Mieux vaut y aller

On ne devrait pas sous estimer la valeur catharsique de l’écriture. Il est parfois des coïncidences de lectures et de rencontres qui me font écrire que l’inconscient fait vraiment bien les choses.
J’ai lu, en parallèle, deux ouvrages forts différents mais qui résonnent ces jours ci dans mon esprit troublé avec une force nouvelle. D’un côté nous avons l’immanquable polar de l’année, celui de Maxime Chattam, La promesse des Ténèbres. De l’autre, un ouvrage beaucoup plus confidentiel d’un psychanalyse autrichien devenu état-unien par la force du nazisme, Wilhem Reich : La Fonction de l’Orgasme. Quoi de commun entre ces deux livres ? Mais bien sûr, la chose la plus importante sur cette terre … mais non ! pas l’argent… l’autre chose… le sexe ! Mais quelle sexualité. Pas du tout celle de Princesse Bride et des 7 Nains. Celle plus instinctive de nos émois profond, celle qui fait de nous des névrosés, des pervers ou pire des criminels.
Que dis-je ? Les âmes sensibles vont certainement se renfrogner : la sexualité n’est pas un problème, d’autant moins de nos jours salutaires où la liberté de faire l’amour avec qui on veut et où l’on veut est revendiquée même dans les coins les plus reculés de notre chère planète. Le souci, ce n’est pas de faire l’amour… quoique… pour certains c’est déjà un problème. Le souci c’est de bien le faire !

wpid-31p-kdfa0zl-_ss500_-150x150-2011-06-29-00-10.jpgLa thèse de Reich est simple : nos névroses (et nous sommes tous névrosés, croyez moi !) ne viennent pas simplement du refoulement de nos instincts sexuels (théorie freudienne en partie), mais du fait que nous sommes incapable de jouir … pas seulement une petite jouissance comme ça en passant. Non, nous sommes à peu près tous incapable d’avoir de beaux et vrais orgasmes. Aussi quand monsieur éjacule ou quand madame trésaille, cela ne veut pas dire (mais alors pas du tout…) que l’orgasme complet, puissant et vrai a été au rendez-vous. Selon Reich, cette impuissance orgastique est la misère de notre monde. Et sa théorie s’accompagne d’un pan politique car cette orgasme refusé, l’est en grande partie par notre société moralisatrice mais également politiquement correcte, autoritaire et libérale. Reich a vu la montée des fascismes en Europe, son livre a été écrit à la fin de la seconde guerre mondiale : pour lui, les totalitarisme de tout poil sont la lie de la jouissance humaine, car ils enferment l’homme dans une obéissance an-orgasmique. Et de promouvoir une vraie politique sociale pour sortir les masses de leurs misères, tant en terme de logement que de travail : car un bon jouisseur est quelqu’un qui a la tête libre ! Pour le psychanalyste il faut absolument créer des dispensaire d’économie sexuelle où l’on pourrait apprendre aux citoyens à appréhender en toute connaissance de cause leurs corps mais aussi celui du sexe opposé et la sexualité en toute simplicité.

Je ne vous raconte pas à quel point ces théories furent mal acceptées à l’époque, et surtout par Freud lui-même, plutôt conservateur sous la plume de Reich, qui considérait l’héritage de sa philosophie plus importante que les nouvelles découvertes. Pour ma part je rejoins assez Reich ou Jung quand ils analysent la libido comme une puissance bien plus large que l’unique libido sexuelle. Et certaines analyses de Reich sur la théorie freudienne m’ont paru tellement claires et frapper celle-ci d’un sceau de l’incompréhensible que je censurais en moi-même depuis longtemps. Ainsi, le concept de la sublimation (quand la pulsion sexuelle ne peut aboutir, elle peut être sublimée dans autre chose, cette autre chose étant devenue la culture, d’où chez Freud une opposition marquée entre sexualité et culture, la seconde ayant pris le pas sur la première, pour le bien être de tous, bien évidemment !) me semblait de plus ou plus obscurs : non ! quand une pulsion se présente, la sublimer vers une autre fin (artistique, intellectuelle…) n’est pas la faire disparaître dans quelque chose de plus grand, mais seulement la refouler et donc la faire devenir souffrance et douleur… d’où les névroses ! Il faut au contraire faire vivre ces pulsions jusqu’au bout de leurs volontés, ce qui suppose une vie beaucoup, beaucoup moins « politiquement correcte » que ce que la majorité des Humains vivent aujourd’hui ! Et selon Reich, cette liberté vécue, acceptée, dédramatisée, permet alors une vraie auto-régulation de la libido : la liberté n’amène pas aux excès.

wpid-512xxnhn0xl-_ss400_-150x150-2011-06-29-00-10.jpgCe sont bien plutôt les morales toujours aussi puissantes qui provoquent les excès dans ce domaine, comme les décrit Maxime Chattam dans son roman particulièrement sombre. Son héros, Brady, se trouve embarqué dans une affaire de suicide d’une actrice porno, ayant été soumises à des tortures à caractères sexuels que ne renierait pas le Divin Marquis. Brady est la bonne conscience… tandis que la Tribu qu’il traque lui semble être le Mal incarné, ce mal que Chattam cherche à tout prix dans ses romans. Or, comme toujours chez l’auteur, le Mal n’est pas l’Autre mais le Même, moi-même.

Aller… un petit extrait de Chattam, pour le plaisir de certains et pour moi également 😉

« Parfois, il suspectait l’adultère d’être un substitut de la psychothérapie. Tromper pour fuir ses peurs, se sentir revivre. Jouir en l’autre c’était aussi lui transmettre ses angoisses. Finalement, ce n’est pas la maîtresse qu’on aime, mais ce qu’elle représente de rassurant. Puis, tôt ou tard, une fois rasséréné, l’homme revient vers sa femme, sous la chape réconfortante de leur paix routinière. »

Pour finir en musique, une petite balade bien sombre tiré de l’album-concept de The Antlers, Hopsice, sorti en 2009

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