Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?

Petit exercice de réponse à ce sujet donné aux séries L, écrit pendant que je surveillais le bac philo justement mercredi dernier… il faut bien passer le temps ! 

Cette question dépend fondamentalement de la définition que l’on souhaite donner au « devoir moral ». Si on l’entend en terme de l’impératif kantien, c’est-à-dire qu’il ne faut jamais user de son prochain comme d’un moyen mais toujours comme d’une fin, alors bien sûr que le respect que l’on doit au vivant est moral. Ce respect est bien cette évidence de dignité que l’on donne en n’objectivant pas l’autre. Cette question poste toutefois le problème de l’autre ! De quel autre s’agit-il ? Nous ne sommes plus là dans un sujet d’une philosophie classique centrée sur l’humain et seulement l’humain. Ce sujet est plus actuel et s’interroge sur la place de tout être vivant dans la hiérarchie des valeurs humaines. C’est bien sûr la question très épineuse et actuelle de la place des animaux et de leur conscience.

Or, le devoir moral est un devoir que l’humain doit à l’humanité. Existe-t-il aussi envers les animaux, le vivant en général ? Certes non, si on on considère un animal tel que le fait la société occidentale judéo-chrétienne, marquée par l’image de la Genèse où Dieu créa le Monde et les animaux pour Adam, le premier Homme. Ce dernier étant le seul être capable de les nommer, donc de leur donner un être et aussi de les objectiver. La Nature a été faite pour que l’Homme puisse la maîtriser. Si l’animal est inférieur à l’Homme, alors cette homme ne lui doit aucun respect, ni aucune dignité. Il est un instrument, un objet, un « bien meuble » comme il était encore dit dans le code civil français jusqu’au début de cette année. La morale est une affaire humaine, les animaux sont nos compagnons au mieux, mais leur infériorité, en particulier parce qu’ils ne posséderaient pas de langage, les place sous notre responsabilité, sous notre coupe.

Pourtant, ce point de vue qui a dominé nos consciences est en train de largement être remis en cause, en occident principalement. Peut-être n’est-ce là, comme on le dit parfois, qu’un caprice d’hommes blancs repus et décadents, mais en tout cas c’est un mouvement de fond dans nos sociétés actuelles. La loi française à d’ailleurs changé récemment sur ce thème, accordant aux animaux une sensibilité. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’animal est l’égal de l’homme. Il est Autre, une conscience autre, vivante et peut-être tout aussi complexe que la nôtre, dont nous prenons conscience peu à peu. Il faut sans doute à présent le respecter, cet Autre pour ce qu’il est. Ce respect n’est alors pas forcément un devoir moral qui serait bien trop centré sur l’humanité et ses limites. Ce devoir devient écologique, trans-humain, nécessaire non pas comme certains le clame, pour sauver la planète, mais bien plutôt pour nous sauver nous-mêmes ! Nous ne sommes plus face à dilemme moral mais bien davantage face à une tragédie. Nous ne pouvons plus ne plus respecter tout les êtres vivants de cette planète sinon c’est la fin de l’humanité et donc de la morale et de la philosophie.

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Un commentaire sur “Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ?

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  1. « les nommer, donc de leur donner un être et aussi de les objectiver »
    Pouvez-vous expliciter svp ?
    – En quoi nommer équivaut à « donner un être » ?
    – En quoi nommer équivaut à « objectiver » ?

    J'aime

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