La vie à la campagne à ses avantages : un jardin à soi, du calme, une communauté vivante, de la nature, des animaux… mais elle a aussi ses inconvénients. Le plus évident est que les occasions de sortir, d’aller au cinéma, au spectacle, au restaurant, voir une exposition sont moins fréquentes et demandent une organisation. En ville on peut se dire, « chouette j’ai du temps, je vais faire un tour en ville et je vais magasiner ». A la campagne, quand on veut sortir c’est pour une bonne balade de quelques kilomètres à travers champs et bois.
Vivre à la campagne n’est pas chose aisée
Pour mon bonheur, je n’habite pas une campagne « campagne » : mon village de Malville est bien plus un maillon de la zone périurbaine qui fait le lien entre Nantes et Saint Nazaire. Pour aller dans l’une ou l’autre de ces deux métropoles j’ai moins de 30 minutes de route (si tout va bien bien sûr). Mais mon village se trouve à côté d’un « pole urbain structurant » comme les urbanistes en goguette aiment appeler les petits bourgs. En Loire Atlantique il y en a trois principaux : Blain au Nord de Nantes, Pontchâteau vers la Brière et Savenay le long de la 4 voies, la RN 165-171 qui relie l’intérieur des terres à la côte et à Vannes dans le Morbihan. J’habite donc à côté de Savenay et quand j’ai la « flemme » de magasiner à Saint Nazaire (pour être honnête, je vais de moins en moins à Nantes, trop de bruits, trop de gens, trop de tout et puis j’aime beaucoup Saint Nazaire) j’essaye tant bien que mal de le faire à Savenay. La municipalité précédente a voulu faire de grands travaux d’aménagement du centre-ville. Il faut dire que par ici les villes et les bourgs peuvent être de véritables enfers pour les automobilistes : outre les ronds points dont la Loire Atlantique est championne puisque c’est le seul département où vous trouverez des triples ronds-points et … des ronds points rectangulaires (si, si, allez faire un tour à Nantes), les bourgs comme Pontchâteau, Savenay, Blain ou même sur la côte le Pouliguen, le Croisic, etc ont des sens de circulation ubuesques, avec des sens interdits qui n’ont aucun sens, des rues sinueuses et étroites ou des rues où les automobilistes peuvent passer mais qui sont interdits aux voitures. Ajoutez à cela des difficultés pour se garer, bref, il faut être convaincu par l’intérêt de dépenser son argent dans le commerce de proximité au lieu de se rendre au centre commercial pour vouloir faire ses emplettes dans nos localités rurales.
Librairie Bluette, un cocon tout doux
Pour en revenir à Savenay, donc, le précédent municipe a fait de grands travaux, en fin de mandat (là je n’ai pas bien compris : quand on sait que cela va engendrer des complications pour les usagers et surtout les commerçants, on fait ce qui gêne en début de mandat !) qui ont certes rénové le centre-ville mais qui l’ont rendu plus difficile d’accès et qui ont duré très, très, très longtemps. C’est dans ce contexte difficile que deux jeunes femmes ont décidé de reprendre la librairie indépendante, l’ancienne Apostrophe, pour la transformer en librairie Bluette. Anne et Julie se sont donc embarquées dans une sacrée aventure qu’elles vous content sur leur site. Elles ont rénové, elles aussi, l’intérieur du petit magasin, essayant tant bien que mal de repousser les murs pour faire entrer le plus de livres possibles. Cela donne donc une librairie locale très agréable, un petit cocon où les livres colonisent les murs, les étagères, les tables et même le comptoir.

Lire à n’importe quel prix
Nos deux libraires proposent leurs coups de coeur et elles sont toujours de très bon conseil pour trouver la pépite qui sera le cadeau idéal. Les deux amies ont des préférences littéraires complémentaires : l’une est passionnée de Science Fiction et de Fantasy alors que l’autre est plutôt BD et romans graphiques. Mais on trouve toute la littérature générale nécessaire et un petit coin est réservé aux essais en particulier politiques, écologiques et féministes. Bref, vous aurez compris que je me sens fort à l’aise dans cette ambiance vivante où je trouve des oreilles attentives à mes requêtes et à mes élans de lectrice assidue. En effet, même si mes lectures personnelles m’amènent sur d’autres chemins que ceux des livres disponibles sur place à Bluette, j’ai pris le pli, depuis le Grand Confinement (cela fait très évènement historique !) de faire mes achats par réservation et venir les retirer à la librairie. En effet, il existe ici un site, Alip, une association qui rassemble toutes les librairies indépendantes de la région des Pays de la Loire et qui propose aux habitants de réserver leurs livres par internet. S’il est en stock, par exemple dans les grandes librairies nantaises, on peut aller le chercher directement. Sinon, il faut attendre quelques jours : ce n’est donc pas Amazon et c’est très bien ! Pourquoi être pressé quand il s’agit de recevoir un livre ? Le problème est que les élus majoritaires de la région, menés par Christelle Morençais, ont décidé il y a deux ans de faire des coupes sombres dans le budget alloué au monde de la culture et la subvention qui permettait de salarier une personne chez Alip a été supprimée. De ce fait le projet est en sursis et je trouve cela fort regrettable, car la culture et la lecture en particulier ne sont pas des « à côté ». Si on voulait créer une société où les individus ne sont que des marchandises qui produisent des marchandises pour acheter des marchandises, on ne s’y prendrait pas autrement. Pour ma part ce n’est pas le monde dans lequel je veux vivre.

C’est la fin de la saison 1 de la série « Librairies indépendantes »
Au terme de ma série sur les librairies indépendantes que j’ai fréquenté dans ma vie (il y en aura peut-être d’autres dans les années à venir ?) je me rends compte que j’ai eu beaucoup de chance et que je suis une sacrée privilégiée. J’ai eu la chance d’apprendre à lire, d’avoir du temps pour lire, de choisir ma vie de femme où j’ai décidé d’avoir du temps de lire, d’avoir les moyens financiers de lire, de vivre dans des lieux qui m’offraient la possibilité, le calme, la paix nécessaire pour lire. Ma propre bibliothèque est très fournie avec plus de 1600 volumes accumulés depuis mon adolescence. Si aujourd’hui j’achète moins de livres qu’il y a quelques années, ceux que j’achète sont des livres références, que j’ai choisit de posséder car je veux pouvoir y prendre des notes, les feuilleter, les relire si besoin. Mais je garde et je regarde avec nostalgie le premier livre de poche que j’ai acheté à 13 ans à Metz chez Paul Even, c’était Au Bonheur des Dames d’Emile Zola. Il est toujours là, au milieu des autres, mais il tient une place particulière dans ma vie, car c’était le premier livre que j’achetais avec mon propre argent. Je ne savais pas à l’époque que j’allais être dévorée par cette passion qui me force à entrer avec toujours autant d’émotions et d’enthousiame dans les librairies, en me disant à chaque fois : « mais qu’elle belle découverte je vais encore faire aujourd’hui ? »
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