Le Baccalauréat vu par les Philosophes Antiques

Le bac. Il ne sert à rien. Il est donné. C’est une initiation dans un monde sans codes. Il vaut mieux l’avoir que ne pas l’avoir.
Que de poncifs autour de ce diplôme, que de stress et d’angoisse. Que de connaissances ingurgitées comme on gave des oies, alors que le vrai secret de cette porte vers l’enseignement supérieur se trouve plutôt dans la maîtrise de l’écrit. L’élitisme du bac ce n’est pas ce que l’on apprend, recrache et oublie aussi tôt. L’élitisme du bac est dans la capacité que les uns et les autres peuvent avoir ou non de s’exprimer correctement (orthographe et grammaire) et stylistiquement à l’écrit. Nous sommes encore dans une société de l’écrit, et de l’écrit normé, par une langue des plus difficile à apprendre et à maîtriser. Quand on dit que le bac est suranné, je pense que c’est à cause de cette place prépondérante et fortement inégalitaire de l’écrit.

Le Bac vu par les Stoïciens

Qu’auraient écrit et pensé les philosophes anciens au sujet du baccalauréat ?
Epictète et les stoïciens nous (ou plutôt vous, les candidats) auraient recommandé de ne pas s’attacher aux choses qui ne sont pas de notre ressort, « comme le corps (!), la richesse, la réputation, le pouvoir, et, en un mot, tout ce qui ne constitue pas nos œuvres. » Le bac est-il une chose de notre ressort ou non ? Le travail que l’on fournit en amont, toute l’année, voire toutes les années précédentes sont de notre ressort car il est de notre œuvre, de notre agir propre. Mais l’examen lui-même, les sujets, les corrections, les correcteurs, les jurys, les oraux, tout cela n’est pas de notre ressort, donc ce sont des représentations qui n’ont rien à voir avec nous-mêmes. Ils ne faut pas s’en inquiéter, car nous n’avons aucun pouvoir sur ces choses là.
La maxime principale d’Epictète est sans doute à ruminer ces temps-ci, époque de révisions :
« Ne cherche pas à ce que les évènements arrivent comme tu veux, mais veuille que les évènements arrivent comme ils arrivent, et tu seras heureux ».
L’idée ici n’est pas, comme on pourrait le croire à première vue, de laisser faire les choses, un certain fatalisme qui se confondrait avec une passivité de mauvais aloi. Non. La maxime d’Epictète est bien plutôt d’agir mais de ne pas vouloir ce qui va advenir de son action. J’agis et je laisse faire le résultat, car celui-ci souvent ne dépend pas de moi mais bien de conditions extérieures à moi sur lesquelles je n’ai absolument aucun pouvoir.

Si à Epictète, on ajoutait les justes vues du grand Marc-Aurèle, l’Empereur Philosophe, on se dirait, pour se donner du cœur à l’ouvrage : « N’accomplis aucun acte au hasard, ni autrement que ne le requiert la règle qui assure la perfection de l’art. » Dans ce que l’on fait, la règle a suivre est celle de la perfection et faire les choses à moitié, de travers, à la « va-comme-je-te-pousse » comme on le voit parfois (souvent) dans des copies d’examen mais aussi dans beaucoup d’ouvrages humains, n’est pas une façon d’être au monde. Il est de mon ressort, de ma nature, de faire les choses au mieux.

Le Bac vu par les épicuriens

Un épicurien comme Epicure ou Lucrèce, nous rappellerait que la clé du bonheur (et donc de la réussite au bac, si on considère, à entendre les élèves de terminale en ce moment que leur vie entière dépend de ce précieux papier) est dans la juste mesure, la prudence, la sophrosynè chère aux Grecs. Si la vie bonne est une vie de plaisirs, alors on pourrait craindre que ces moments austères de révision et d’examen soient loin de cette vision paradisiaque. Mais n’oublions pas, comme le rappelle Epicure dans sa célèbre Lettre à Ménécée que s’ « il nous arrive de laisser de côté de nombreux plaisirs, quand il s’ensuit pour nous plus de désagrément », il n’empêche que le Sage est celui ou celle qui considère « que beaucoup de souffrances l’emportent sur les plaisirs chaque fois que, pour [il ou elle], un plaisir plus grand vient à la suite des souffrances que l’on a longtemps endurées. » Révisions et baccalauréat sont certes, pour beaucoup, une souffrance, mais ils sont la porte à un plaisir plus grand quoique différé : l’estime de soi, la fierté de ses parents, la possibilité de faire des études supérieures, la fin de l’adolescence (!).

Nous avons beaucoup à apprendre des philosophes antiques et nous avons la preuve que la philosophie peut bien servir à quelque chose, au-delà et même malgré le fait qu’elle soit, dans 15 jours déjà, la première épreuve du baccalauréat !

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12 commentaires sur “Le Baccalauréat vu par les Philosophes Antiques

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  1. Comme on le dit si bien chez nous au Cameroun « Je Daccorise ». Eh bien c’est justement quand l’on a accumulé autant de diplômes qu’on se rend compte qu’au final le BACC et les autres diplômes ne sont pas une fin en soi. Sur ce point j’aime le Système éducatif scandinave qui est plus pragmatique. Merci ce bel article.
    P.C. Engama à Bediang (depuis Berlin)

    PS: Je le rebloguerai bien dès que possible.

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      1. Effectivement, je lis de plus en plus d’articles qui parlent des élèves de plus en plus nuls en orthographe (avec une pointe de mépris qui me hérisse le poil vu que les journalistes en font eux aussi, des fautes…), est-ce une vraie constatation dans ce métier ?

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      2. ce n’est pas tant la difficulté orthographique mais plus généralement un blocage pour s’exprimer à l’écrit, syntaxique et au niveau du vocabulaire. Beaucoup d’élèves ont très peu de vocabulaire, ce qui peut encore passer à l’oral mais qui se « voit » à l’écrit. C’est aussi cela qui provoque la montée de la violence scolaire : quand on ne sait pas exprimer ses émotions…on insulte ou on frappe ! L’appauvrissement du vocabulaire et donc l’inaptitude à transcrire sa pensée à l’écrit est le mal de l’école aujourd’hui, aussi bien en primaire qu’au lycée ! Et il faut relire 1984 pour se rendre compte des conséquences de ce genre de dérives…

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      3. c’est une question plus globale de culture ou plutôt d’inculture dans notre société ! Quand on laisse des jeunes enfants des heures devant des écrans, c’est sûr que le langage (donc la communication humaine) ne peut pas se développer !! L’EN ne peut pas faire grand chose à partir de ce constat là …

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