Le Doute n’est plus permis

Cela faisait longtemps, très longtemps que je n’avais pas eu un coups de blues aussi marqué. Une série de contre-temps malheureux, quelques soucis physiques, un œil droit qui ne guérit pas, un genou gauche pourtant en répit mais qui re-fait parler de lui, un sentiment de fin du monde, et me voilà incapable de voir le ciel tout bleu.

Ce qui est particulièrement rude dans ces moments c’est de se la jouer Cioran ou Schopenhauer : ce n’est pas qu’il s’agisse d’une petite déprime d’avant-vacances d’été, mais plus grandiloquent, un vrai déluge de doutes et de pessimisme. Un ami, un jour lointain, définissait ce sentiment comme si toutes les illusions, dont nous savons fort bien qu’elles constituent le monde, s’effaçaient d’un seul coups et qu’il ne reste plus devant nos yeux ébahis que l’amas des ruines fumantes, que les vestiges pourrissants de la réalité dans laquelle, vous, vous vivez. Une lucidité terrible, comme un tremblement de terre qui terrasse tout sentiment de vouloir être. De l’Inconvénient de lire Cioran (et d’aimer ça au passage… et aussi de le comprendre) c’est que lorsque mes yeux se dessillent parfois, souvent en fait, ou totalement comme en ce moment, la gélatine qui constitue le monde me semble encore plus fade, maussade, indigeste. Rien à faire : les rires dans la rue ou le feuilles vertes de mon arbre ne sauront me dérider.

Toutefois, cette fois-ci quelque chose est différent : le cœur profond n’est pas touché car je sais fort bien à présent comment remonter à la surface. Ces émotions pessimistes ne peuvent résister bien longtemps à l’appel de l’Instant. Le néant du nihilisme, le vide du douteur n’est rien comparé à la vacuité du Temps qui n’existe pas. Comme si je savais qu’il faut quitter ce monde, laisser derrière moi ma vieille carapace, un dernier appel vers ce néant des philosophes avant d’aller goûter la vraie Joie. J’en ai assez de ces allers et retours incessants que je dois faire entre le quotidien fatiguant, usant et morbide et cet arrière-plan plus calme et charmeur du monde tel qu’il est. J’ai sans doute finit mon Tour de compagnon, et me voilà prête pour le Troisième degré : regarder vers Vénus et m’établir définitivement.

« Ne prenez pas pour un vaincu celui qui s’attendrit sur soi : il possède encore assez d’énergie pour se défendre des dangers qui le menacent. Qu’il se plaigne donc ! C’est sa façon de travestir sa vitalité. Il s’affirme comme il peut : ses larmes recouvrent souvent un dessein agressif. Ne prenez pas davantage sont lyrisme ou son cynisme pour des signes de faiblesse ; lyrisme et cynisme émanent d’une force latente, d’une capacité d’expansion ou de refus. […] Au demeurant, il n’ignore guère les consolations d’une existence sans horizon, apaisée, imbus de ses impasses, toute fière de culminer dans un défaite. Laissez-le donc à son bonheur. En revanche, penchez-vous sur celui qui ne peut plus s’apitoyer sur soi, qui rejette ses misères, les relègue hors de sa nature et hors de sa voix. Ayant renoncé aux ressources de la lamentation et du ricanement, il cesse de communiquer avec sa vie qu’il érige en objet. Ses douleurs mêmes surviennent à l’écart de son moi, et s’il les enregistre, c’est pour les déclasser, pour en faire des choses et les abandonner à la matière […] » Cioran, La Tentation d’exister

 

wpid-almukallawtmk-1243722416-thumbnail-2009-05-31-00-36.jpg

Port d’Al-Mukalla au Yémen sur la Mer d’Arabie. De la mosquée de ce port étrange (dont au voit le minaret ici) aux confins australs de la péninsule arabique, s’échappaient tous les soirs le plus mauvais chant d’appel à la prière que j’ai entendu dans un pays musulman ! Pourtant ce fut l’une des escales les plus troublantes que j’ai faite dans ce pays des merveilles, un endroit oublié du monde mais que je ne pourrais oublier de ma vie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :