Cette question me hante depuis longtemps mais elle prend des proportions gigantesques depuis cet été 2026. En effet, les catastrophes climatiques se succèdent en France, en Europe, dans le monde et pourtant ce petit monde là continue sur la même voie. Pour ma part, éco-anxiété ou lucidité (on ne sait ?) m’ont bien pourri l’été, qui était déjà la saison que je n’aimais pas. Je préfère le printemps doux et aimable mais bien plus l’automne coloré et pluvieux. Un ciel gris, des nuages en nombre, de la pluie qui chante et mon coeur s’enflamme bien plus que par un soleil de plomb et un ciel bleu (quel ennui).

Ce que je me dis également ces temps-ci c’est que je sens que la médiocrité de l’élite et d’une partie de la population m’entraîne dans le malheur. Ceux qui ne voulaient pas de l’écologie « punitive » n’ont-ils pas été assez punis ? Sans doute pas encore assez. Mais faisons le point.
Des températures desertiques

Le 23 juin, dernier jour d’école pour moi et mes élèves, il a fait 42 degrés en Loire Atlantique. Ma dernière heure de cours, de 11h30 à 12h30, après 3 heures déjà dans une salle surchauffée, je n’ai pas pu la tenir : nous sommes sortis dans le couloir tout aussi brûlant puis nous sommes allés nous réfugié dans le grand hall du collège qui était un peu plus frais. Impossible de rien et c’était pourtant des 3e qui devaient réviser leur brevet. Les cerveaux et les corps en fusion et en décomposition. Nous avions déjà vécu un épisode de canicule précoce en fin mai où nous avions tenus… Ce 23 juin j’espérais encore que l’été ne serait pas trop chaud ! Je me suis bien trompée puisque 3 autres canicules ou vagues de chaleur, je ne sais pas trop la différence, se sont succédées en France, même si dans l’Ouest nous avons été plus épargnés en août. Les seules fois où j’ai supporté de telles températures c’était dans le désert de l’Hadramaout au Yémen.
Une sécheresse historique

De ces fortes chaleurs nous subissons une sécheresse historique. La Loire qui alimente mon territoire en eau potable, avec heureusement des nappes souterraines bien remplies depuis l’hiver pluvieux, connaît un niveau très faible qui atteint moins de 100m3/s au niveau du captage en amont de Nantes. On nous demande de faire attention à l’eau potable ! certes mais quel ne fut pas mon étonnement, quand je me rendis sur la côte atlantique où les stations balnéaires reçoivent moult touristes, de constater que lesdits touristes n’étaient pas soumis à ces restrictions. Je n’ai pas le droit d’arroser mon jardin mais eux peuvent prendre 3 douches en sortant de la plage…
Les autres fleuves européens ne sont pas en reste. La Danube, le Rhin : eux aussi voient leurs rives s’éteindre, les animaux mourir, les plantes dessécher et les humains pleurer parce que les péniches pleines de pétrole ne peuvent plus amener l’or noir jusqu’au consommateur.
Des méga feux stromboscopiques

Toujours grâce (!) à ces belles températures estivales (c’est l’avis de certains), des méga feux se sont taillés la part du lion dans l’actualité au coeur de l’été. La forêt de Gironde et des Landes s’embrase, des milliers d’hectares de verdure détruite. Même si la biodiversité dans ces champs d’arbres n’est pas la plus folichonne du monde, ce sont tout de même des milliards d’êtres vivants qui meurent parce que des petits cons se sont amusés à mettre le feu. Ajoutez à cela les mêmes images en Espagne… en Italie… en Grèce…Mon anxiété dues aux températures tropicales est montée en flèche en voyant les images des feux. Je ne suis pas adepte des chaînes d’information en continu et je sais réguler mon stress, mais pour le coup je me suis trouvée incapable de me détacher de ces images d’apocalypse. Avec la consultation plusieurs fois par jours des applications météo que j’ai installé en nombre sur mon téléphone portable, je pense que mon taux de cortisol n’est pas redescendu. Vive les vacances hein !
Une destruction catastrophique

Et on pleure avec les gens qui ont tout perdu. On s’identifie à 100% parce que pour le coup on sait très bien que ce qui se passe en Gironde peut, à présent, arriver partout sur le territoire métropolitain. D’ailleurs, un soir de début août, rentrant de la côte, j’ai vu sur la route qui me menait chez moi une colonne de fumée noire. Panique à bord et je fonce la peur au ventre : le feu est à proximité. Et oui, il faudra s’y faire, la Bretagne, l’Ouest brûle aussi. Les pompiers sont nos héros mais à quel prix ! La solidarité fait la une des journaux mais cette hypocrisie des journalistes parisiens ne passe plus. Tous les Français savent très bien que les moyens pour défendre le patrimoine naturel comme bâti a été patiemment détruit et mis à bas par les 10 années de macronisme. Comme tous les services publics par ailleurs, je sais de quoi je parle.
Une tornade maléfique

Après les fortes chaleurs, les masses d’air entrent en conflit et les orages déferlent sur les villages et les villes. Et là alors c’est au petit bonheur la chance. C’est toi qui prend, c’est ton toit qui est plombé par la grêle parce qu’avec ces masses d’air très chaudes et très froides, les grêlons font plusieurs centimètres de diamètre. Et chacun prie pour que cela passe au-dessus de sa tête. Ici c’est compliqué : la sécheresse est elle dans ce pays d’humidité, qu’on préfère les orages à pas d’orages. Pourtant, chez moi, entre la côte et Nantes, ils passent, ils grondent mais rien ne tombe. Il faudra attendre pour avoir une pluie bienfaitrice. On pourrait presque se mettre au chamanisme pour tenter les danses des pluies. Par contre, dans le Sud c’est une autre affaire. Et on voit l’incroyable, on se croit dans un film américain : les chasseurs de tornades des Grandes Plaines vont arriver pour nous expliquer le phénomène. Mais non, on est en France, dans l’Aude. C’était cette semaine ! Une tornade qui détruit un village. Non nous ne sommes pas dans le Missouri et les maisons éventrées, les gens choqués d’avoir tenus le matelas pour leur sauver la vie, ce sont des compatriotes. Tu la vois là l’écologie punitive ??
Un tsunami… last but no least !

C’est déjà pas mal non pour deux mois et demi ? Et bien non ce n’est pas terminé car la nature n’a pas fini de nous en faire baver. Hier, tsunami dans l’Himalaya ! Quoi ? Et bien oui, un tsunami de glace, de roche, d’eau fondue emporte des milliers de vie en un claquement de doigt. Encore une fois la fascination est à son maximum. On la voit la vague ! C’est un monstre et on assiste, morbide, à la mort en direct de centaines de personnes fuyant l’innommable. Il y a une vingtaine d’années je me trouvais là, exactement… revenant d’un voyage pour le moins difficile au Tibet (Lhassa, tout ça tout ça) je m’étais pété le genou sur ces routes et j’ai passé le pont qui n’existe plus à dos d’hommes. Mais ceci est une autre histoire.
Et donc, madame la philosophe ? Il faut répondre à la question problème ! La rentrée est dans 3 jours, pas envie du tout. Le monde va mal, et c’est à cause des humains, de tous les humains, moi et vous y compris. Je n’ai pas pris l’avion depuis 2010, je mange bio, local et presque végétarien, mais je roule en voiture parce que j’habite à la campagne. Ma maison est sobre et passive, mais j’ai remercié les dieux de l’ingénierie qui ont inventé la pompe à chaleur réversible ! Il faut que tout le monde prenne conscience, là maintenant tout de suite, que la catastrophe n’arrive pas, on y est. Les chants, les messes, les imprécations, les supplications, les discours, les idées, les romans ou les poèmes, rien n’y fera, on y va, dans le mur. Voyez cela m’empêche de dormir car je dois écrire ce texte alors qu’il est presque une heure du matin. Que faire ? Se lamenter ? S’adapter ? Le pire c’est que l’on ne peut pas fuir là ou ailleurs car c’est partout pareil. Pas d’immigration possible, il va bien falloir affronter les tourments avec dignité. Ce qui me tue à petit feu c’est que je n’ai absolument aucune confiance en mes contemporains pour cela. Pouvez-vous me détromper et me rendre l’insouciance et la joie qui m’ont quittées ?
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