Rien ne retient le fil de l’amour.

Demain, marronnier de nos temps hypermodernes, c’est la fête des Amoureux ! Le monde va alors se découper en deux clans irrémédiablement opposés : ceux et celles qui ont un valentin ou une valentine, et les autres, les célibataires, les pauvres malheureux qui, du moins cette année, ne connaissent pas les joies de la vie en couple.
Il est remarquable que dans notre société, le célibat soit encore une infamie, une tâche que toutes les bonnes âmes, familles, amis, collègues, essayent de détacher à coups de soirées spéciales, de regards attendris et de phrases assassinent.
En fait, nous sommes toujours marqués par les affres de l’amour romantique, ce fléau qui fut inventé par la bonne bourgeoisie européenne du XIXe siècle pour faire croire aux jeunes romantiques que le mariage passerait mieux avec une bonne dose d’amour. C’est tout le contraire de ce qui s’est passé durant des siècles, peut-être un peu plus sain : on se mariait par intérêt, pour les terres, les domaines, les biens, tout ce qui comptait et on cherchait l’amour ailleurs. Ce qui a fonctionné durant des siècles a été remis en cause il y a très peu de temps finalement, pour tenter de faire coïncider deux idées totalement opposées : le mariage et l’amour.
Je pense, pour ma part, que l’amour, le sexe et la vie en couple (marié, pacsé ou autre c’est la même chose du moment que l’on exige pour soi et pour son partenaire l’exclusivité de la relation) sont des éléments de nos vies totalement différents et qu’il ne faudrait pas les mélanger. J’ai lu, un peu de traverse je l’avoue parce que je n’aime pas son style d’écriture, l’ouvrage de Ruwen Ogien, Philosopher ou faire l’amour, mais le peu que j’en ai retenu correspond assez à ce que je pense, après plusieurs années d’expérimentation personnelle !! Et oui, la philosophie ne peut pas se contenter d’être un discours, elle doit se pratiquer, et dans ce domaine, il faut faire des efforts.
Mais en fait, pour faire court, ma philosophie (discours et pratique donc) de l’amour coïncide parfaitement avec la logique pleine de bon sens du monde oriental, et en particulier bouddhiste.
Le bouddhisme nous dit que l’amour est un bienfait, mais seul l’amour vrai. Alors on se pâme en se disant, que oui, cette fois-ci, c’est la bonne, et que l’on a trouvé le vrai amour ! Et paf, dès que l’on se dit cela, c’est sûr, on retombe chez les romantiques ! L’amour pour le Bouddha est tout le contraire de l’amour attachement, passionné, fusionnel, exclusif dont on nous rabâche depuis des décennies l’hygiéniste bienfait pour nos vies modèles et surtout pour celui, de modèle, de la société capitaliste et un tant soit peu patriarcale dans laquelle (malheureusement pour moi du moins) nous vivons.
Dans le bouddhisme, on ne rejette pas du tout le mariage, ni la sexualité, mais on averti l’apprenti sage sur le fait que ces deux éléments seront un frein, un obstacle à son bonheur ! Attention ! Je ne parle pas d’une vie sage, d’un paradis qu’une abstinence forcée et contre nature nous permettrait d’atteindre. Non, je parle de notre bonheur quotidien, celui ici et maintenant que vise le bouddhisme. Pourquoi ? Parce que dans le mariage et dans la sexualité telle que la plupart d’entre nous la pratiquons, nous instillons constamment, subrepticement, parfois avec violence, toujours et encore de la possession, de l’attachement, de la propriété. Combien sommes nous à penser : « Il-Elle est à moi », que ce soit de notre conjoint aimé depuis longtemps, de nos enfants ou même de cet amant passager qui nous procure du plaisir dans l’instant mais que l’on aimerait tant pouvoir s’attacher à vie. Que celui ou celle qui n’est jamais sorti-e un soir, une nuit, avec quelqu’un en se disant, au moins pendant quelques secondes : « ah, que j’aimerai qu’il-elle m’aime pour toujours, que nous puissions faire un bout de chemin ensemble », me jette la première pierre !
Nous avons tous en nous ce besoin de fixer, figer les choses, et en amour cette pulsion est énorme et destructrice. L’amour est le maître du changement, le symbole même de ce flux perpétuel des choses, de cette impermanence du monde et de nous-mêmes.
Alors je suis toujours étonnée, estomaquée je devrais dire, quand toujours et au mépris du bon sens le plus primaire, nous pensons, nous croyons toujours que l’amour nous procurera le bonheur. Ou alors, comme nous dit le Bouddha, il faut aimer le monde, aimer les êtres vivants, mais ne pas s’y attacher, passer dans ce monde comme dans les vies des autres comme des spectres et ne pas s’accrocher aux sentiments. Dur me direz vous ? Inhumain pensez vous ? Et n’est-ce pas beaucoup plus inhumain et dur que de voir ces millions d’âmes en peine qui cherchent l’amour à tous les coin de rue, qui se désespèrent d’être seuls ou au contraire d’être mal accompagnés, de ces fous et de ces folles qui pensent, à chaque rencontre, que c’est « le bon » parce que la société vous le commande. Ou pire, de ceux et celles qui disent « je t’aime » en espérant que l’autre lui répondra « moi aussi ».

L’amour est le contraire du couple, du mariage, de l’enfantement ; c’est bien plutôt la source infinie du flux de toutes choses. Quand on dit que l’amour doit être partout, c’est une vérité, mais pas en tant que thérapie personnelle, pour se sentir vivre, se sentir mieux, se sentir autre. L’amour c’est l’instant qu’il faut chevaucher sans cesse. Quand je dis « je t’aime », je le dis pour cet instant. Demain, tout à l’heure, hier, c’était, ce sera peut-être différent, ou pas. On peut fonder sa vie sur l’amour, mais seulement si on a compris qu’il faut bouger avec lui, entrer dans sa danse qui peut être tranquille ou furieuse. Croire qu’il sera toujours là et que l’on peut bâtir son être uniquement sur ses fondations fluctuantes, c’est à mon sens, faire œuvre de folie.

« De la possessivité naît le manque ; du non-attachement, la satisfaction. » Sentence bouddhiste

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2 commentaires sur “Rien ne retient le fil de l’amour.

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  1. (…)
    Pour ne pas vivre seul
    D’autres font des enfants
    Des enfants qui sont seuls
    Comme tous les enfants
    Pour ne pas vivre seul
    On fait des cathédrales
    Où tous ceux qui sont seuls
    S’accrochent à une étoile
    Pour ne pas vivre seule
    Je t’aime et je t’attends
    Pour avoir l’illusion
    De ne pas vivre seule
    Pour ne pas vivre seul (…)
    On vit pour son argent
    Ses rêves, ces palaces
    Mais on n’a jamais fait
    Un cercueil à deux places
    Pour ne pas vivre seule
    Moi, je vis avec toi
    Je suis seule avec toi
    Tu es seul avec moi
    Pour ne pas vivre seul
    On vit comme ceux qui veulent
    Se donner l’illusion
    De ne pas vivre seul
    Dalida

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