Blade Runner – Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

Il est extrêmement rare que je préfère une adaptation cinématographique au livre qui l’a précédé. Même si je lis le livre après avoir vu le film (comme par exemple pour Je suis une légende), je trouve toujours bien plus de « nourriture » dans le livre que dans le film, qui est une interprétation singulière et qui surtout surimpose des images à mon propre imaginaire.
Pourtant, pour la première fois, je viens de vivre le contraire. Blade Runner. C’est un film culte et c’est pour moi, comme pour beaucoup, un film essentiel dans ma propre construction intellectuelle. Je viens de terminer la lecture du livre, écrit en 1968 par Philip K. Dick, publié en 1976 en France sous le titre « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques » et adapté en 1982 par Ridley Scott sous le titre de Blade Runner.
Comme souvent à Hollywood, le film est avant tout une adaptation du roman, c’est-à-dire qu’il se fonde sur une structure de fiction mais qu’il change beaucoup voire trop d’éléments pour que l’on puisse affirmer qu’il s’agit d’une simple mise à l’écran.
La principale différence à mon sens est créée par le héros, Rick Deckard, qui, dans le livre, est marié à Iran et qui est bien plus un anti-héros, bien qu’il soit capable de découvrir les androïdes, les Nexus-6 et les réformer.Synopsis :
« Sur terre, quelques temps après l’holocauste nucléaire : les espèces animales ont quasiment disparues et certains humains, dit « spéciaux », se sont mis à muter, voire à régresser. Rick Deckard est chasseur de prime. Il est chargé de démasquer et d’éliminer des Andros, des androïdes dont le séjour sur terre est illégal. Mais leur perfection est telle qu’il est quasiment impossible de les différencier des humains. Ils pourraient d’ailleurs être bien plus nombreux que prévu. Au point que Deckard finira par se demander s’il n’est pas lui-même une création artificielle dont les souvenirs auraient été implantés. Mais alors qu’est-ce qui différencie les humains des androïdes ? Peut-être cette capacité à utiliser la « boite à empathie », qui les plonge dans le corps perpétuellement meurtri de Wilbur Mercer. Mercer qui pourrait bien s’avérer être un usurpateur… »

Ce qui rassemble les deux œuvres et qui fait bien sûr leur force c’est le questionnement métaphysique sur la condition humaine, sur ce qui fait l’humain, mais je trouve que le film est pour cela bien plus puissant que le livre. Dans le roman de Dick, l’humanité a détruit son milieu naturel, après une guerre nucléaire : les animaux ont disparu et le comble du luxe est d’en posséder un vivant, et non pas électrique, artificiel. La plupart des humains survivants ont migré sur Mars où les travaux les plus rudes sont effectués par des androïdes qui ne sont pas des robots mais bien des humanoïdes qu’il est quasiment impossible à différencier des humains. Ils sont cantonnés sur la planète rouge et sont interdits de séjour sur Terre. Quand les androïdes s’enfuient, ils doivent être réformés par les Blades Runner, les chasseurs de prime, qui tentent de découvrir leur identité en leur faisant passer un test psychologique, sorte de détecteur de mensonges, le Voigt-Kampff, basé sur l’empathie. Car au final, la principale différence entre les êtres humains et les andros c’est cette capacité d’empathie, de « souffrir avec » l’autre qui fait défaut aux machines parfaites.
Dans le livre, les androïdes, Rachel, Roy, Priss, Luba, n’ont pas autant de profondeur psychologique que dans le film ; je dirais que la Tragédie qui est si présente dans le film manque cruellement dans le livre, c’est là tout le génie de Ridley Scott. Ils sont avant tout des prétextes pour que le héros, Deckard, se pose la question centrale : est-il lui aussi un androïde ? En effet, si sur la Terre il n’y a plus d’animaux vivants (ou si peu) et si beaucoup d’humains sont devenus « débiles », « spéciaux » car ils mutent en raison de la radioactivité, les Blade Runner peuvent-ils être des humains vivants dans cette atmosphère apocalyptique ? Le doute est balayé pour Deckard et sa femme, par le fait qu’eux seuls (et pas les androïdes) peuvent participer à l’étrange cérémonie de la fusion avec une sorte de Prophète, Wilbur Mercer, au moyen de la « boîte à empathie ». Quand on se connecte à la boîte en tenant les deux poignées, on est transporté ailleurs (?) et on subit la souffrance de Wilbur, qui est attaqué et lynché. Empathie et souffrance : ce serait donc ce qui caractérise l’humain ! Quel beau programme !

L’empathie, est-ce de l’amour ? Et si la vraie dimension de l’humanité était sa capacité à aimer, au-delà de son propre intérêt et de son égotisme ? Deckard qui continue sa chasse à l’andros pour toucher les primes qui lui permettent de se payer un animal vivant, une chèvre noire de Nubie, au lieu de son mouton électrique. Deckard qui fait l’amour avec Rachel, alors qu’il sait qu’elle est une androïde. Isidore, le « spécial » chez qui les androïdes se sont réfugiés, qui cherche à sauver l’araignée des griffes froides de Priss et qui est pourtant amoureux d’elle.
Il y a surtout dans le livre une dimension christique, que l’on retrouve un peu dans le film, en particulier dans la figure de Roy joué par Rudger Hauer. Dans le roman de Dick c’est plutôt la double figure de Wilbur Mercer et de Deckard, qui tout à la fin connaît lui aussi la révélation au Désert, ce désert qu’est devenu la Terre toute entière. Au-delà de l’empathie, de la souffrance, de l’amour, il y a peut-être la rédemption, celle que l’on n’octroie pourtant pas aux androïdes qui n’ont pourtant commis aucun crime, à part celui d’être trop proche de l’humanité.

Il y a beaucoup à dire sur le roman et surtout sur les liens entre le roman et le film. Il faudrait que je prenne plus de temps à réfléchir aux enjeux développés et portés à l’écran. Il n’en reste pas moins que je suis toujours aussi fascinée par l’œuvre de Ridley Scott qui dépasse, et de loin à mon avis, l’écrit de Dick.

Monologue de Roy Baty dans Blade Runner
I’ve seen things you people wouldn’t believe.
Attack ships on fire off the shoulder of Orion.
I watched c-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.
Time to die.

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2 commentaires sur “Blade Runner – Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

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