Nouvelles du Futur – Patrice Franceschi

En partenariat avec NetGalley et les éditions Grasset, j’ai lu le recueil de nouvelles de Patrice Franceschi, Nouvelles du futur.
Comme beaucoup de lecteurs français, j’ai du mal avec les nouvelles, mais l’auteur a su dépasser ce handicap français en réalisant un recueil de 14 nouvelles qui racontent une histoire cohérente. Celle d’un futur qui point et qui pourrait exister à partir du présent que nous vivons aujourd’hui.

Synopsis

2028. Depuis son observatoire de la cordillère des Andes, un astrophysicien identifie une planète jusqu’alors inconnue. Sur la surface parfaitement lisse du corps céleste, on peut lire en lettres noires : « Qui êtes-vous ? ». L’humanité tout entière se mobilise pour y répondre… 
2056. Le premier « homme augmenté » conçu par Google voit le jour. Il court le cent mètres en 4,5 secondes, soulève six cent kilos au développé-couché et son esprit calcule à la vitesse d’un ordinateur quantique. Seuls les plus riches peuvent prétendre à ces améliorations. Des émeutes éclatent…
2120. Les voyages n’existent plus, on parle désormais de « déplacements éducatifs ». Un jeune couple part « fêter » son mariage à bord de l’Oiseau de des îles, un avion solaire ultra-rapide censé leur faire découvrir les Sept merveilles du monde. Les mariés sont loin d’imaginer ce qui les attend… 
2121. Annoncé depuis plus d’un siècle, le cataclysme climatique tant redouté commence.Typhons, volcans et tsunamis ravagent la planète. En secret, le « réseau Sénèque » s’organise pour sauver ce qui peut l’être…

Quelles nouvelles attendre du futur ? L’avenir sera-t-il à la hauteur de nos espoirs ? Et si les progrès rêvés d’aujourd’hui devenaient les cauchemars bien réels de demain ? Dans le sillage d’Orwell et de Huxley, Patrice Franceschi dessine pour nous, en quinze fables pleines d’humour, d’imagination et tendresse, le portrait-robot d’une humanité qui a perdu la raison.

Les nouvelles ne sont pas du tout chronologiques, mais elles forment un paysage, celui de ce qui pourrait nous attendre si nous continuons à vouer un culte aux algorithmes, au transhumanisme, à la bêtise et à l’ignorance nées des nouvelles technologies.
Les histoires sont courtes, mais se répondent. Elles racontent des histoires pessimistes, d’employés qui veulent désobéir et éteindre les caméras de surveillance qui au milieu du XXIe siècle sont partout, tant dans les rues que dans les maisons et donc dans les têtes. Des histoires d’alpinistes qui refusent de ne plus emmener des clients à la conquête de (petits)sommets parce que la société a peur des risques mortels. Des histoires d’homme augmenté qui se suicide parce qu’il ne comprend pas un aphorisme philosophique. Des histoires de pauvre bougre qui pour quelques minutes de gloire mettent leur tête en jeu.

Le monde décrit est celui d’un monde de transparence absolue, où les murs ont été remplacés par des vitres. Où les caméras de surveillances sont partout et où l’adage que l’on entend de plus en plus : «  si vous n’avez rien à vous reprocher vous n’avez rien contre être surveillé », raisonne comme un hymne mondial. C’est un monde où le progrès a finalement triomphé et où ce concept redevenu roi est le cœur de toutes actions humaines. Dans un monde où la mort et la maladie sont bannies, la loterie génétique permet de ne conserver que ceux qui ont le plus de chance de vivre longtemps. Pourtant, ce sont rarement les plus intelligents ou les plus créatifs… l’ADN ne pourra jamais prévoir qui sera le prochain Mozart ou Einstein ! C’est également un monde vanités et de bêtises d’une humanité où le narcissisme n’est pas une bonne chose, car à se croire supérieur on fait souvent des conneries. C’est ce que raconte d’ailleurs avec beaucoup d’humour noir la nouvelle « L’Ecclésiaste vous salue bien » où l’humanité met un siècle à araser toutes les montagnes de la Terre parce qu’elle croit qu’une civilisation extraterrestre s’adresse à elle !

Le recueil est court et se lit très vite. D’autant plus que la plume de l’auteur n’est pas très puissante, mais bien plutôt simpliste. Cela m’a gêné, car j’aurais aimé un peu plus de tenue littéraire pour un propos qui m’interroge de plus en plus. Il y a un décalage entre la forme et le fond, qui au final ne profite pas au fond.

Dans ce monde totalitaire dans lequel nous vivons déjà, on sent tout autant l’influence de la série britannique Black Mirror que des dystopies classiques d’Orwell ou de Huxley. Ce qui frappe, c’est le ton, à la fois très pessimiste, mais aussi très ironique, comme on peut le goûter dans Black Mirror. C’est bien un miroir que nous tend l’auteur face à ce qui pourrait être. Ce potentiel qui germe aujourd’hui dans le monde tel que nous le vivons : nous sommes donc dans l’anticipation. Il a imaginé un monde à partir d’aujourd’hui, où les catastrophes climatiques poussent l’humanité à la guerre totale et où la sécurité est plus importante que la liberté. Mais, dans toutes les nouvelles, un espoir existe, c’est celui du « Réseau Sénèque », un réseau de résistants qui ne veulent pas de ce monde. Sénèque, homme politique romain et philosophe stoïcien, qui se suicida sur ordre de l’empereur Néron contre lequel il avait comploté, est ici appelé comme modèle d’une vie humaine, tranquille, sereine et privée. C’est la preuve que dans notre littérature et dans notre société, la philosophie stoïcienne devient de plus en plus un des remèdes à la folie qui nous entoure. La résistance est d’être comme Sénèque, face à l’empereur fou, et se retirer sur ses terres pour philosopher et méditer, avant que la folie des autres ne vous rattrape. Mais où se trouve, aujourd’hui, sur cette Terre, un tel endroit ?

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3 commentaires sur “Nouvelles du Futur – Patrice Franceschi

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    1. j’ai entendu ça un jour dans une émission, je crois que c’était dans la Grande Librairie. Cela m’avait marqué parce que je me suis identifiée au profil avec l’idée que les nouvelles ne sont pas de « vraies » histoires comparées au roman. Et que dans le monde anglo-saxon au contraire, les nouvelles sont un genre à part entière, souvent par lequel on entre en littérature en tant qu’auteur.

      Aimé par 1 personne

      1. Ah d’accord, merci ! J’aime bien les nouvelles, mais j’ai entendu, comme beaucoup, cette idée comme quoi ce ne sont pas de vraies histoires, mais moi, je ne suis pas d’accord, elles apportent quelque chose de différent. 🙂 (après, on accroche ou pas)

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