La vie et les morts

Etrange journée que cette journée. Assister à une crémation n’est jamais un moment de pur bonheur… l’empathie envers la souffrance des autres fait de nous des humains, mais aussi et surtout des êtres toujours en quête de complétude. Nous ne sommes que des moitiés et le regard posé sur la mort de l’autre nous affirme, avec violence, que nous sommes à jamais incomplet, parce que finis.

Pour jouer à Epicure, j’ai donc été faire du shopping pour oublier l’offense faite à ma joie de vivre. Je suis allée me payer un ballotin de chocolats chez Yves Thuriès, et ensuite je me suis offert le volume de Cioran de la Pléiade ! Que ne fut pas ma surprise de ne trouver dans ce volume (ô nationalisme quand tu nous tiens) que les textes écrits originalement en Français par Emil ! Donc exit les textes de la jeunesse, écrits en roumain et parfois controversés. J’ai craqué également pour le volume parfois hilarant de Jul et Charles Pépin, La planète des Sages : une BD éducative qui nous présente en doubles pages, planche d’un côté et petit texte explicatif de l’autre, la vie et l’œuvre de quelques philosophes illustres. Je me suis poilée devant la chute de la planche sur Nietzsche : l’anti-philosophe vient de massacrer une poule en criant « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »… et une voix off l’appelle en lui disant « c’est l’heure de votre Tamiflu »… 😀 Il y a vraiment de bonnes trouvailles.

Je vis des moments étranges… me voilà installée bien confortablement et très activement dans ma nouvelle vie et pourtant, j’ai la sensation toujours plus prégnante que je me détache de tout, que je n’habite plus cette vie-là, que je plane à quelques centimètres du sol, mais cette petite distance suffit pour me rendre étrangère à ce que je suis. J’ai l’impression de flotter dans cette vie, comme si je portais une salopette trop grande… j’essaye pourtant de me raccrocher aux branches, à essayer de me rattacher à ce qui existe, les actes surtout, le faire… mais je sens bien que je m’éloigne de plus en plus. Pour aller où ? Les utopies himalayennes sont toujours miennes, mais elles demeurent les champs élysées lointains de mon insatisfaction chronique. L’échappatoire facile serait de crier, encore une fois « mouvement »… et que la danse reprenne. Mais une petite intuition me dit, qu’au contraire (et là l’angoisse surgit), je ferais bien de me poser et de voir… Partir, défaire, refaire, bouger, voler de mes propres ailes voilà ce que je sais être. Se poser, construire, mourir d’ennui ;-), compter sur l’autre, cheminer, voilà la nouveauté. En serais-je capable ?

Peut-être que mon mal vient de la mélancolie de la connaissance ? « Ce n’est que dans la mesure où nous ne nous connaissons pas nous-mêmes qu’il nous est possible de nosu réaliser et de produire. Est fécond celui qui se trompe sur les motifs de ses actes, qui répugne à peser ses défauts et ses mérites, qui pressent et redoute l’impasse où nous conduit la vue exacte de nos capacités. Le créateur qui devient transparent à lui-même ne crée plus : se connaître, c’est étouffer ses dons et son démon. » Le Mauvais Démiurge (sans doute mon essai préféré de Cioran)

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