Pessimisme

Aujourd’hui j’ai envie de changer et d’écrire sur autre chose que le Pakistan ou le collège. L’année dernière j’étais encore étudiante en philosophie à la Sorbonne, et j’ai bien envie de commencer une série de note sur ces thèmes qui me passionnent.
J’ai travaillé sous la direction de Mme Bonardel, une femme extraordinaire, sur le thème du pessimisme chez Arthur Schopenhauer et Emil Cioran. J’aime le pessimisme car il me permet de survivre tous les jours ; c’est une philosophie qui est très liées à certains courants religieux, comme la gnose chrétienne, le mysticisme ou le bouddhisme/hindouisme, d’autres domaines que j’ai tenté de découvrir ces dernières années. Le pessimisme c’est tout d’abord la lucidité (obtenue par le travail de la raison ou par une sorte de grâce ?) d’une vision juste du monde, telle que la décrit Schopenhauer dans son ouvrage, Le Monde comme volonté et comme représentation : le monde, ce monde-ci, ici et maintenant, le seul dans lequel nous vivons, est le jouet de la Volonté, qui est la Force de la vie, et de ce fait ce monde est cruel et absurde. Les Quatre Nobles Vérités de Bouddha n’affirment rien d’autre : cette vie n’est que maladie, souffrance et mort. Pour Schopenhauer, notre vie est comme un pendule qui oscille, inexorablement, entre la souffrance et l’ennui. Pour moi, ce fait n’est pas seulement un savoir, c’est une expérience quotidienne. Que va-t-il m’arriver cette fois-ci ? La question n’est pas de savoir si c’est du bon ou du mauvais, car finalement, cette valeur est très subjective et je la pose à tout événement qui survient en fonction de ma souffrance ou/et de mon ennui. Ce monde cruel est à l’image de celui décrit par les premiers chrétiens adeptes de la Gnose (la Connaissance) qui décrivait, dans une vision très millénariste, ce monde-ci comme créé non pas par le Dieu de Vérité, inconnu et lointain, mais par le Mauvais Démiurge dont Cioran a fait le titre d’un de ses ouvrages.
Mais le pessimisme ne s’arrête pas à ce simple constat. Ce qu’il y a de puissant, comme dans le Bouddhisme, c’est cette capacité à surmonter cette lucidité qui, sans cela, serait mortelle, suicidaire, fatale, comme par exemple dans le nihilisme contemporain. L’un des meilleurs moyens de surmonter, de survivre à la lucidité d’une vision juste du monde est l’ironie, comme chez les Sceptiques antiques de Pyrrhon ou les Cyrénaïques. C’est un peu ma façon de faire : quand on sait que ce monde est souffrance, mort, maladie, chagrin, etc… quand un événement survient, toujours je m’en amuse. La première conséquence de cette attitude est une large distance prise par rapport à la vie et à sa propre vie. Cela peut être gênant : par exemple j’ai beaucoup de mal à envisager mon futur, je vis au présent, demain, et encore plus la semaine, le mois ou l’année prochaine, sont des concepts que mon cerveau ne peut concevoir. Cela a beaucoup d’aspects positifs, comme de ne jamais se faire de souci pour un avenir qui est néant ; mais cela provoque également quelques frictions car tout ce qui arrive aujourd’hui a pour moi, souvent, le goût du définitif.
Un autre moyen de surmonter la lucidité, est un moyen plus radical et ancestral : le détachement, celui prôné par les bouddhistes et les moines chrétiens. Le bonheur n’est pas dans ce que j’ai, mais dans ce qui ne me trouble pas. Le bonheur n’est pas une acception positive, c’est le manque de souffrance. Pour cela, mieux vaut se défaire des liens (ce terme est selon moi la clé de cette philosophie) que nous construisons à longueur de temps avec les objets mais surtout avec les autres. Le vrai Amour n’est alors donc pas celui que l’on croit, mais la capacité à ne pas s’attacher à l’autre, qui peut, facilement et sans réelle volonté, vous nuire, vous faire du mal, vous faire souffrir. Avec ce dernier moyen, il est plus difficile de vivre au milieu du monde "profane" ou séculier : d’où l’existence des monastères qui ne sont pas, selon moi et comme le croit une majorité de mes contemporains, un lieu d’ascèse maladive (Nietzsche) où un individu, souvent pour fuir une vie malheureuse, se couperait du monde qu’il rejette et dont il est rejeté. Non. Le monastère est lieu même de la vie humaine, car c’est là que les individus peuvent devenir eux-mêmes, et seulement après pouvoir rayonner au sein de ce monde. Les plus beaux sourires et les joies les plus véridiques je ne les aies vue que dans les yeux et sur les visages des moines bouddhistes ou des moines (ou moniales) chrétiennes.

Le pessimisme se veut donc, plus qu’une simple théorisation du monde, une pratique du monde. Cette pratique qui manque tant à la philosophie contemporaine : pour comprendre et/ou changer le monde il faut avant tout se connaître, se changer pour ensuite redonner au monde.

« L’impossibilité de s’abstenir, la hantise du faire dénote, à tous les niveaux, la présence d’un principe démoniaque » Cioran, Emil, La Chute dans le Temps, in Œuvres, Quarto Gallimard, 2001, p. 1081.

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