Réponse

Un lecteur, a fait aujourd’hui un très intéressant et érudit commentaire sur ma note précédante, concernant l’Islam. En fait, j’ai écrit cette note alors que je suis entrain de lire l’ouvrage de Henri Corbin, Histoire de la philosophie islamique. Cet auteur est surtout passionné par le shi’isme iranien et l’ismaélisme. Et mes remarques sont nées du décalage que je ressens entre ces lectures, intellectuelles, et mon expérience très profane du monde islamique pakistanais.

Quelques anecdotes. A Chitral, sunnite et très conservatrice vallée du nord-ouest, peuplée de Pathans « assez proches » des talibans afghans et autres qui apparaissent dans certains secteurs des zones tribales, la vie pour une femme est plutôt difficile. Pour ma part, il est presque impossible de se promener seule, et surtout pas voilée, selon une tradition que les habitants, hommes mais surtout femmes, font reposer sur le Coran. Je ne connaît pas encore assez le Livre pour faire une remarque à ce sujet. Mais quand un soir d’automne, fort agréable au demeurant, rassemblés autour du feu dans la maison familiale d’un des oncles de mon mari, j’ai commencé à parler de l’Islam, pour poser des questions, j’ai vite compris la situation. Pour mon oncle, qui est un homme adorable que j’aime beaucoup car il est souriant et très doux, l’Ismaélisme n’est pas l’Islam! J’avait dit alors que je m’intéressait à ce courant, et mon mari, en Français comme à chaque fois que l’on partage quelque chose de personnel, m’a dit de faire attention de ne pas choquer l’oncle qui trouvait mes idées peu convenables. Souvent dans ces régions ou à Peshawar, j’essaye d’expliquer à mes interlocuteurs, de la famille ou autres, que je m’intéresse à toutes ces philosophies, car je me sens en quête de quelque chose. Et à chaque fois, la réponse est : « as tu appris à faire les prières ?  » Il n’y a pas de place dans ce monde-ci sunnite, à Peshawar ou dans les vallées de la frontières afghane, pour la quête spirituelle. Il faut d’abord savoir prier, suivre la Loi. C’est tout ce qui importe pour être un ou une bonne musulmane. Sauf que pour moi c’est loin d’être suffisant pour apaiser ma passion de comprendre.

Par contre, j’ai été cet été deux semaines en terre ismaélienne, en particulier à Skardu. Je sais, comme le fait remarquer le commentateur de ma note précédente, que l’Aga Khan, le chef spirituel de cette « secte », est un homme puissant dans notre monde occidental. Les Ismaéliens suivent à la lettre ses recommandations mensuelles. Certes, mais à mon niveau, si petit soit-il, j’ai vu tout autre chose qu’à Chitral ou Peshawar. Là les femmes ne sont pas voilées et elles peuvent tout à fait sortir dehors, faire leurs courses, bavarder entre amies. Les jeunes filles sont libres, elles se réunissent entre elles, et même peuvent rencontrer des garçons, toutes choses totalement inacceptables et impensables à quelques centaines de kilomètres plus loin à l’ouest. Avec ma belle-sœur Rashda nous avons pu organiser un dîner de fille dans un restaurant de la ville !! avec les jeunes adolescentes qui partageaient notre séjour ! Je n’ai même pas le droit d’aller au marché dans le village d’Ayun où vit la famille maternelle d’Imran. Et quand je m’y rend, pour une très bonne raison (la seule et unique fois a été en octobre dernier pour trouver une voiture pour aller dans une vallée kailash) j’étais entourée d’un oncle et d’Imran et quand nous sommes arrivés, j’ai du patienter dans un boui-boui, à l’étage, pendant que ces messieurs rendaient leurs hommages à des notables locaux dans d’autres échoppes.

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Voici ces jeunes filles de Skardu et de Gilgit, en peine rue de la ville : cette image de femmes et surtout de jeunes adolescentes, pleines de vie, portant des vêtements sans le dupatta sur la tête, est totalement impossible en territoire sunnite, par exemple à Chitral. Un détail qui peut paraître superflu aux profanes, mais qui est significatif (c’est Rashada, à droite, qui me l’avait fait remarqué) : la jeune personne en rouge, en deuxième place à partir de la gauche, est la fille aînée de la maison, sa mère étant à sa droite en rose, elle porte un salwar kameez avec des jambes élargies aux chevilles, genre « patte d’éléphant », ce qui toléré à Islamabad mais inconnu à Peshawar… et je ne vous parle même pas des manches courtes.

Pour moi, c’est d’abord cela l’Islam : les sourires des ismaéliens et le conservatime moral des sunnites. C’est sans doute réducteur, mais c’est ça la vie quotidienne des musulmans et des musulmanes au Pakistan. Or pour moi ces signes sont révélateurs (ou non) d’une vie intérieures et spirituelle. C’est ce genre de détails qui font toutes les différences. Et c’est sur ces différences que se basent, dans ce pays, les jugements des uns et des autres.

Quant aux mosquées shi’ites qui ne peuvent être détruites par des sunnites, car elles sont le temple de Dieu, la ville de Gilgit est le théâtre depuis des années d’affrontements et de massacres entre communautés. Donc pour résumer, je sais par l’érudition que les pensées de l’Islam sont nées du même terreau, mais mon expérience au quotidien me fait dire que certains courants sont plus tolérants que d’autres. Si je vais vivre un jour au Pakistan, et je pense que cela arrivera, je ne veux absolument pas vivre ni à Peshawar ni à Chitral, surtout pas en région sunnite, mais tout à fait à Gilgit ou à Skardu, car non seulement il y a les montagnes mais les populations sont bien plus ouvertes d’esprit.

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