La Mémoire des Embruns – Karen Viggers

J’ai beaucoup entendu parler de ce livre et de cette auteure, australienne. Et comme souvent quand on entend beaucoup parler d’un livre ou d’un film que l’on n’a pas lu ou vu au pic de sa popularité, on risque d’être déçu. Ce n’a pas du tout été mon cas avec ce roman de Karen Viggers. Au contraire, j’ai été totalement charmée par l’histoire et surtout par la puissance de ses descriptions de la nature, sauvage et pourtant paradoxalement accueillante du grand sud. Et ce livre à réveillé en moi des souvenirs pour des terres lointaines que j’ai pu fouler ou non…

Synopsis

Mary est âgée, sa santé se dégrade. Elle décide de passer ses derniers jours sur l’île Bruny qu’elle a quittée des années auparavant. Mary se remémore cette époque : de terribles événements l’avaient alors forcée, ainsi que son mari, gardien du phare, et ses enfants, à retourner à la civilisation. Le secret à l’origine de leur départ est trop lourd à porter et elle doit se confier pour trouver l’absolution. Ce sera à Leon, le garde forestier de l’île. Seul Tom, le benjamin de Mary, partage l’amour de sa mère pour cette île balayée par les vents mais véritable havre de paix propice à la guérison. Depuis son retour d’Antarctique et le divorce qui l’a détruit, Tom mène une vie solitaire de peur de souffrir à nouveau. Jusqu’au jour où il rencontre Emma, aussi ouverte et chaleureuse qu’il est taciturne. Comme Tom, Mary n’aurait pu imaginer devoir un jour affronter son passé. Pourtant, alors qu’elle vit ses dernières heures, rien ne se déroule comme elle l’avait prévu.

Alors c’est sûr, le « grand secret » sur lequel une partie du livre est construit n’est pas très difficile à deviner, et franchement au bout de quelques pages on a compris ce qu’il en retournait ! C’est d’ailleurs assez ennuyeux cette façon dont l’auteure nous fait croire qu’elle contrôle un suspens qu’elle n’a jamais su créer ! On retrouve cette faiblesse dans d’autres romans de la même veine, comme La Ferme du Bout du Monde de Sarah Vaughan. Cette tendance qui à l’air de devenir une mode de vouloir créer un suspens en sous-entendant qu’il y a un secret dans le passé des personnages est particulièrement lourde et désagréable, surtout quand on ne maîtrise pas ce procédé littéraire de toute façon peu intéressant.
Mais on aurait tort de se contenter de cette critique et de croire que c’est là le coeur du roman.

Une nature en toute majesté

La force du livre ce sont les descriptions tellement justes et tellement puissantes de la nature, que l’on a vraiment la sensation de se retrouver sur les plages de l’île de Bruny, sur les glaces bleues de l’Antarctique, de sentir le vent fouetter le visage et les manchots Adélie glisser sur leur ventre au-dessus de la banquise. Il est vraiment très rare dans un roman de pouvoir vivre à ce point la beauté des descriptions et de se laisser porter par son imagination. J’ai vécu, en lisant ce livre, un vrai moment de félicité littéraire qui a suscité tous mes sens. Ce qui est encore plus magique c’est que l’auteure nous fait voyager dans un monde que nous, européens, nous connaissons peu : la Tasmanie, cette île au sud de la grande île qu’est l’Australie, et l’île Bruny, une île au sud de la Tasmanie qui est au sud de la grande île de l’Australie ! Et surtout l’Antarctique, ce continent froid, blanc que l’on rencontre par les souvenirs de Tom, le vrai héros de ce roman.
Île de Bruny
L’autre point charmeur de ce livre, comme avec la nature, l’auteure a su poser une voix douce et que nous pouvons entendre, sur les affres de la vie humaine, sur ses petits déboires et ses grands malheurs. Elle nous fait sentir à quel point tout ce que nous vivons est éternel et universel : amours de jeunesse, séparations, maladies, deuils, secrets de famille… nous n’avons rien d’extraordinaire, nous sommes tous les mêmes, à la recherche des mêmes choses, des mêmes petits bonheurs, à éviter les mêmes souffrances.

Nostalgie d’un pays qu’on a connu… ou pas


En fait j’ai surtout aimé ce livre car je me suis beaucoup identifiée au personnage de Tom… comme lui j’ai laissé derrière moi un lieu, extraordinaire, magique, hors de mon monde habituel, des paysages où j’ai vécu des aventures humaines et intimes, un lieu qui m’a changé et dont je garde au fond de moi, à chaque instant de ma vie, une nostalgie violente. Tom a été pris par les glaces de l’Antarctique, qui lui ont pris sa vie d’avant, qui l’ont bouleversé mais qu’il aimerait tant revoir. Bien plus que Mary, sa mère, dont les souvenirs assez prévisibles, humains mais foncièrement banals, rythment le livre, Tom est le vrai héros, celui qui doit apprendre à vivre avec les autres, à retrouver l’amour, à lasser partir sa mère, à se coltiner avec sa famille. Je n’ai d’ailleurs pas trouvé le personnage de Mary très intéressant : c’est comme si l’auteure avait en fait deux livres dans un seul, deux personnages dont elle aurait voulu écrire la vie et qu’elle a ressemblé dans un même texte.
Base Mawson
Ce livre a trouvé en moi un écho vraiment profond, car, autre anecdote, il y a longtemps, au début des années 2000, au début d’internet, quand cet outil nous paraissait fou et qu’il nous semblait que l’on allait pouvoir parler à la Terre entière, je suis entrée en contact avec des scientifiques de la base australienne Mawson en Antarctique. Cette base est cité dans le livre et en voyant ce nom sur les pages, mes souvenirs de cette petite aventure numérique me sont remontés à l’esprit ! J’étais à l’époque enseignante d’histoire géographie dans un collège de la banlieue parisienne, et j’ai fait une séquence sur les Pôles avec une classe de 6e. Je ne sais plus comment, j’ai trouvé ce contact avec une équipe australienne à Mawson et nous avons commencé à dialoguer par mail… c’était très récent à l’époque et tellement extraordinaire. Avec ma collègue d’Anglais les élèves travaillaient pour écrire des petits messages, des questions à poser aux scientifiques qu’ensuite nous traduisions et que nous étudions ensemble en classe. A la fin de notre échange, j’ai même reçu une invitation pour aller en Antarctique ! J’étais invité pour la fête des Lumières, à la fin de l’hivernage… si je pouvais me rendre sur n’importe quel point de la banquise, ils pouvaient venir me chercher pour aller à la base Mawson ! J’ai vraiment chercher à m’y rendre ! ce voyage était même devenu une priorité pour moi mais je n’ai jamais pu trouver un moyen de passer d’Australie à l’Antarctique. Mais je sais que ce rêve un peu dingue est en partie ce qui m’a, les années suivantes, pousser à voyager.

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