Utopie ?

Si l’on veut pouvoir combattre ce nouveau fanatisme, cet obscurantisme qui brouille notre vue, il faut agir et proposer de nouvelles idées. Agir, ce n’est pas forcément bombarder des cibles militaires ou civiles en Irak et en Syrie : cette action là est lointaine et distante, elle est le fait d’experts, elle n’est pas de notre ressort à nous, citoyens. Il faut pouvoir agir au plus près de ce qui constitue notre vie quotidienne, faire pour éviter que notre vie se défasse.

Pour cela il faut peut-être proposer une nouvelle utopie. Je déteste pourtant ce mot, porteur à mon sens de toutes les avanies religieuse et politique des siècles passés. Il trimbale les idées de croyances, d’illusions. Je suis bien trop pessimiste ou lucide pour croire encore que la réalité du monde puisse un jour se plier à la volonté des Hommes. Mais il est clair, ceci est une réalité, que nous les humains nous avons besoin de transcendance. Ceux qui nient ce fait nous ont poussé aujourd’hui dans les bras de l’hypermodernité individualiste et du monde désenchanté que décrit depuis longtemps déjà Marcel Gauchet. Que faut-il faire alors ? Continuer à présenter les humains comme des êtres raisonnables ou bien tenter de comprendre qui nous sommes et de là créer ensemble les moyens les plus justes, les plus humains pour vivre ensemble ?

Je n’aime pas les utopies, mais visiblement la plupart des jeunes qui se radicalisent et entrent dans la secte de Daech en ont besoin. Au-delà du désenchantement, nous sommes arrivés au point où nous avons besoin de trouver des accroches, qu’elles soient spirituelles, politiques, culturelles, économiques, pour continuer à vivre, c’est-à-dire à trouver un sens à nos vies individuelles intégrées dans une vie collective. Ce que propose Daech est, à mon sens, du même type que ce que propose les populismes, les extrémismes politiques de tout poil. Attention, la grande différence est la violence, aboutissement final d’un processus d’auto-destruction. Mais penser qu’il y a une différence entre un peuple et les autres, entre un groupe et d’autres groupes, que cela soit en matière de religion, de couleur de peau, de choix de vie, à mon sens c’est exactement le même processus !

Toute la question est de savoir quelle utopie il va nous falloir construire ? Pour ma part je refuserai un énième avatar du « ce sera la Paradis plus tard », du « battons nous maintenant pour que nos enfants soient heureux », bref, je refuse la même logique eschatologique, platonicienne, celle de deux mondes, celui-ci morbide, médiocre et plein de souffrances et d’un autre monde de béatitude. Il n’y a qu’un seul monde, et l’utopie à venir devra impérativement être ici et maintenant. Si je me bats, ce n’est pas pour les générations futures qui voudront certainement vivre autrement que moi ; si je me bats, c’est pour les gens qui vivent ici et maintenant, avec moi, autour de moi. Cette nouvelle utopie doit advenir de mon vivant, je dois pouvoir la vivre, la critiquer, la chanter ou la pleurer.

Cette temporalité est essentielle car c’est cela que fait l’Etat islamique : certes il promet des Vierges aux martyrs, mais c’est sur son territoire et dès à présent qu’il veut instaurer la charia et qu’il engrange des milliards de dollars.

Quand on entend les jeunes, souvent des jeunes filles, qui sont parti-es en Syrie, leur discours montre qu’ils-elles sont parties parce qu’ils-elles avaient des rêves de justice, de fraternité. S’ils partent dans pour un monde malade et mourant, c’est que celui dans lequel ils vivent, le nôtre, a atteint un point d’agonie et de pourriture bien plus grand ! C’est cela qu’il faut combattre, bien plus que d’envoyer des bombes sur leurs têtes… même si je sais que cela fait partie du combat à mener !

On nous dit que la solution militaire ne pourra réussir que s’il y a une solution politique ! Je rétorque que ce n’est pas de la politique que nous voulons, que c’est bien plus que cela. Nous (et pour ma part j’y intègre ces jeunes qui partent en Syrie, qui assassinent d’autres jeunes, qui fuient, qui se font sauter) nous voulons non pas un rêve, un monde enchanté, nous voulons juste pouvoir se sentir humain, c’est-à-dire partager ensembles nos joies, nos peines, nous aider, collaborer, participer, coopérer. Cette utopie là n’est pas exempte de conflits, de souffrances, ce n’est pas un Paradis, mais c’est un monde où chacun peut faire, peut agir, n’est pas l’esclave d’une économie schizophrène qui se prend pour une science et d’une politique aliénée à des intérêts particuliers. Juste Etre, être soi, être ensemble, être libre, libre de croire ou de ne pas croire, libre d’aimer ou de ne pas aimer.

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