De l’art de dire des conneries (On Bullshits) de Harry G. Frankfurt.

Encore une fois, grâce aux partenariats avec le site de NetGalley, j’ai pu lire un essai qui vient de sortir. Il s’agit d’une réédition par Fayard du très court De l’art de Dire des Conneries (On Bullshit) de Harry G. Frankfurt. Cet ouvrage a été publié en anglais en 2005 et traduit l’année suivante en Français. A l’origine, en 1986,  c’est un petit essai présenté par l’auteur en tant que fellow de la société savante du Whitney l’Humanities Center de l’Université de Yale. En tout cas, même si le propos est intéressant car inhabituel, il est loin d’être parachevé et semble, à la lecture, peu travaillé, encore presque brouillon.
Le problème principal de cet ouvrage, et d’ailleurs il est tout de suite mis en exergue par le traducteur de cette édition française, c’est que le terme anglais de « bullshit » est particulier et difficilement traduisible. Le texte est d’ailleurs finalement très centré sur la question du langage et je trouve que dans ce petit essai on sent bien toutes les limites de tenir une pensée dans une forme traduite. Bullshit c’est la merde du taureau ! dire des conneries en anglais c’est surtout dire de la merde. Même si le mot connerie, qui vient de con, le sexe féminin (et qui fait état d’un sacré taux de misogynie) se rapproche de cette évidence du bas ventre, ce n’est pas non plus tout à fait la même chose, ni le même trou, si je peux m’exprimer ainsi ! C’est pour cela que le traducteur utilise également le mot baratin, qui nous éloigne certes des remugles, mais nous permet également de jongler avec les subtilités du concept, entre bluff, tromperie et mensonge. D’ailleurs, le reste du texte est une recherche de ce qui, par essence, différencie le baratin du mensonge.

Cette différence est à chercher dans la posture du baratineur et du menteur. Celui qui baratine, qui dit des conneries a en fait une très haute opinion de lui-même et se fout pas mal de son rapport à la vérité. Le menteur lui est plutôt tourné vers cette problématique de la vérité, qu’il cache ou qu’il change, sans que forcément son discours est à voir avec son identité. Les conneries ou les fumisteries sont des discours prétentieux, car il se veulent supérieurs à la réalité et à la vérité.
Pour l’auteur, le mensonge est presque une œuvre d’art, du moins un travail d’artisan qui exige une extrême précision, car il faut être habile pour, dans une situation, retirer un élément pour y intégrer une fausseté, et s’en rappeler. Au contraire, le baratin, tout en étant plus créatif et en laissant plus de place à l’imagination, est également « toujours le fruit d’une attitude nonchalante, négligente, brouillonne » et le baratineur « est-il par essence un abruti doublé d’un lourdaud, condamné par la même à merdoyer ? »

On sent chez l’auteur un certain agacement envers les baratineurs qui, dit-il, pullulent à notre époque. Dans la préface française de 2006, il se défendait d’attaquer là les baratineurs postmodernes, représentés à Yale par la figure de Derrida… mais il est vrai que notre société du spectacle est bien plus centrée sur les « conneries » que sur le vrai mensonge. Cela vient sans doute du fait récent que beaucoup d’individus exigent à présent d’avoir leur « quart d’heure de gloire », et qu’il faut pouvoir et savoir attirer sur soi les feux de la rampe, et aujourd’hui en l’occurrence ceux des médias.

« Le baratin devient inévitable chaque fois que les circonstances amènent un individu à aborder un sujet qu’il ignore. »
Et il s’avère que ces circonstances sont de plus en plus fréquentes, car l’ignorance gagne et de plus en plus d’individus sont portés à penser que ce qu’ils racontent possède quelque d’importance. Un peu comme ce que je suis en train de faire ici 🙂

 

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