus que la parole, l’avis que l’Etat, par certains dispositifs liés à la décentralisation, a mis en place pour les recueillir, élus et citoyens veulent à présent « avoir leur mot à dire ». La question des débats publics, des concertations, des commissions d’enquête est l’un des éléments de ce problème, car ce sont là les moyens que l’Etat considère comme suffisamment démocratiques. Mais la démocratie locale, ce que l’on nomme aussi la gouvernance territoriale, ne peut plus se contenter d’avis, elle exige à présent la participation. C’est ce qu’avait déjà pointé Jean-Pierre Gaudin dans son petit livre La démocratie participative[1]. Depuis plusieurs décennies en effet il y a une montée des espoirs participatifs du public qui fait face, sans pour autant l’expliquer, à une défiance généralisée à l’encontre du système parlementaire représentatif. Le citoyen peut aujourd’hui se qualifier d’expert, en particulier grâce à la diffusion de l’information et de la connaissance par internet. Lire la suite

Notre Dame des Landes : qui se mobilise, pour quoi et comment ?

Nous allons ici séparer la mobilisation des collectivités territoriales en tant qu’entité collective et celle des élus en tant qu’individus porteurs de leurs propres revendications et vision du monde et de l’aménagement de leur territoire.

Dans l’ensemble, les collectivités territoriales en tant qu’entités collectives publiques sont favorables au projet et leur mobilisation a surtout consisté à promouvoir le projet par différents moyens. Elles tiennent là le rôle que les lois de décentralisation successive leur ont attribué, en particulier dans le portage tant politique qu’administratif des projets d’aménagement. Associées aux partenaires économiques locaux, comme la CCI de Nantes Atlantique, trois grandes collectivités, la Région, le Département et la Communauté urbaine de Nantes Métropole, agissent fortement pour que le transfert puisse se faire. Pour ces trois entités, l’urgence concerne à la fois les questions d’urbanisme en sens large autour de Nantes et le développement économique de toute la région. Pourtant, on trouve difficilement des traces de leur mobilisation sur internet. Sur les sites de la région et du département, nous n’avons pas trouvé de traces du projet de l’aéroport alors qu’il pourrait entrer dans les exemples de politiques publiques économiques, autour des territoires ou de préservation de l’environnement. Lire la suite

Notre Dame des Landes : les élus locaux entre deux feux.

Je continue à mettre en ligne mon travail universitaire autour de la question du projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Ce texte a été écrit en novembre 2015, c’est-à-dire avant les élections régionales qui ont vu la victoire de Bruno Retailleau, sénateur vendéen largement favorable au projet mais surtout farouche opposant à la ZAD qui représente pour lui le summum du désordre public. Quand on sait que le nouveau président de la région Pays de la Loire fut un très proche de Philippe de Villiers, un opposant de la première heure au Mariage pour Tous, on comprend très bien cette réaction sécuritaire et autoritaire. A mon avis, c’est le symptôme même de ce que ces grands barons de l’Etat ne veulent pas : l’impuissance d’un Etat qui s’est bien trop compromis depuis des décennies avec le pouvoir libéral économique qui a fait monté inégalités, communautarismes et exclusions.  Lire la suite