Eric Vuillard – L’ordre du jour

J’ai reçu le Goncourt 2018 parmi les cadeaux de Noël. Je n’aurais pas acheté ce livre, mais comme il m’a été offert, je l’ai donc lu. Cette lecture rapide est pourtant passablement ennuyeux et fallacieuse. Et comme beaucoup de lecteurs je me demande pourquoi cet ouvrage a reçu le prix Goncourt ? Ne serait-ce pas parce que la maisons d’édition Actes Sud est celle de la présente Ministre de la Culture ?

Ce livre n’est pas un roman, mais un récit. Et c’est là déjà une tare de naissance. Le livre coule entre histoire et Histoire et l’on ne sait jamais où se poser, ce qui est particulièrement désagréable. L’auteur prend souvent la première personne pour nous faire part de ses avis ou de ses recherches. Franchement, c’est totalement inutile et cela ajoute quelques cailloux à la lecture, qui n’est pas facilitée.
Certains entonnent un chant de louange au style de l’auteur. Je ne suis pas d’accord. Ce style n’a rien de fleuri ou de léger. C’est écrit, c’est tout. Il y a aujourd’hui d’autres auteurs et auteures français et francophones qui possèdent un style bien plus travaillé et ciselé, je pense, en particulier à Carole Martinez ou Laurent Gaudé… pourtant ils n’ont pas encore reçu le Goncourt.

Quant à la trame du livre, rien de nouveau, tout est connu. Ce qui m’a surtout gêné c’est le manque de fil conducteur. On commence et on fini la lecture avec la misérable attitude des grands industriels allemands qui ont soutenu le régime nazi, en particulier en le finançant avant et après sa prise de pouvoir, et surtout en profitant de la main-d’œuvre gratuite des camps de concentration. Le reste du livre est l’histoire de l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par le IIIe Reich en mars 1936. Le seul intérêt est de lire les noms des protagonistes autrichiens, les chanceliers, président et autres ministres qui ont permis ce hold-up. J’ai enseigné l’Histoire durant plus de 10 ans, et quand j’étudiais avec mes élèves ce moment, je faisais juste allusion à ces hommes qui ont vendu leurs pays même pas pour une poignée de Deutschmarks.

Le livre d’Eric Vuillard se veut une satire d’une époque malade, qui pourrait être mise en miroir avec la nôtre. C’est bien ce que laisse penser le dernier paragraphe du livre. Il y a bien parfois quelques saillies ironiques, mais le tout n’est pas assez mordant pour être un véritable coup de poing. C’est fade et brouillon.

J’ai juste apprécié les deux derniers chapitres. L’avant-dernier raconte les suicides d’Autrichiens au lendemain de l’Anschluss, quand ils virent leurs rues parader aux couleurs nazies et les Juifs commencer à être arrêtés. Cela donne un peu plus de corps au récit, car les affres des personnages historiques, que cela soit les Nazis, les Autrichiens ou les Européens, ne sont pas intéressantes. Ce n’est pas de la littérature ni de l’Histoire.
Le dernier chapitre nous rappelle à juste titre, mais de façon voilée ce qui amoindri je trouve le propos, que la puissance économique actuelle de l’Allemagne est bien fondée entièrement sur les comportements prédateurs et cruels des grands groupes industriels que l’on appelle des Konzerns. Il n’y a pas vraiment eu de purge au sortir de la guerre dans l’Allemagne vaincue. Là où en France, un de Gaulle nationalisait Renault pour punir l’entreprise de sa collaboration avec l’occupant, les entreprises allemandes n’ont eu à peine qu’à indemniser de quelques centaines de dollars les survivants de leurs camps de travail.

Mais tout cela, on le sait. Le livre de Vuillard ne mérite pas du tout le prix Goncourt, à moins que ce prix ne récompense que des gens qui se regardent écrire, mais pas des écrivains. Mais cela aussi on le sait déjà.

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4 commentaires sur “Eric Vuillard – L’ordre du jour

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  1. Tu es la deuxième chronique négative que je lis sur ce livre aujourd’hui, à croire que vous vous êtes passé le mot !

    Par contre, tu devais être une bonne prof d’histoire car je n’ai jamais entendu parler de tout ça en cours, je l’ai appris bien plus tard au hasard de mes pérégrinations. Si je veux développer le sujet (que je connais vraiment très mal), je comprends que ce n’est pas vers ce livre que je dois me diriger, même en tant que roman.

    Dommage car l’auteur m’avait semblé sympathique et intelligent à une rencontre où je l’avais vu… Je tenterai si on me le prête. 😛

    Aimé par 1 personne

  2. Comme Ada, j’ai vu beaucoup de chroniques négatives au sujet du prix Goncourt!
    Cela ne me donne pas envie de le lire, contrairement au bouquin d’Olivier Guez.
    Bien dommage pour Bakhita de Véronique OLMI qui aurait, au vu des critique, été plus légitime pour l’obtention du précieux titre…

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    1. Le livre d’Olivier Guez est dans ma PAL, c’est mon mari qui a voulu le lire. Je ne sais pas trop quand je vais le lire celui là… Au sujet du Goncourt, on sait tous que ce n’est pas la qualité d’un roman qui est primé et je trouve que de plus en plus la valeur d’un livre vient des retours des lecteurs et lectrices en particulier grâce aux blog et aux chaîne Youtube.

      Aimé par 1 personne

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