Toujours dans la caverne

« Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme. Tous les pouvoirs de la vieille Europe ont formé une sainte alliance pour exorciser ce spectre. Le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux français et les mouchards de la police allemande. »

 « Les communistes dédaignent de cacher leurs opinions et leurs buts. Ils déclarent ouvertement que leur but ne peut être atteint que par le renversement par la force de toutes les relations sociales existantes. Que les classes dirigeantes tremblent devant la révolution communiste. ! Les prolétaires n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes ! Ils ont un monde à gagner ! »

Ces lignes qui marquent les premières pages du Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels, paru en 1848, sont bien connues. Je les relisais cet après midi quand elles m’ont marqué par leur incroyable ancrage dans la tradition philosophique occidentale et finalement leur impossibilité essentielle de parvenir au résultat escompté par les révolutionnaires. Je m’explique.

On voit bien dans cette citation du Manifeste de 1848 que le communisme ne peut se penser en dehors du paradigme platonicien de la vision du monde. Il y a bien deux mondes et la nouveauté qu’apporte le communisme, est l’idée que ces deux mondes sont en conflits. Dans l’ancienne philosophie, les deux mondes se côtoient, l’un est supérieur à l’autre et celui qui est inférieur ne pourra accéder à l’autre-monde que par un effort, un sacrifice, une perte de lui-même. Marx  ajoute à cette vision platonicienne le conflit, le combat que le monde inférieur, parce qu’il est inférieur, médiocre, mortel, pauvre, porte dans son envie, sa jalousie, sa volonté de rejoindre l’autre-monde. Les deux mondes sont opposés, rivaux, l’un est envieux tandis que l’autre à peur et est méprisant. Le combat du communisme, la révolution, ne permet pas de changer le paradigme mais seulement de changer la logique, la hiérarchie entre les deux mondes. Celui inférieur, pauvre et méprisé doit devenir le monde supérieur, dominant car il compte le plus d’individus, car il est le seul vraiment humain, authentique, vrai. Le communisme veut faire que le monde d’ici bas ne soit plus le monde de la souffrance et du mal, de la pauvreté et de la mortalité. Il veut prendre une place qui n’est pas la sienne dans un système qui n’est pas le bon. Car cette transformation du monde inférieur en monde dominant ne se fera que plus tard, dans un avenir lointain, après la révolution. Il est en attente, il n’est jamais ici et maintenant. Et surtout il reste finalement au main des penseurs classiques, il ne peut se départir de cette philosophie première, celle qui tend toutes nos représentations spirituelles, économiques, politiques, sociales, celle qu’il doit y avoir, ailleurs, un autre jour, plus tard, plus loin, un autre « monde » qui sera de toute façon meilleur que celui dans lequel nous vivons vraiment. Le communisme ne sort pas de la Caverne. Le communisme n’est pas si révolutionnaire que cela car il ne fait que reproduire le modèle politique et éthique vieux de 2000 ans. Il n’invente rien, il ne fait que vouloir reproduire mais pour le compte d’une autre catégorie, le vieux système dualiste.

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