Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

Pour une lecture commune de Livraddict et en attendant la sortie du film d’Albert Dupontel la semaine prochaine, j’ai lu le livre de Pierre Lemaître, Au-revoir là-haut. J’en avais entendu parler à sa sortie et quand il reçut le prix Goncourt, mais généralement je ne fais pas grand cas de ce genre de prix pour orienter mes lectures. C’est surtout l’auteur que je voulais découvrir, car j’en avais aussi entendu parler, du fait surtout qu’il pouvait jongler avec les styles littéraires, ce qui me semble être une qualité fort intéressante.

Synopsis

Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Édouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d’eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Édouard, artiste flamboyant, mais brisé, est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l’exclusion. Refusant de céder à l’amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d’une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence. Bien au-delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, Au revoir là-haut est l’histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l’État, à la famille, à la morale patriotique responsables de leur enfer.

En fait ce que j’aime surtout dans ce livre c’est … son titre. « Au revoir là-haut » est en fait la dernière phrase que prononce l’un des héros de l’histoire, le soldat Albert Maillard, quand il se voit mourir à la veille de l’Armistice, tombé par un coup du sort dans un trou d’obus ! Je n’en dis pas plus. J’aime bien quand les titres des livres correspondent à des petits moments de l’histoire, ou plutôt ici à l’évènement fondateur de toute l’histoire.
Les personnages du roman sont exclusivement masculins ; les figures féminines sont très secondaires et n’apportent rien à l’intrigue. Entre Cécile la fiancée d’Albert que l’on ne voit jamais, sa mère qui se plaint de la pusillanimité de son fils, de Madeleine la sœur d’Édouard qui est finalement une pauvre femme trompée et qui croit qu’elle s’en sort avec un marmot sur les bras, de Louise la petite fille charmante, mais que l’on n’entend jamais ou de Pauline, la petite amie d’Albert qui se trouve être finalement une femme bien opportuniste, l’auteur ne flatte pas vraiment la gent féminine ! C’est un livre d’hommes écrit par un homme… bon voilà… comme si la guerre n’avait été qu’une affaire d’hommes. J’avoue que cet aspect me gêne plutôt, d’autant plus que depuis quelque temps je lis beaucoup de littérature féminine pour ne pas dire féministe, cela ne me laisse pas une envie folle de retourner lire du Pierre Lemaître.

À part cette critique, j’ai trouvé que l’histoire était très bien menée, et que surtout le style d’écriture était enlevé, dynamique, fluide sans être recherché. On sent le travail d’écriture et de réécriture que cela a dû demander pour arriver à cet enchaînement à la fois de la fiction, de la psychologie des personnages et de l’humour. Sous l’apparente simplicité, il y a du boulot…
Les personnages sont très bien cernés : Henri Aulnay-Pradelle est un parfait salaud, avec tout le monde et on attend avec impatience la fin du livre pour savoir si oui ou non la morale sera tout de même préservée ; Albert est un trouillard qui s’en sort toujours : il n’a pas une vie très agréable, toujours à avoir peur de tout et de tout le monde. Édouard est le personnage central, la gueule cassée qui refuse la chirurgie et qui cache sa monstruosité derrière des masques de plus en plus extravagants. Pris dans l’engrenage de la drogue pour calmer ses douleurs physiques puis pour dépasser celles psychologiques, c’est un personnage baroque, mais pas vraiment attachant. Est-ce la description minutieuse et souvent répétée dans le livre de sa nouvelle condition physique pour le moins hors norme qui le fait se détacher de notre humaine condition ? Son père, M. Péricourt, est à la fois une ordure de patron et un pauvre père qui se rend compte qu’il a perdu son fils. Mais ses réponses en acte à ses émotions ne sont pas les plus appropriées et la « morale de l’histoire » n’est pas très tendre avec lui. Ainsi, tous les personnages évoluent sur les chemins étroits du bien et du mal, où comme à Hollywood, le vrai mal est puni et le mal qui est en fait un bien ne l’est pas. Les rapports humains sont décrits dans leurs plus simples rusticités : tous sont égoïstes, sauf Édouard qui pour avoir sauvé son camarade Albert voit le sort s’acharner contre lui ! Cette vision cruelle et réaliste est toutefois assouplie par quelques touches d’humour, souvent noir, mais qui font passer la pilule.

La bande-annonce du film de Dupontel semble nous promettre une mise en scène flamboyante, assez proche finalement de ce qui se passe dans le livre. Il paraît que les masques que porte Édouard pour cacher sa figure détruite sont particulièrement bien réussi. Je pense que j’irai voir le film et que je vous en ferai une chronique ici même.

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2 commentaires sur “Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

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  1. J’ai lu ce livre l’année de sa sortie, et je n’étais pas très éveillée à la présence ou non de personnages féminins et leur représentativité, donc un bon point de souligné, je n’y avais pas forcément pensé du coup.

    Par contre, je ne suis pas du tout d’accord avec toi (et avec beaucoup d’autres personnes en fait), mais l’ambiance du film me semble assez éloignée de ce que j’imaginais en lisant le roman, donc quand j’ai vu la BA, ça m’a fait l’effet d’une douche froide… Je crois que ce sera sans moi pour le film !

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