Alexandra David-Néel et Lhassa

Cette après-midi presque ensoleillée je me suis octroyée comme souvent ma petite balade, qui passe par la bibliothèque municipale. J’y ai emprunté le DVD d’un documentaire que j’avais déjà vu sur la vie d’Alexandra David-Néel. J’ai découvert alors qu’il avait été réalisé par Jeanne Mascolo de Filippis et Antoine de Maximy, réalisateur apprécié de docu et surtout connu pour son émission de voyage hallucinante, J’irais dormir chez vous…ce type est un farfelu voyage « sans filet » avec deux caméras dont une sur lui qui le filme, et qui tente de vivre au plus près des populations en demandant aux habitants s’il peut passer une nuit chez eux. Pour les voyageurs, il est un hurluberlu, car ce qu’il fait pour cette émission est vraiment rare ; il faut avoir un sacré culot tout en sachant que, à de rares exceptions près, il fait toujours des rencontres extraordinaires.

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Pour revenir à mon sujet, ce documentaire tourné en 1992 est centré sur le voyage au Sikkim de la secrétaire personnelle de Alexandra David-Néel dans les dernières années de sa vie, Marie-Madeleine Peyronnet. D’après Antoine de Maximy dans les bonus du DVD, Marie-Madeleine, appelée la Tortue par Alexandra, est un « personnage qui déménage » ! Mais pour moi, comme pour beaucoup, Alexandra fut un véritable modèle féminin… dès mon adolescence, je n’ai jamais voulu ressembler à ma mère ou ma grand-mère, femmes aux foyers tout à fait respectables, mais dont la vie ne m’attirait guère. Mes modèles familiaux ont plutôt été deux tantes paternelles, qui n’étaient pas mariées (!), qui voyageaient et n’avaient pas d’enfant. Vers 15 ans j’ai lu la vie d’Alexandra par Jean Chalon, ce qui m’a bouleversé. En particulier, sa visite clandestine de Lhassa m’avait fascinée, et je n’ai jamais vraiment espérée voir un jour la ville sainte du bouddhisme. C’est dire que lorsque mes propres pas m’ont menés au Ladakh, en Inde, au Népal puis finalement au Tibet, j’ai toujours eu en tête ces rêves et les images de cette femme, intellectuelle, philosophe reconnue, esprit éveillé et grande aventurière. Quelle femme ! au début du XXe siècle, quand aujourd’hui nous avons bien plus de facilités, voyager durant des années, vagabonder pour ainsi dire au milieu d’un monde rude et étrange. Cette femme si moderne avait un caractère bien trempé, elle savait exactement ce qu’elle voulait, tous les témoins qui l’ont connu le reconnaissent.

Quand j’ai vu Lhassa à mon tour, les choses avaient radicalement changées, et il m’a été impossible de ressentir cette découverte d’un monde lointain, car la ville est devenu un dépotoir pour Chinois. J’ai souvenir de mon entrée dans la ville, après plusieurs heures de contrôles à l’aéroport, où un froid glacial s’est abattu sur mon âme quand pour la première fois j’ai vu le Potala encerclé par une place grotesque au monument phallique ignoble et des rues remplies de magasins chinois. La modernité ne me choque pas, ce que je n’ai pas accepté c’est que : ce sont les Tibétains eux-mêmes qui, sous les ordre chinois, détruisent leur patrimoine pour reconstruire un monde-disneyland, où les grands monuments sacrés du bouddhisme comme le Potala ou la Jokhang sont comme des restes, archéologiques presque, des pièces d’un musée dont les Chinois s’amusent, au milieu d’une ville trépidante. Comme à Pékin, les autorités ont vite fait de détruire les quartiers traditionnels. Il aurait été bien plus intelligent de les réhabiliter que de détruire ces trésors de l’humanité. Ce qui m’a mis également la haine au ventre c’est bien sûr le traitement infligé aux Tibétains dans leur propre pays… mais je vais dire comme dans Nuit et Brouillard, le documentaire sur la Shoah, ceci n’est pas nommable.

Le Tibet d’aujourd’hui, Alexandra David-Néel le pleurerait, comme tous ceux et celles qui s’y sont rendus depuis elle, sur ses pas, à cause de ses écrits et de ses exploits, pleurent régulièrement de honte et de rage. Comment accepter ces hordes de nomades sur les plateaux du Ü, à plus de 4000 mètres d’alitude, dont les enfants courent nus à votre rencontre, dans des températures proches de zéro ? Comment accepter ces regards fuyant dans les villes traversées, d’une population toujours aux abois, entre les étrangers d’Occident fascinés, et les policiers aux matraques agiles ? Comment accepter, dans la nuit glaciale de ces mêmes villes, les « tricoteuses » tibétaines, les prostituées qui se vendent en vitrine sur des enfilades de magasins, aux touristes chinois et aux soldats. Elles attendent le client en tricotant. Je sais de quoi je parle… j’ai fait la folie une nuit de ma balader seule, à plus de 1 heure du matin, dans les rues de Gyantsé ! Souvenir impérissable d’un monde en déroute !

 

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Les toits du Potala à Lhassa (2004). Photo Metreya

 

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Lhassa, ville chinoise, ville tibétaine (2004). Photo Metreya

 

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Lhassa en 1923 pour la fête du Nouvel An (Losar). Photo Fondation A. David-Néel

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