J’ai écouté ce soir le discours de Marine Le Pen après sa défaite aux élections régionales. J’ai été frappée par l’accent réactionnaire de ces paroles. Je ne trouve pas d’autres mots que celui-ci. Pour elle, à dater de ce soir, il n’y a plus que deux camps, ceux des « mondialistes » et ceux des « patriotes ». Ceux qui veulent laisser la France se diluer dans le grand tout informe du global et ceux qui, comme elle et son parti, veulent protéger la France éternelle, celle qui n’est à l’abri que derrière ses frontières, la France nation. On ne peut pas faire plus clair à mon avis ! Nous sommes encore et toujours dans un dualisme, et c’est parce qu’en politique on pense encore et toujours en terme de conflit, d’opposition totale entre deux extrêmes, entre deux concepts, que ce vieux monde là est en train de mourir ! Que Marine et ses sbires s’enferment dans leur « chère patrie », si loin de la réalité du monde actuel. Qu’ils rêvent d’un retour à un passé qui n’a jamais existé. Et pendant ce temps, le monde lui avance. Je ne parle pas de progrès, je parle juste de ce flux constant dont est fait le monde, de cette impermanence qui fait que rien n’est jamais le même et surtout que rien ne reste, tout simplement parce qu’il n’y a rien !

Ce discours est pour moi le signe parfait de ce monde qui meurt, et que j’ai, pour ma part, hâte de voir mourir. De ce monde qui considère qu’il y a toujours un Absolu… chez Marine c’est la France ; qu’il y a des opposés qui ne peuvent coïncider car ce serait déchoir au principe même qui fonde ce monde si vieux déjà, le principe de non contradiction. C’est parce que ce monde cherche toujours la Vérité dans une Unité qu’il est en train de mourir. Et c’est surtout parce qu’il croit toujours que cette Vérité il pourrait la conserver, la fixer qu’il a signé depuis longtemps son acte de décès.

Marine le Pen, ses militants et ses électeurs sont les miettes de ce monde qui ne veut pas disparaître. C’est triste, c’est dommage, c’est ainsi. Il y a toujours eu, quand les mondes sombraient, des individus, des groupes qui s’acharnaient à vouloir conserver ce qu’ils avaient connus. Par peur de l’inconnu. Par peur de l’autre. Par peur du changement. Malheureusement, tout change sans cesse, sans relâche, pour nous tous. Vivre c’est bien plutôt apprendre à surfer sur les vagues de cette mer agitée que d’essayer de se construire un château sur un rocher qui sera de toute façon englouti par les flots (c’est d’ailleurs ce que nous prouve le changement climatique 🙂 ).

La mondialisation n’est certes pas une aventure facile, ce n’est certes pas forcément ce que nous aurions voulu, mais c’est là que le monde et l’histoire des hommes nous a mené. Nous ferions mieux d’en faire ce que nous voulons vraiment, de continuer à nous battre pour que ce monde qui change si vite ne devienne pas un Enfer pour ses occupants, humains comme tout être vivant. Par exemple en forgeant de vraies politiques locales et non plus nationales. N’est-ce pas là ce que la « réforme territoriale » qui a accouché de ces 13 super-régions est censée promouvoir ?
Par contre, continuer à croire que le monde a à faire avec une poignée de nostalgiques qui pensent que l’Etat ou la nation sont les modèles d’avenir, c’est sûrement creuser une tombe à nos utopies !

 

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2 commentaires sur “

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  1. Bonsoir, j’aime lire vos billets, ça me permet moi aussi de prendre le temps de réfléchir et de proposer mes pensées. Je ne sais pas s’il faut parler de monde qui doit disparaître, mais qu’il s’agit plutôt d’un mode de pensée et d’expression propre à notre langue. Je crois que nous avons une facilité à aborder les concepts et malheureusement dédaigner la pratique parfois plus complexe et plus nuancée. On parle de la Police, des Médias, l’Islam, la France… On peut faire dire ce qu’on veut à des entités abstraites et générales. Le verbe falloir est déjà révélateur de notre façon d’évoquer un absolu que personne ne prend le temps de qualifier et préciser tout comme le sujet « on » d’ailleurs. Nous avons une façon très prégnante de définir comme sujet de nos phrases plus souvent les objets et les indéfinis que les personnes et ça pollue notre communication ou alors ça masque une certaine lâcheté à ne pas vouloir trop s’impliquer…

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    1. merci pour ce commentaire 🙂 Je suis d’accord avec vous. Tout d’abord tout est question de langage et de généralisation. Mais penser la complexité du réel est difficile, la communiquer l’est encore plus. C’est pourquoi je pense depuis longtemps que seuls les poètes sont capables de le faire avec des mots.

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