Echologia, site naturel et bio en Mayenne

Je viens de passer deux jours en Mayenne ! Cette phrase pourrait être le début d’un roman… bon ou mauvais à votre avis ? La Mayenne est un coin de France qui possède un sacré déficit de notoriété. C’est même pire que le Nord, surtout depuis qu’un humoriste a caricaturé les habitants des Hauts de France (!) ce qui les a rendus bien plus sympathiques. La Mayenne est mal connue et mal aimée, c’est même parfois pire que la Vendée, c’est pour dire. Mais peut-être que l’autodérision est réellement une recette miracle, les Mayennais savent que leur département n’attire pas vraiment les flux touristiques et les avis positifs sur les sites de voyages et ils savent en rire.
Quand on a la chance de vivre dans l’Ouest de la France, les avis tranchés sur les territoires sont légions : Rennes est la ville la plus agréable de l’Ouest, Nantes est un modèle de ville à taille humaine, l’Anjou est d’une douceur proverbiale ou alors la Brière est le repaire des Briérons (ceci est un peu une private joke que seuls les habitants de Loire Atlantique peuvent capter), les Vendéens sont restés figés au temps des Chouans (ce qui n’est pas faux 😉 ), la Mayenne est un coin paumé de bouseux où il ne se passe jamais rien. Les clichés ont la vie dure même si parfois ils se fondent sur des réalités passées ou présentes qu’il est difficile de percevoir quand on vit sur un territoire.

Les fours à chaux du XIXe siècle

Ce sont ces clichés que les deux fondateurs du site Echologia ont voulu dépasser pour montrer le potentiel que pouvait proposer leur département natal. L’histoire nous est racontée comme une storytelling bien marketée par une agence de communication. C’est l’histoire de deux gamins Laval, Guillaume et Vincent, qui ne supportent pas d’entendre les critiques formulées contre leur cher territoire quand, pour leurs études, ils doivent quitter leur bout de campagne. Ils découvrent un site laissé à l’abandon depuis des décennies : des carrières de calcaire bleu qui ont été le théâtre, comme dans Germinal, des souffrances d’ouvriers pour fabriquer de la chaux. Des fours à chaux, véritables châteaux forts, murailles de pierres, où les tours sont des gueulards, des cheminées de plusieurs mètres, parsèment un paysage de trous d’eau bleue et de verdure luxuriante. Ils sont tous deux passionnés par l’eau, la plongée, la vie en eau douce et décident de faire de cet endroit autrefois l’antre du diable industriel et exploiteur, un nouvel espace où la biodiversité et les pratiques écologiques innovantes pourraient être préservées et mises en avant.

Le four à chaux falaise
Vue depuis la terrasse du four falaise

Le site d’Echologia est polymorphe. Il y a, à l’entrée, l’Histoire, avec les fours à chaux et l’ère industrielle de la région, entre 1820 et 1963, date à laquelle le site, appartenant à Larfague, ferme définitivement. On peut monter sur les fours falaises où sans interruptions les ouvriers et les ouvrières remplissaient les cheminées jusqu’à la gueule de calcaire et de combustible, du charbon, pour qu’une cuisson puissante et lente en fasse de la chaux vive. Au pied des cheminées, dans des alcôves de douleur, sans protection aucune, les hommes et les femmes y récupéraient la matière mortelle et brûlante qui était utilisée pour amender les champs alentours et pour fabriquer avec de l’eau de la chaux éteinte, qui elle servait à chauler les murs des maisons et de liant au mortier.

La gueule du gueulard, la cheminée du four à chaux

Le calcaire bleu, qui ressemble à de l’ardoise, a servi à construire les habitations des ouvriers, dont l’une a été la demeure de la gardienne du site fantôme pendant 50 ans, avec son chat. Mme Benoît, dernière ouvrière de la fabrique est morte au moment du rachat du site par le projet Echologia, mais sa chatte est toujours sur place, et elle vagabonde, vraie maîtresse des lieux.

Habitations des ouvriers en calcaire bleu

Le site est aussi un parc qui combine activités pour la famille, balade dans un cadre naturel et hébergement atypique. Des potagers partagés, donnés sans contrepartie financière à des habitants du village voisin de Louverné, accueillent le visiteur avec des rangées impeccables de poireaux, de choux et même encore de fraises. Plus loin, les hébergements vous permettent de passer des nuits mémorables dans des tipis, des yourtes, des cabanes dans les arbres ou des maisons sur l’eau. Le projet étant fondé sur un respect total de la nature, vous dormirez dans de petites habitations sans eau ni électricité. Une piscine naturelle, c’est-à-dire n’utilisant aucun produit chimique, mais uniquement la force des plantes filtrantes pour assainir l’eau, doit être un spot parfait les journées d’été. Sinon on peut se balader sur des sentiers ou alors faire du canoë dans les trous d’eau, les restes de la carrière qui se sont trouvés immergés tout naturellement au fil du temps et de la non-exploitation du site.

Vue depuis la cabane falaise sur un trou d’eau et une maison flottante

L’intérêt principal du site c’est la philosophie écologique qui sous-tend tout le projet : toutes les installations d’hébergement ou de service comme les douches sont écoconstruites selon les normes les plus fortes. La restauration est bio et locale. La nature est partout présente, même si on peut regretter la présence un peu bruyante de la ville finalement pas très loin, de la LGV et de l’autoroute. Mais il n’empêche que l’on se sent dans une bulle de laquelle il n’est pas besoin de sortir pour passer ses journées.

Pour l’anecdote, j’ai dormi dans une cabane falaise, qui donne sur un trou d’eau sur lequel se trouve les deux maisons flottantes, et j’y est mal dormi ! Ce n’est pas que je n’ai pas l’habitude du calme, mais c’est plutôt que j’ai été constamment réveillée tout au long de la nuit par les écureuils qui font leurs réserves pour l’hiver (rien de que de plus normal) et qui filent au-dessus de nos têtes pour chercher des noix et des glands. Sauf qu’ils en laissent tomber régulièrement et quand une noix tombe sur le toit d’une cabane en bois, en pleine nuit et dans un silence plutôt bienfaisant, cela provoque un réveil vraiment désagréable, avec le cœur qui palpite parce que le son ressemble totalement au bruit d’une détonation ! Cela ne m’empêchera pas de vouloir revenir à Echologia, peut-être au printemps quand les écureuils n’auront plus de soucis économiques, pour découvrir plus largement le département de la Mayenne.

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