Réflexion du jour

Réflexion du jour que j’ai eu lors d’une séance de philosophie péripatéticienne le long de la plage de Saint Nazaire avec des élèves de terminales à propos de Science et Religion de Bertrand Russell !
Pour Russell, une religion est un cadre fixe et donné, une « unité logique » composée d’une Eglise, d’un credo et d’une morale personnelle. Je suis tout à fait d’accord avec cette définition, et nos discussions ont tourné autour de la question de savoir ce qu’était que d’être croyant, religieux. Pour moi, une personne qui se dit faire partie d’une communauté religieuse doit accepter en totalité ce cadre fixe, rigide et rassurant. Mais pour certaines élèves, et leurs remarques m’ont fait comprendre que cette tendance était vraiment large, on peut se dire chrétien par exemple tout en n’acceptant pas tout du dogme chrétien, prévu et défendu entre autre par l’Eglise. La discussion a même été tendue, car pour ces jeunes filles, ont pouvait tout à fait aller à la messe, se dire ouvertement et fièrement chrétienne, mais en n’appliquant pas forcément à la lettre les contraintes religieuses et surtout en doutant parfois de certains aspects du credo.
Je vois bien que cette tendance actuelle d’une religion « à la carte », une religion de consommation où tout à la fois on picore dans diverses traditions tout en rejetant ce qui ne nous plaît pas, est très prégnante. C’est, à mon sens, un signe très fort de cet hyper individualisme qui marque nos sociétés postmodernes… mais qui n’ont pas encore, malheureusement, atteint le stade nietszchéen d’une acceptation inébranlable du « Dieu est mort » ! Le surhomme n’est en rien ce consommateur qui fait également son marché dans la galerie des spiritualités. C’est d’ailleurs de ce terme que j’ai tenté de définir ce que mes élèves me présentaient comme leur vie religieuse. C’est ce que Russell, à la fin du chapitre 1 de Science et Religion, nomme « l’état d’esprit religieux » et qui n’est d’ailleurs absolument pas lié à une religion en particulier et peut être le fait d’athées.

Mais cette conversation au bord de l’océan m’a fait prendre conscience que cette tendance, cette façon d’être religieuse ou spirituelle serait bien à l’origine du regain de fanatismes religieux de tout poil. Les extrémismes qui se caractérisent par une volonté de retour au texte, à l’imposition toujours plus cruelle et violente du dogme et du code moral le plus archaïque, au communautarisme le plus exacerbé, seraient une réponse à ce dilettantisme de la foi, à cet individualisme du sacré qui brise l’unité logique et donc la communauté au profit de l’individu. Une religion est ce qui relie : on ne peut la vivre seul, dans son salon ou devant son écran. J’ai entre-aperçu alors cet effet boomerang, ce balancier de l’histoire, qui fait exister un ordre nouveau, un modèle ou une idéologie la plupart du temps en totale opposition à une tendance, à une idée antérieure qu’il faut effacer, annihiler et aller alors dans l’autre sens avec tout autant d’extrémité. Là où certains voient la liberté de croire et donc presque de se créer sa propre religiosité (un individu = une foi), les autres répondent par un retour réactionnaire à ce qui semblent être les fondamentaux d’une histoire bien supérieure à la ridicule existence individuelle. Pour ma part, je trouve que les deux comportements, les deux réponses à la même angoisse traditionnelle et humaine, celle qui a créée les religions, sont tout aussi inutiles et pathétiques, car ce sont encore et toujours des réponses conditionnées par le dualisme. Il n’y aurait de possibles qu’entre l’individu-roi ou la communauté qui englobe… je pense qu’il doit exister un tiers lieu entre ces deux possibles qui ont pourtant façonné le monde jusqu’à présent.

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2 commentaires sur “Réflexion du jour

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  1. Voilà qui est bien vu et bien analysé pour nos gamins.
    Malheureusement ce narcissisme, ce nombrilisme suffisant existe aussi chez beaucoup d’adultes qui sont convaincus de pouvoir « penser par eux-mêmes » un syncrétisme bancal et passablement consumériste (divers copié-collé mal compris) qui révèle en fait leur vacuité individuelle et intellectuelle.
    Soyez aussi remerciée d’avoir noté que les athées peuvent avoir un état d’esprit religieux de temps en temps.

    Au plaisir de vous lire à nouveau !

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