Christophe André, un psychiatre qui écrit des livres.

J’ai lu deux ouvrages de Christophe André :

wpid-41k4snjyy6l-_sy445_-2014-01-2-20-49.jpg                wpid-41kykiu-iml-_sy445_-2014-01-2-20-49.jpg Ce qui frappe tout d’abord dans ces textes c’est la densité de l’écriture, qui se révèle par la suite, en fait, une précision parfois ennuyeuse. Tout est décortiqué, tous les aspects de la psychè sont envisagés. Les livres se déroulent alors selon un plan assez monotone, toujours très régulier et métronomique. C’est parfois lassant, car cela manque de relief et de sensation forte. Pourtant l’écriture est fluide et le propos aisé à comprendre. Sans doute que ce procédé a été envisagé comme nécessaire par l’auteur pour rendre le propos plus accessible à tous. Christophe André est psychiatre à l’hôpital Saint Anne de Paris. L’hôpital des fous ! Pourtant il décrit ici des états courants voire quotidiens. Il est loin le temps où les psychiatres ne soignaient que les malades graves. Ou alors la population générale se rend compte que la normalité n’existe pas et que tout le monde a quelque chose à guérir au fond de son âme. Nous sommes tous névrosés, certains sont malades, la plupart vivent très bien avec : c’est cela la normalité humaine. Dans ces deux ouvrages, il s’interroge sur des éléments très subtils de nos troubles psychiques. En effet, que ce soient les « états d’âme » (expression ancienne mais floue) ou l’estime de soi, il nous propose une introspection pas si banale et surtout que l’on effectue rarement. Les états d’âme, c’est cette atmosphère qui nimbe notre esprit, qui colore notre journée, ce point de vue que nous portons sur le monde à des instants précis. Ils se caractérisent par leur évanescence, leur fluidité, leur impermanence et aussi par la difficulté que nous pouvons avoir à en prendre conscience, à poser le doigt de notre raison sur ces bouffées d’émotions ou de sentiments qui baignent notre mental sans que nous nous en rendions compte. L’auteur nous apprend alors à les observer, à les reconnaître, à se défaire de ceux qui sont néfastes à notre santé mentale. Christophe André est pour cela un thérapeute praticien : il propose toujours dans ses livres de petits exercices spirituels tirés de ses expériences en groupes de thérapie. Il fait partie, il me semble, de l’héritage remis d’actualité de la philosophie pratique antique. Théorie et discours : l’un ne peut aller sans l’autre. D’autant plus que dans ce livre, il nous propose une entrée discrète vers la méditation de Pleine Conscience, dont il est un ardent défenseur sur la place publique française. C’est par cette méditation, qui n’a rien à voir avec les exercices religieux proposés par le bouddhisme, une méditation laïque en quelque sorte, qu’il entraîne son lecteur-patient (bien sûr : si on lit ce genre de livres c’est que l’on sait déjà qu’il y a quelque chose en nous à guérir……) vers cette sérénité bien plus désirable que le diktat actuel du bonheur à tout crin. C’est aussi cette trame qui se déroule dans le second livre, même si le mot « heureux » apparaît dans le titre ! Ce bonheur là n’est pas une accumulation d’objets ou de sentiments positifs. Il serait davantage dans la lignée spinoziste, ou de la théologie négative : l’absence d’un mal, d’une douleur. Ici, il s’agit de l’estime de soi : ce n’est pas l’amour-propre nous prévient l’auteur dès le début du livre, mais de cette sérénité que l’on peut et que l’on doit développer en nous avec nous-même. Ce regard bienveillant et juste (pas dans les extrêmes) qui marque, il semblerait, une personnalité libre et heureuse. L’estime de soi est une bien que peu d’entre nous possèdent. Elle est souvent trop basse ou trop haute, et dans les deux cas, elle est fragile. C’est elle qui marque notre cohabitation plus ou moins tranquille et sincère avec les autres. C’est le fondement de toute sociabilité. Pour cela il faut qu’elle soit à peu prêt équilibrée : ni trop basse, c’est-à-dire se trouver nul ou passable, anéanti par la moindre remarque et bloqué devant la plus petite action par peur de l’échec ou du jugement ; ni trop haute, c’est-à-dire faussement sûr de soi, orgueilleux et avide de flatteries et de reconnaissance. Finalement, ce que dit Christophe André, c’est que nous sommes tous non pas malades, mais que personne ne tourne vraiment rond. Nous avons tous des fractures, des failles, des blessures, des carapaces, et que parfois ou souvent, elles nous empêchent d’être sereins, c’est-à-dire vraiment heureux. Elles nous empêchent d’êtres libres parce que les fers de notre esclavage sont davantage nos propres jugements acerbes sur nous mêmes, notre propre ignorance des ressorts de notre esprit que les critiques, les jugements, les amours des autres. Nous sommes nos propres bourreaux bien avant l’enfer des Autres.

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