J’ai découvert cet été un nouveau genre littéraire : la cosy fantasy. Je connaissais le cosy crime, en particulier avec les aventures d’Agatha Raisin. Mais il y a quelques semaines, je suis tombée à la médiathèque sur un livre d’Élise Sardan et depuis, je suis tombée dans la potion magique.
Qu’est-ce que la cosy fantasy ? Traditionnellement, on définit la fantasy par le fait que la magie est une composante « normale » du monde dans lequel l’auteur nous embarque. C’est un genre déjà ancien et qui, pour ma part, devient mon genre de prédilection, je vous expliquerai cela plus loin. Le « cosy » est une littérature réconfortante, cocoon, tranquille, non violente. Cela peut être contradictoire, par exemple dans les polars, mais en fait c’est justement tout l’intérêt : renverser les attendus d’un style littéraire.
Quand la magie devient le quotidien
La cosy fantasy vous entraîne donc dans des mondes où la magie existe aux côtés des « humains » (des moldus, pourrait-on dire) et ce monde est « cosy » : il y a des créatures magiques, il peut y avoir de la magie noire, des êtres mauvais, mais au final, tout le monde s’en sort (par des sorts), il n’y a pas de violence, de sang versé, pas de combats démesurés avec des dragons ou des vampires ou des loups-garous, même si ces trois espèces sont toujours présentes dans ces romans. En effet, les romans se concentrent sur la vie quotidienne des êtres magiques, que ce soient des sorcières, des vampires ou des elfes.
C’est un peu Harry Potter sans Voldemort et les Mangemorts. C’est bien sûr un style né dans le monde anglo-saxon et plutôt féminin. D’ailleurs, dans les romans de cosy fantasy, les sorcières, qu’elles soient belles, maladroites ou perdues, les vampires dépressives ou les elfes aux oreilles pointues, tombent toujours, comme par hasard, dans leurs aventures, sur de charmants êtres magiques qui possèdent toutes les qualités physiques, psychiques et émotionnelles qu’une jeune (ou moins jeune) femme du XXIe siècle désire chez un potentiel partenaire.

Pourquoi j’ai besoin de fuir la réalité
C’est aussi pour cela que c’est « cosy » : on peut y trouver ce qui nous manque depuis quelque temps, des histoires d’amour où les personnages masculins, écrits par des autrices, ne sont pas du tout, mais alors pas du tout comme les hommes de la pauvre réalité que nous vivons, nous, lectrices. Dans les romans de cosy fantasy, l’étrange est la normalité, et les hommes sont respectueux, doux et compréhensifs.
Pour ma part, j’ai de plus en plus besoin de lire des livres qui me détachent de la réalité. Je n’en peux plus de ces ouvrages écrits à la première personne qui racontent par le menu les affres de l’auteur·ice ou, pire, l’histoire très très intéressante de sa mère, de sa sœur, de sa grand-mère, de sa poule, de son chien… vous m’avez compris, j’abhorre le roman français contemporain qui ne raconte plus d’histoires, mais est devenu le miroir grossissant et déformant d’une société narcissique.
Donc je me réfugie dans l’Autre-monde et je vois de plus en plus de jeunes gens qui font comme moi. Mes élèves sont aussi des lecteurs assidus de fantasy. Je préfère les dragons aux violeurs en série, les licornes aux pédophiles. Mes comparaisons sont un peu rapides, j’avoue, mais je trouve que l’on en est là.
Soit on continue à faire semblant d’être dans le monde, on écoute les médias, on lit la merdre qui est publiée par certaines maisons d’édition, on regarde les séries au kilomètre écrites par l’IA, ou alors on tente, non pas vraiment de résister, mais de se créer un monde-bulle dans lequel la magie a encore une place.

Des dragons plutôt que des serial killers
J’ai également totalement abandonné la lecture des polars dont la violence physique, mais surtout psychologique, m’est aussi devenue insupportable. J’ai aussi le sentiment que dans ce domaine, c’est la course à l’échalote à celui ou celle qui écrira les scènes les plus gores ou les tortures les plus raffinées. N’avez-vous pas assez votre content de malheurs et de souffrances rien qu’en pensant aux Ukrainiens et autres Gazaouis ?
Alors oui, s’échapper de la réalité n’est peut-être pas la bonne solution, mais dans ce monde de brutes où les lois de la jungle sont redevenues les règles de vie et où le fascisme n’est plus rampant mais bien existant, lire des livres qui racontent des histoires toutes simples, voire simplettes, mais franchement joyeuses et douces, c’est faire acte de salubrité mentale.
Cela me rappelle mon père qui, quand j’étais adolescente et que je ne comprenais pas pourquoi il se posait devant des programmes télévisuels de piètre qualité, comme des films de série B, au lieu de regarder avec attention les chefs-d’œuvre du 7e art, me disait en souriant : « C’est pour ne pas me prendre la tête. »
N’est-ce pas là exactement le principe même du divertissement ? Celui qui, selon Pascal, nous empêche de rester serein dans notre chambre.
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