Economie ou l’arnaque intellectuelle du siècle

Le « prix Nobel d’économie » a été attribué cette semaine… à un économiste qui dit exactement le contraire de ce que disait l’économiste qui avait reçu le « prix Nobel » l’année dernière ! Rien ne vous choque dans cette phrase ? Comment est-il possible qu’un « prix Nobel » puisse contredire un autre « prix Nobel », si on considère que cette récompense, la plus prestigieuse au monde, est le saint Graal de tous les scientifiques ? Comment affirmer qu’une théorie récompensée, donc validée, puisse être invalidée l’année suivante ? Ou bien, selon le sacro-saint principe aristotélicien de la non-contradiction, l’une des deux théories est fausse ; ou bien, dans le monde réel, deux théories peuvent co-exister ensemble… alors ce n’est plus de la science pure, dure, mais bien de la science humaine et sociale !

Le « prix Nobel d’économie » et tout ce qui entoure d’ailleurs cette discipline, est une pure et totale arnaque intellectuelle, la plus aboutie sans doute de l’histoire de l’Humanité. Je découvre cela depuis quelques mois, que me voilà à travailler en Master 2 économie et géographie ! Je suis arrivée, petite byzantine dans ce monde en costard cravate, mais avec mon esprit critique hérité (alleluia) de mes études précédentes en histoire et en philosophie !

J’ai découvert une discipline « Canada Dry » qui se donne toutes les allures de la science mais qui n’en est pas. Les allures de la sciences ? Ce sont ces formules mathématiques qui ne servent qu’à exprimer, mais de façon voilées pour les non initiés, des idées toutes bêtes comme par exemple celle ci, très connue, dite fonction de Solow

y = f(k, l)

qui veut juste exprimer que plus on travaille et plus on accumule du capital et plus on produira des biens !!

On vous assomme, en cours d’économie, avec des formules qui vous font peur, surtout quand on se croit mauvais en mathématiques, avec des tableaux complexes, avec des courbes, des coordonnées, des abscisses comme on n’en fait plus depuis la classe de 4e ! Mais en fait, qu’est-ce que l’économie ? C’est une science humaine et même une psychologie, c’est tout. Elle ne fait qu’observer et tenter de comprendre des comportements humains. Je trouve même que la philosophie lui est bien supérieure dans certains cas. Mais comme la philosophie, les économistes, surtout au XIXe siècle, pour se démarquer, pour ne pas être compris des masses un peu trop révolutionnaires, ont voulu créer un langage complexe, obscurs, élitiste mais qui, une fois la clé trouvée (ce qui n’est franchement pas difficile) peut se traduire en un discours clair et compréhensible par la majorité d’entre nous.

Il y a vraiment, depuis plus d’un siècle, un vrai mouvement « intellectuel » qui exige à la fois des populations de se former, d’être « éclairées » mais en même temps qui cache, qui travesti, qui embobine, qui voile ces connaissances nécessaires à la compréhension du monde.

Revenons au cas de l’économie. Rappelons que le « prix Nobel » de cette discipline n’en est pas un… qu’il n’est qu’un prix annexe, décerné par la banque de Suède et ce depuis seulement les années 60 ! Que les seuls prix Nobel qui existent sont ceux des sciences dites dures, physique, chimie, médecine. Remarquons également qu’une grande partie des économistes récompensés par ce prix sont avant tout ces charlatans qui veulent nous vendre de la science, de la vérité, et en particulier les élèves de la célèbre école de Chicago, célèbre pour ses parangons, ses promoteurs du libéralisme et du néo-libéralisme destructeur comme Friedman (lisez si le cœur vous en dit l’excellent ouvrage de Naomi Klein, sur la Stratégie du Choc : c’est pire qu’un polar de Maxime Chattam!)

Mais que nous veulent-ils ? Nous vendre du plomb au prix de l’or ? Nous faire cracher nos dents ?

Une science est à la recherche de lois naturelles, et d’une vérité qui pourrait être démontrée mais qui serait surtout universelle. C’est cela que veulent nous refourguer la plupart des économistes depuis 70 ans : nous faire croire que l’économie est une science, donc qu’ils travaillent sur des lois naturelles, qu’ils découvrent des vérités… comme par exemple que le capitalisme est la forme par essence de l’organisation économique humaine ! Qu’il ne peut exister aucune autre forme économique puisque « naturellement » les sociétés humaines sont à la recherche du profit. Dit comme cela cela semble ridicule, mais pourtant nous en sommes bien là ! Nous avons intégré avec beaucoup de couleuvres, que hors du capitalisme, point de salut. Elle est là l’arnaque intellectuelle. Depuis plus d’un siècle, comme les moines au Moyen Age, nous jouons avec une infime partie des connaissances à notre disposition, nous tournons en rond dans une cage cognitive en nous cognant la tête contre des coins que l’on nous fait prendre pour des murs.

L’économie n’est qu’une science sociale parmi d’autres, comme l’histoire, la géographie, la sociologique, la psychologie, l’anthropologie. Elle possède une démarche scientifique, fait d’hypothèses, d’observations et de conclusions. Elle ne fait qu’observer des comportements humains, des actes, des points de vue.

J’ai vu, cet été, dans un manuel de macroéconomie, une de ces fameuse formule mathématique, qui commence toujours par une fonction f(x) : au milieu de tout un tas de facteurs, dont la liste s’étalait sur une ligne comme un catalogue où il est impossible de faire un choix, il y avait le mot CONFIANCE ! Mais qu’est-ce que ce mot vient faire dans une science ? La théorie de la relativité ou la physique quantique ne s’explique pas par une dose de confiance entre les atomes !! La confiance est d’ailleurs le socle principal du système économique actuel : elle est là et à vous les profits, elle disparaît, et c’est la crise. Mais la confiance, vous serez d’accord avec moi, n’est qu’une manifestation humaine de l’état de nos relations sociales. J’ai bien écrit : sociales ! Qu’y a-t-il de scientifique là-dedans ? Qu’y a-t-il de véridique surtout : la confiance fluctue, comme tout ce qui a trait aux comportements humains. Elle ne saurait être mise en boîte, figée dans un état du savoir qui serait universel et éternel.

Ne faites pas confiances aux apprentis sorciers qui sortent de grandes écoles où on leur apprend du vent. J’ai d’ailleurs parfois l’impression, depuis que j’ai repris mes études, de souvent brasser du vent moi aussi. J’y reviendrais. Nous sommes entrés dans l’économie de la connaissance, du savoir. Le savoir c’est le pouvoir et il reste en votre pouvoir de savoir ce qui s’écrit autour des manières que nous, humains, avons d’organiser nos vies, individuelles ou collectives. Bien sûr, cela demande un effort. Il commence très jeune, à l’école, quand on apprend à lire et quand naît ce formidable outil qu’est la curiosité. On n’est jamais trop curieux…

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3 commentaires sur “Economie ou l’arnaque intellectuelle du siècle

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    1. oui, le fameux « référentiel bondissant » ou encore mieux, « l’outil scripteur »… c’est effectivement la même logique de vouloir créer un langage, un discours même qui ne fait que créer des barrières entre ceux qui savent et les autres.

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  1. Bonjour, je n’ai pas lu tout l’article, toujours un peu trop long à mon goût, donc je ne devrais pas m’octroyer le droit de commenter, vu que je n’ai pas tout lu. Mais je tente quand même ma chance modestement, en donnant une humble opinion toute simple.

    Je crois comprendre un peu le fond de votre article, mais je me demande si cette actualité n’est pas un prétexte pour exprimer une opinion personnelle sur la science économique que vous découvrez et avec laquelle vous bataillez actuellement.

    Juste sur la forme, je ne vois pas en quoi on ne peut pas récompenser une théorie une année, et une théorie opposée l’année suivante, justement parce qu’elles ne sont que théories. Enfin, si elles ne sont que théories, car je ne connais pas le fond de ce qui a été récompensé.

    Mais imaginons, parmi les diverses recherches scientifiques mondiales, qui tentent toutes d’expliquer le monde, lorsque nous n’en sommes pas encore au stade de la loi, et du fait avéré, on en est au stade de la théorie. Et une théorie peut être valable comme une autre, à partir du moment où l’on n’a pas établie fixement une loi finale.

    En cosmologie par exemple, on peut théoriser que nous vivons peut-être dans un « multivers », c’est à dire, une multiplicité d’univers, récompenser cette théorie car elle est bien bâtie et plausible, mais comme l’on ne peut encore la vérifier, récompenser l’année suivante, une autre théorie concurrente, supposant que nous vivons dans un univers unique et que les phénomènes physiques que nous observons sont expliquées par une autre loi.

    Vous avez sûrement ou peut-être raison dans le fond, peut-être que les prix Nobel ne sont qu’un écran de fumée, mais dans la forme, je ne vois pas forcément de contradictions. Mais je me trompe sûrement vu que je ne connais pas le sujet de fond, et que je n’ai pas lu entièrement votre article ! Désolée pour l’intrusion donc, si elle est hors sujet et fallacieuse. Cordialement.

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