Qu’est-ce que la philosophie ?

Qu’est-ce que la philosophie ? Une grande dame, très vieille, très sage, un peu poussiéreuse, parfois ennuyeuse, qui converse surtout avec des gens très bien éduqués qui savent lire, même en grec ou en latin, et qui comprennent des mots alambiqués.
La philosophie, dans notre imaginaire collectif, c’est à la fois un passe-temps oiseux pour branchés parisiens, donc c’est tendance, cela fait envie et on a aussi envie d’y aller ; et c’est aussi une montagne, un Everest de livres, de textes, d’écrits, de mots à l’encre noire sur des millions de pages qu’il faudrait toutes lire.

Pour moi la philosophie ce n’est pas du tout cela.
Pour moi, la philosophie c’est une thérapie, c’est ce qui m’a sauvé la vie. C’est ce qui me guérit d’être née. Tous ces mots, toute cette encre et tout ce papier ne sont que des oiseaux vite envolés, qu’il faut encore plus vite faire corps, incarner, vivre. C’est pour cela que Descartes, Kant ou Hegel, que l’idéalisme allemand ou Lacan ou bien d’autres encore sont imbuvables, car ils sont invivables. Essayez donc un peu d’incarner La Critique de la Raison Pure ?
La philosophie c’est mettre en corps une certaine idée de soi, des autres et du monde. C’est là la spécificité de l’humain. Nous pouvons faire de nos vies et de nos corps les reflets exacts de nos pensées, de nos principes. Encore faut-il avoir du courage !

Il ne suffit pas d’écrire des mots barbares pour être un philosophe. Déjà Schopenhauer avait été mis au ban car il écrivait trop bien, il était lisible, traduisible, on pouvait être son disciple et vivre selon ce qu’il préconisait.
La philosophie est une vision du monde, une interprétation du réel : pour cela, chacun est maître de son destin et de sa voie. Mais la grande différence entre les philosophes et les autres, c’est que les premiers mettent en pratique leur vision du monde. Ils agissent en fonction d’elle ; ils vivent par et pour elle. Je ne fait que reprendre les théories hellénistiques, mises en lumières depuis longtemps déjà par le regretté Pierre Hadot.

Je pense que c’est cela qui, aujourd’hui, fait que la philosophie a peut-être une nouvelle chance. Elle est loin d’être encore la servante de la théologie comme au Moyen Age, ou bien la dernière roue du carrosse métaphysique. Elle redevient peut-être une nouvelle force pour penser et agir le monde. Encore faut-il que les penseurs soient à la hauteur. Qu’ils soient des exemples, que leurs pensées transparaissent dans leurs vies. Loin de Descartes, des monothéismes qui séparent bien trop l’esprit et la chair, la philosophie contemporaine, au retour des sources vives de l’Antiquité grecque, doit dépasser ce hiatus qui depuis 2000 ans nous a perdu.

Mais comme jadis, la philosophie doit être à l’origine d’un désir de conversion. Il faut choisir son camp et surtout appliquer ses principes. On ne peut plus vivre isolé sur son estrade de professeur, de chercheur, de penseur. La philosophie mérite bien mieux que des kilomètres de rayonnages dans des bibliothèques antédiluviennes. Elle doit se renouveler et transformer son discours, ses méthodes, ses normes et ses formes. Pour ma part je pense que c’est possible si nous sommes capables d’élargir nos horizons et de questionner nos peurs, nos angoisses, nos souffrances (tout ce qui fait le sel de la philosophie) avec des lunettes venues d’ailleurs, d’Orient par exemples.

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4 commentaires sur “Qu’est-ce que la philosophie ?

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  1. « Pour moi, la philosophie c’est une thérapie, c’est ce qui m’a sauvé la vie. C’est ce qui me guérit d’être née. »

    Il est vrai que la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible.

    Une question philosophique et pratique se pose alors : peut-on raisonablement faire des enfants alors qu’on est pas sûrs qu’ils deviendront philosophes ?

    Par exemple : en avez-vous ?
    Est-ce un choix ?

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  2. « Mais comme jadis, la philosophie doit être à l’origine d’un désir de conversion. Il faut choisir son camp et surtout appliquer ses principes. »

    Vous venez de dire dans un billet plus récent que le bien et le mal n’existaient pas, à présent vous dites qu’il faut avoir des principes. Si bien que je me demande : des bons ou des mauvais principes ?

    A moins que le principal soit selon vous d’avoir des principes pour le principe ?

    J'aime

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